Des neurones miroirs ou du syndrome de la maman chochotte

Bébé Putois est malade. Un gros rhume. C’est déjà son troisième. Son premier je lui avait refilé, le deuxième était partagé quant au troisième, c’est lui qui l’a rapporté. Celui-là est pire que les autres, Papa Breizh et moi pouvons en témoigner car comme Putois est généreux nous expérimentons aussi. Le rhume a migré dans sa gorge  et du coup Bébé tousse comme s’il préparait un rôle pour Germinal. J’entends cette morve qui s’accroche et le larynx qui trinque. Je vois l’effort de la toux et la larmichette au coin de l’oeil. Mon tout petit bébé est bringuebalé par ces quintes et j’ai mal pour lui.

Je l’ai emmené chez la pédiatre quand il était encore au stade un peu tousseux mais beaucoup morveux. Je m’interroge toujours sur la nécessité d’aller consulter. Papa Breiz et moi avons choisi un cabinet de pédiatres. La première fois notre médecin nous a expliqué le fonctionnement du cabinet : il n’est pas possible d’avoir un rendez-vous dans la semaine si on a loupé un vaccin mais on aura toujours une consultation dans la journée en cas de maladie. A son premier rhume, vers deux mois et demi, j’avais appelé, on m’a dit que comme il était petit il valait mieux le voir. On a rencontré une jeune médecin. Après l’auscultation, elle nous a préconisé le sacrosaint lavage de nez, mais avec le spray qui va bien, des gouttes pour les yeux et des suppositoires en cas de grosse toux (heureusement on n’en a pas eu besoin). Au deuxième rhume on s’est débrouillé comme des grands. Pour le troisième j’ai appelé, on m’a dit « il vaut mieux qu’on le voit » alors on y est allé. Nous avons rencontré une grande dame avec un fort accent (peut-être slave? pas belge en tout cas). Elle a fait des chatouilles à Bébé Putois et a menacé de le kidnapper. Elle a diagnostiqué une rhinopharyngite et préconisé le lavage de nez. Elle avait sa méthode avec une seringue et sa propre recette pour la préparation à lavage. Elle nous a fait une démonstration. Ce fut aussi efficace pour déboucher le nez que pour faire hurler le bébé. Depuis on doit donc le faire hurler lui laver les narines régulièrement. Bien entendu, c’est particulièrement recommandé avant les repas. Cela implique que les matins où je travaille, je doive non seulement réveiller mon petit au milieu de sa nuit mais en plus l’inonder de sérum physiologique alors qu’il est encore dans un demi sommeil. Et les matins où il m’attend calmement dans sa chambre et m’accueille avec un grand sourire, je dois le prendre pour lui enfoncer une seringue dans le nez. Ces petits noyages de fosses nasales ponctuent nos journées. C’est une torture pour lui. C’est une torture pour moi.

Je sais bien que c’est nécessaire. Il est évident que quand il peine à respirer c’est également difficile pour nous. Au fond je crois que je suis une maman chochotte. J’avais déjà évoqué ma douleur à assister à ses séances de kinésithérapie (ça s’arrange de ce côté, il s’habitue à rester sur le ventre). Je pourrais aussi vous parler du pincement au cœur que j’ai eu à sa prise de sang du troisième jour. J’aurai préféré qu’on me la fasse à moi, bien entendu ça aurait été tout à fait inutile! La vaccination était aussi un moment dur (et on recommence la semaine prochaine). C’est vrai que je n’aime pas les piqûres, même à la télé je détourne les yeux. Mais quand même je m’étonne d’être si bouleversée par tout ça. Évidemment il est normal de s’inquiéter pour sa progéniture mais de là à être au bord des larmes quand on le met sur le ventre….

Habituellement je ne suis pas sensible. Une petite anecdote d’enfance pour que vous appréhendiez ma personnalité. Petite, mes oncles m’ont un jour ramenée en pleurs à ma mère. Ils lui explique que c’est parce que le chien a attrapé une souris. Ma mère s’offusque que j’ai pu assister à cette scène bestiale. Mes oncles rectifient alors, c’est justement parce que je n’ai rien vu que je pleure!

Mes processus d’intellectualisation se sont mis en marche et ont expliqué ce syndrome de la maman chochotte par l’existence des neurones miroirs. Les neurones miroirs des neurones particuliers qui réagissent à ce que vous voyez, voire à ce que vous imaginez.  En gros, si vous regardez quelqu’un soulever la main droite, votre zone ‘soulevage de main droite‘ s’active comme quand vous levez votre propre main. Pour la douleur c’est pareil, si vous voyez quelqu’un souffrir, votre propre centre de la douleur s’allume. Papa Breizh  a dit : « C‘est comme quand on voit un mec se prendre un coup dans les parties et qu’on a mal pour lui« . Les neurones miroirs sont la base neurologique de l’empathie. Cette compassion à la douleur semble d’autant plus forte qu’on est proche de celui qui souffre. Par exemple prenons un couple d’amoureux. On file un petit coup de jus à la dame et on regarde ce qui se passe dans son cerveau. La zone douleur s’allume. Ensuite on électrocute l’homme devant sa compagne et on constate que la zone s’anime à nouveau dans son cerveau à elle. Il s’avère que même quand on s’inscrit sur un tableau l’intensité avec laquelle on électrocuterait le mari, la zone de la douleur s’allume chez la femme. En résumé, voir souffrir ceux qu’on aime ou seulement imaginer qu’ils puissent souffrir est comme souffrir soi-même.

Depuis, inquiets pour sa toux on est retourné voir le médecin, on a eu des suppos …

Calin&RisetteNeuroneMiroir

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2 réflexions sur “Des neurones miroirs ou du syndrome de la maman chochotte

  1. Pingback: De la douleur d’être mère | Câlin & Risette

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