Du temps qui passe, de l’attente, des souvenirs et du moment présent

J’ai attendu avant de faire pipi sur ce foutu bout de plastique. Attendu parce que tant que rien n’était fait, j’avais peut-être un petit habitant dans le bidon. Attendu, parce tant que rien n’était fait, ma vie était toujours la même. Et puis un petit pissou et tout change, mais pas tant que ça non plus.

On a attendu le rendez-vous chez la gynécologue. On a attendu la première échographie et la date des trois mois  pour le dire à tout le monde. On a retenu notre souffle pendant cette période où le risque de fausse couche est si important. On a arrêté de respirer jusqu’aux résultats du dépistage de la trisomie qui ont pris deux semaines de plus car le logiciel de calculs était en panne. On s’est dit que ça serait plus facile à réaliser quand mon ventre serait plus rond, quand on connaitrait le sexe, quand on le sentirait bouger. Mais je crois que même quand le bébé est arrivé on n’avait toujours pas bien compris. Mon Dieu que cette grossesse était longue. A attendre chaque semaine qui passe pour voir sur internet à quoi pouvait bien ressembler petit fœtus. Et pourtant à la fin j’aurais bien aimé quelques jours de plus pour avoir le temps de déballer mes cartons de déménagement.

On avait si peur de le perdre qu’on a retenu notre souffle pendant neuf mois. Mais quand il est arrivé, on n’a plus eu le temps de respirer. J’ai attendu qu’on me recouse et attendu de le voir. J’ai attendu de pouvoir me remettre debout, attendu de retourner dans la chambre, attendu la montée de lait, attendu le bain, attendu que Papa Breizh vienne et attendu de rentrer à la maison. J’ai attendu le lundi pour aller peser le nourrisson à la permanence de la PMI et la semaine suivante pour rencontrer le docteur et savoir si tout allait bien. J’ai essayé d’attendre le cap des un mois pour que les douleurs de l’allaitement s’estompent, j’ai pleuré et à trois semaines et demi je lui ai donné le biberon. J’ai attendu le cap des trois mois pour que les pleurs du soir s’estompent. Et on a attendu des milliards d’heures qu’il s’endorme enfin.

Les gens ont dit : »Comme il est petit! Profitez en ça passe si vite!« . Les gens sont fous, ça a duré une éternité. Comme nous l’avons attendu cette barre des trois mois, des cent jours, la fin de ce quatrième trimestre de grossesse pour reprendre enfin notre souffle. Pour pouvoir dormir, se laver, manger chaud. On ne s’était pas rendu compte mais on avait déjà recommencer à respirer. On avait réussi à manger ensemble, à refaire la cuisine, à pouvoir faire des combos douche-shampoing-épilation et même à ouvrir un blog.

Et pendant que le petit dort je regarde les photos de lui. J’ai pris des centaines de photographies, j’ai fait des films aussi. Je me dis : « Comme il était petit« , je pense que le temps a filé et que je n’en ai pas assez profité. Les gens sont sages, il m’avaient pourtant prévenue. Je regrette de ne pas pouvoir retourner dans le passé. Aujourd’hui j’arriverais à mieux gérer les pleurs du soirs. Je me rappelle encore ses regards paniqués quand on le posait dans son lit, je saurais l’apaiser maintenant. Je serais moins brusque. J’aurais moins peur. Si j’avais su, je n’aurais pas couru après les minutes de sommeil, je serais restée éveillé tout le temps, chaque instant, pour le voir pousser si vite. Je regarde les photos et je me dis que je n’en ai pas pris assez. J’en ai si peu de la maternité. Je n’en ai même pas avec son petit body bleu avec des nuages. Et maintenant c’est trop tard. Trop tard. Trop tard, il ne rentre plus dedans. Ça sera pour le prochain. Pour le prochain, je ferai plus de photos de maternité. Je ferai des photos avec le body bleu à nuages. Alors j’attends le prochain.

Pourtant des photos, j’en ai faites des tonnes. Parce que j’en ai très peu des photos de moi petite et que ça me rend un peu triste. Et puis aussi pour garder tout ça en mémoire. Toutes ces premières fois. Toutes ces choses si précieuses et si importantes qu’on pense ne jamais oublier. Mais qu’on oublie quand même. Parce qu’après mon accouchement je me suis dis « Plus jamais » et que je le referai quand même, et pareil pour l’allaitement, et pareil pour les trois premiers mois. Parce qu’on oublie.

Je râle contre Papa Breizh qui ne prend pas assez de photos avec Bébé Putois et moi. Parce que je pense au moment où l’Ado Putois regardera ces photos en se moquant bien de la coupe trop ringarde de sa mère et des fringues has been de son père. Je pense aux enfants de Monsieur Putois qui regarderons les albums et qui verrons que Mamie Nouille et Papi Breizh auront été jeunes un jour. J’ai acheté les albums mais ils sont encore emballés. J’ai aussi de quoi mouler son empreinte de petite mimine mais la main a déjà tellement grandit et je ne l’ai toujours pas fait. Mais je prends des photos pour figer ces souvenirs. Et j’écris aussi. Je me dis que peut-être j’imprimerai tout ça et je lui donnerai quand il deviendra papa mon Putois.

Et pendant que je fige le temps avec mon appareil je pense : « Vivement qu’on puisse faire de la peinture, de la pâte à modeler et des gommettes ensemble« . Je nous vois assis autour de la table du salon. J’imagine que ça va être chouette de goûter pleins de légumes. J’ai un peu peur de la marche et de la réorganisation de l’appartement qui ira de pair. Je me demande quand ont lieu les inscriptions à la maternelle. J’ai hâte qu’il voit le Roi Lion. Je me dis que ça serait bien qu’il aille à la sieste pour que j’ai un peu de temps pour moi. Je pense qu’il faut qu’il se réveille et qu’il mange  sinon ça va décaler toute la journée. J’attends le weekend avec impatience. J’attends le retour de Papa Breizh pour lui refiler le bébé (au sens propre du terme). Tout à l’heure on ira se promener. Demain il faut aller chez Nounou ….

Et parfois alors que je m’émeut en regardant des photos de lui je me dis que je suis con parce que Bébé Putois est juste là, à côté de moi, à jouer tout seul. Alors j’arrête et je vais le rejoindre. Il lève les yeux et me fait un grand sourire.On fait des roulés boulés et on discute de chose très intéressantes. Je lui chante beaucoup de comptines et pense que j’ai beaucoup de chance d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui appréciait mon talent artistique à sa juste valeur.

Parfois je le prends dans mes bras et il sourit pendant que je lui chuchote des choses dans l’oreille et lui fait des bisous dans le cou.

Souvent Papa Breizh vient le prendre pour aller jouer, faire l’avion et tenter le concours de chatouille. Moi je les regarde en souriant.

Presque toujours, les changements de couches prennent trois plombes. Parce que d’abord on doit débriefer sur tout ce qu’il se passe, et Bébé Putois a toujours beaucoup d’arguments. Puis on doit chanter plusieurs chansons pour voir quelle est notre préférée du jour. On doit bien vérifier si les petits pieds sont toujours chatouilleux. On regarde si les images de la couche nous plaisent et on essaye de trouver ce qui provoquera un éclat de rire.

Et y a le moment du bain aussi où il se lance dans un long monologue tout en nous éclaboussant. Et l’histoire du soir aussi, quand il tient le livre, regarde les images et rigole quand je prends de drôles de voix. Et ces moments où ils se tourne vers nous en souriant nous rappelant qu’il est là. Et je ne vous parle même pas des regards énamourés. Tous ces petits moments, où on est bien là tous les trois à respirer le bonheur à pleins poumons.

Calin&RisetteTempsQuiPasse

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10 réflexions sur “Du temps qui passe, de l’attente, des souvenirs et du moment présent

  1. ça passe tellement vite, tout le monde me dit aussi d’en profiter, alors j’essaye de me forcer à rester dans le moment présent mais j’ai quand même l’impression qu’il m’échappe parfois, ce moment!

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    • Faut dire que la société c’est un peu la course. Tout va tellement vite, il faut faire milles choses en même temps.
      Et un enfant c’est un tel tsunami que tu as du mal à te poser. Pour peu que tu sois un peu stressée comme moi, alors t’as tant de pensées en même temps que tu n’es plus vraiment à ce que tu fais. Et on te demande si ton enfant fait déjà ses nuits? mange déjà de la purée? marche déjà? comme s’ils n’étaient jamais assez rapides.
      Mais de temps en temps, réussir à faire une pause et à profiter c’est déjà énorme. Qu’il t’échappe parfois c’est loin d’être grave, l’important c’est de le saisir de temps en temps 🙂
      Et puis faut quand même aussi être un peu dans le passé et le futur, parce que si on vivait tout le temps dans le présent personne ne penserait à racheter du papier toilette!

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  2. Très bien écrit et je m’y retrouve forcément un peu. aaah les trois premiers mois. J’aurais égorgé ceux qui me disaient « profites », ptain profites de quoi? Des nuits blanches? Des crevasses aux tétons? Des crises de pleurs (et pas que chez bébé)? Puis quand ça passe ça nous paraît tellement loin…Les rares réveils nocturnes d’aujourd’hui me rendent presque nostalgique. On profitera plus au prochain…

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    • Tu serais pas un peu tordue d’être nostalgique des réveils nocturne? … Ok, je suis pareille que toi (ce qui n’exclue pas que nous soyons tordues toutes les deux). Parfois le soir, alors qu’il est au lit depuis une heure ou deux et que la journée a été longue, tout à coup je me prends à penser qu’il me manque.
      Je sais même pas comment on peut profiter plus du deuxième sachant que c’est surement aussi dur que le premier mais en plus on a déjà un enfant à s’occuper! Je me dis parfois que les gens ont quand même beaucoup de mérite d’avoir des enfants.

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      • J’ai même entendu dire que les aînés étaient les plus faciles. Autant te dire que j’attends un peu pour le deuxième.

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      • Roo crotte! je peux pas répondre à ton dernier com…Pff mais que fait WordPress??
        Tout ça pour dire: Ha ha ha… 😀

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      • Et moi quand j’essaye d’aller sur ton blog à partir de tes commentaires un message m’indique que ton blog a été supprimé….
        Je ne sais pas ce que fait wordpress mais visiblement il le fait volontairement….

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      • QUOI??? Quel salopard! [Bon en fait fallait juste répondre au premier com puis il classe tout seul…hum hum]

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