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De l’inavouable vérité sur mon accouchement

Quand on me demande comment s’est passé mon accouchement , je réponds « bien« . Heureusement on me demande rarement. Par contre quand je sens qu’on en attend plus que le simple « ça va » de politesse, je suis bien obligée d’avouer….

Pour vous planter le décor, il faut que je vous dise que j’avais très peur de l’accouchement. Comme beaucoup je pense. A raison, je pense. Au point de penser parfois que je n’aurai jamais d’enfant. Si vous avez déjà vu un vagin et si vous avez déjà vu une tête de bébé, vous ne pourrez que comprendre mon désarroi. Moi qui ne suis déjà pas très à l’aise avec un tampon …. Et puis souvent comme exemple de la pire douleur possible, on évoque l’accouchement. Y a aussi cette histoire d’épisiotomie qui n’est pas pour me rassurer. Ce qui ne me rassure surtout pas dans cette histoire, c’est qu’on me dise que ça ne fait pas mal car on coupe pendant une contraction. Ça veut dire que la douleur est tellement forte que même si on te coupe la chair à vif tu ne ressens rien?! .. Bref je n’étais pas emballée.

Et puis un jour le désir d’enfant a dépassé la peur et je me retrouvais enceinte. Mais vous comprendrez que lorsque la gynécologue m’a demandé comment j’envisageais mon accouchement , j’ai répondu  » peu importe mais si je pouvais ne pas être là« . J’avais quelques idées sur le déroulement des faits. J’avais vu Le Premier Cri avec une copine. Je ne voulais pas accoucher dans mon salon avec des potes et qu’une copine doive aller chercher mon placenta. D’ailleurs à ce moment là du film, mon amie et moi nous sommes retournées l’une vers l’autre en se demandant si notre amitié était assez forte pour ce genre d’épreuve … je crois qu’on a surtout décider que si on avait des enfants, ça serait à l’hôpital. J’ai vu une vidéo sur la méthode Leboyer : accouchement dans l’eau, lumière tamisée, recevoir le bébé en minimisant les agressions de l’environnement. J’ai vu un accouchement qui prônait tout le contraire, à la dure! dans la mer russe, les bébés tout nus dans la neige pour les rendre le plus forts possible. Mais au fond ce que j’attendais moi c’est que les hommes accouchent à notre place, Junior plutôt que Baby Boom. L’option secondaire envisagée, qui est pratiquée dans certaines pays, était la césarienne de ‘convenance’. Ça y est, vous hurlez? Non parce que s’il y a bien un truc qui déprime les femmes, c’est de se ‘faire voler » son accouchement par une césarienne d’urgence. On arrive finalement à passer outre en se disant qu’il y avait danger pour le bébé ou la maman. Mais alors j’ai bien retenu (de mon ardente lecture de Doctissimo et autres forums) que les césariennes de confort étaient des abominations. De toutes façons, actuellement même le fait de vouloir une péridurale est parfois mal jugé. Je ne vois pas en quoi une femme accouchant sans péri serait plus méritante. D’ailleurs pourquoi faudrait-il mériter notre petit en agonisant pendant des heures? En quoi la douleur rend-t-elle les choses plus belles? Peu-être un rapport avec notre héritage chrétien qui nous dit « tu enfanteras dans la douleur« .(Il ne faut pas prendre de plaisir à la conception non plus.) Tout ça pour nous punir d’un ancêtre lointain qui aurait goûter à un fruit défendu. Alors c’est ça l’histoire? On paye les pots cassés de nos aïeux et nos arrières petits enfants paieront les nôtres?

Mais bon, peu importe la façon dont on envisage son accouchement, ça se passe rarement comme on l’espérait. Je peux d’ores et déjà vous confier que ce n’est pas Papa Breizh qui a enfanté. J’ai suivi mes cours de préparation à la naissance qui m’ont révélé des choses encore pires que celles que je redoutais. Je massais mon périnée, je me préparais à respirer, à faire le dos rond pour la plus grosse piqûre de ma vie, à pousser et à poireauter des heures aux rythme des contractions. Pendant tout ce temps, Bébé Putois grandissait, bien confortablement posé sur ses fesses. Tellement confortablement qu’il y restait sur ses fesses. Du coup, on a commencé à me parler de césarienne. On m’a planté des aiguilles dans les doigts de pieds pour qu’il se retourne. Ça m’a immunisé contre l’acupuncture. Deux presque diplômées ont appuyé à fond sur mon bidon. Un quart de tour qu’il a fait le Putois avant de se réinstaller comme il était. On m’a fortement encouragé à la voie basse tout en me disant que j’avais le choix. « C’est un peu plus compliqué pour un siège m’a-t-on précisé, la péridurale est obligatoire » (et internet de préciser que l’épisiotomie était presque systématique). Il fallait réunir trois conditions : une maman motivée, un bébé de taille standard et un bassin adapté. J’avais des doutes sur la première condition. Bien qu’ils me laissent le choix je n’avais pas l’impression de l’avoir. J’ai fait une échographie de morphologie fœtale le lendemain de la version par manœuvre externe. Une étudiante m’a martyrisé le ventre dans tous les sens malgré mes plaintes jusqu’à ce que la la sage femme viennent prendre les mesures rapidement vu ce que j’avais subi la veille. (Si j’avais déjà du mal à me défendre contre une étudiante, j’étais mal barrée pour la suite). Bébé était dans les courbes. Quelques jours plus tard, scanner du bassin : quelques minutes d’examen suivies d’une heure d’attente pour qu’on vous remette des feuilles avec des chiffres. Je vois qu’une de mes mesures est classée dans la case ‘pathologique’ et je comprends que même si j’ai de grosses fesses, mon bassin est étroit. Et je comprends que le choix ne m’appartient plus, que ça sera une césarienne programmé. Et je suis soulagée.

Alors quand les gens me demandent, plus que par politesse, comment s’est passé mon accouchement, je leur dis que c’était une césarienne. Ils ont l’air désolé pour moi mais paraissent satisfaits de l’explication du siège. Sauf que parfois j’ajoute « j’ai pas vraiment accoucher, j’ai eu une césarienne« . Dans ma tête’ accoucher par césarienne’ c’est comme ‘allaiter au biberon’, un abus de langage pour rassurer certaines mères. Même si je ne juge absolument pas les mères à qui ça arrive, je me condamne moi-même. J’ai beau avoir été contente d’avoir ma césarienne puisque c’est ce que je souhaitais, j’ai le syndrome de l’imposteur. Je culpabilise parfois en me disant que si Putois était en siège c’est parce que je voulais une césarienne. Je ne me sens pas entièrement mère parce que je n’ai pas connu les contractions (pourtant les douleurs post opératoires douillent aussi). J’ai beau m’offusquer du besoin de souffrir pendant l’accouchement, j’ai toujours l’impression de m’excuser de ma césarienne. Et puis en lisant l’autre jour le témoignage de son accouchement voie haute sur A dada et au dodo, j’ai eu envie d’en parler aussi. D’en parler aussi par rapport aux regards qu’on porte sur ce mode d’enfantement. On entend des témoignages difficiles et d’autres rassurants, mais quand est-il quand la césarienne est un choix? Pourquoi faut-il en baver pour mettre au monde? Et si mon bassin avait eu des mesures normales et que j’avais eu le choix? Aurais-je été une mauvaise mère dès le départ si j’avais choisi la césarienne?

Calin&RisetteAccouchement

 

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De mon petit bidon

Mon bidon pousse. Oh non, y a personne dedans. C’est le gras qui déborde. Parfois je le caresse et j’ai la nostalgie de l’habitant. Pourtant j’ai pas aimé la colocation mais allez savoir pourquoi, je mélancolise. Ça doit être une sorte de syndrome de Stockholm. Les témoignages sur le ressenti des premiers mouvements fœtaux font état de bulles de champagne ou de bruissements d’ailes de papillons. Moi je ressentais ça comme des battements de cœur. Parfois j’avais des fasciculations dans le genou et c’était comme si je sentais mon bébé dans mon genou. Alors aujourd’hui quand ça palpite, pour un muscle qui se contracte ou un repas qui se digère, je fantasme qu’il y a un gigoteur qui s’agite.

Quand Putois a eut fini de squatter mon utérus, ce sont mes seins que je lui ai donnés. C’était plutôt une bonne idée d’ailleurs car il a totalement vidé tout ce que la grossesse avait rempli. En une semaine, j’avais retrouvé mon poids d’avant. Quelques jours de plus ont fait disparaitre mes bourrelets les plus tenaces. J’avais toujours entendu que la cellulite et la culotte de cheval étaient des réserves pour nourrir les enfants en cas de disette. N’étant pas menacée de famine, ça me faisait une belle jambe potelée.C’était sans compter sur l’allaitement (et les menus gastronomiques de la maternité?). Moi qui avait fait attention pendant la grossesse (tout ça à cause d’une prise de poids importante en un seul mois alors que sur l’ensemble j’étais dans les clous), je pouvais enfin me jeter sur le chocolat sans aucune culpabilité. J’avais imaginé devoir sacrifier mon corps à la venue d’un enfant. Me retrouver grosse, flasque, zébrée et incontinente. Finalement je ne m’en sortais pas si mal. Je me trouvais même plutôt bien dans mon corps.

Mais maintenant que l’allaitement se termine et que mon corps redevient mien, ça n’est plus si facile. Déjà mon bébé me manque et j’ai besoin de le serrer contre moi souvent. Tu vois, je te ponds un article sur mon rapport au corps postpartum et c’est du corps de mon bébé que je te parle. On défusionne sur le plan physique au fur et à mesure que se construit notre lien psychique. Je me remplume aussi et mes copains bourrelets et gros bidon reviennent me voir. Mes cheveux tombent comme la pluie en Bretagne. Je croyais y avoir échappée, ça n’était qu’une question de temps. Mes seins se vident, perdent de leur fermeté et confirment la théorie de Newton. Et puis l’autre jour, je suis rentrée en boitant parce que depuis ma grossesse ma hanche me fait drôlement mal.

Calin&RisettePetitBidon

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