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De ceux qu’on laisse de côté

Il y avait cette animalerie devant laquelle je passais souvent. Un jour, j’ai craqué et je suis ressortie avec une petite boule de poil et une énorme cage. Cette boule c’est Dent de Sabre, mon lapin. Ma lapine pour être plus exacte. Le sexe compte. Une lapine est un peu un mix entre une femme enceinte et une femme indisposée niveau caractère. Avec l’âge et son hystérectomie , ça s’est arrangé. Cela dit quand je vois à quel point on peut être chamboulé par ses hormones, je me demande parfois si je n’aimerais pas qu’on m’enlève le mien d’utérus (c’est pas un peu sexiste comme pensée ça?). Pour revenir à nos lapins, Dent de Sabre (ainsi nommée pour avoir une dent qui lui rentre dans le nez si on ne la coupe pas régulièrement) est mon premier bébé. Adoptée au sein d’un autre foyer, elle fait partie de ma famille recomposée. Papa Breizh est un fabuleux beau-père qui s’en occupe bien plus que moi à l’heure actuelle. Elle a connu (laissez moi compter sur mes doigts) cinq maisons différentes (je dis maison mais comprenez appartements). Elle est un peu sauvage. Les hormones et le fait qu’on nous ait dit de ne pas trop ‘l’embêter’ petite. A ne pas trop la déranger, elle a fait sa petite vie. Elle aime bien être tranquille et ne nous sollicite pas trop. Le lien est parfois difficile, un mois à l’apprivoiser pour qu’en trois jours d’oubli de caresse, elle ne vous calcule plus. Mais on l’aime quand même. On a même avortés nos vacances au futuroscope pour lui payer trois jours d’hospitalisation… Parents qui voulez acheter un lapinou à un enfant, oubliez l’idée, c’est plutôt craintif comme animal et ça revient hyper cher en véto !

Et puis y a eu le chat. Ventre Mou. Nommé ainsi parce que… oui ben vous aurez compris pourquoi. Avant d’être un gros bidon c’était une toute petite chose fragile. Parfois je regarde des photos quand elle était petite. Oui car chaton, mon chat était une femelle. Ce n’est qu’en grandissant que ma chatte a eu des testicules. Ce qui nous a valu de longues heures de réflexions quant au choix du nouveau prénom et beaucoup de doutes quant à l’hypothèse d’une schizophrénie latente due au fait d’avoir été élevé par rapport à une identité sexuelle différente. Je me souviens de la première nuit. Il était dans la salle de bain attenante à notre chambre, petite chose fragile dans son grand panier. Vers cinq heures du matin, il nous réveilla par ses petit cris plaintifs appelant sa mère ou ses frères. Tout apeuré, nous avons joué avec lui pour qu’il se rassure. A partir de là je me suis dit que je pourrais bien être mère (le projet nous trottait déjà dans la tête). Les nombreuses prises de becs plus tard (pour des pipis dans mon tiroir de vêtements, des cacas sur le tapis de bain, des griffures partout) m’ont fait douter de ma capacité à ne pas jeter un enfant par la fenêtre. Malgré tout le chat était le roi. Il avait droit aux câlins, aux jeux et à la place de choix sur le canapé. Dent de Sabre dans l’histoire étaient reléguée à la cuisine (une des pièces les plus grandes de notre précédent appartement cependant) et on se déculpabilisait en se disant qu’elle était bien contente qu’on la laisse un peu tranquille.

Et puis il y a eu Bébé Putois, le petit humain. Autant vous dire que ça n’a pas perturbé grandement Dent de Sabre. Ça a été plus dur pour Ventre Mou. Surtout que l’arrivée du criard fut assortie d’un déménagement dans un appartement infesté de puces et d’une visite de mes parents. Le chat a passé plusieurs nuits à dormir dans sa litière, tant il était perdu. Il ne calculait pas le petit au départ. La vétérinaire nous avait dit de faire comme si l’enfant avait toujours été là et de ne pas le présenter au chat, cela pouvant relever d’un choc trop important. Plus tard quand je câlinais le chat, il en profitait pour se frotter au petit. Le bébé a bien mis quatre mois à percevoir l’existence du matou. Aujourd’hui les rapports sont froids, le chat évite le petit qui essaye de l’agripper en tendant la main. Nous redoutions franchement la réaction du félin mais il a été plus que correct jusque là. Il a tenté une fois de le mordre, je ne sais même pas s’il l’aurait fait. Le chat dormait sur la couverture, le petit était en dessous et en remuant les pieds lui a donné un coup. (Non le chat ne dormait pas sur le bébé, le petit était dans mes bras en train de téter et le chat à côté).
Mais en récompense de sa bonne conduite qu’est-ce qu’il a ? Plus de câlins . Une caresse de temps en temps mais pas souvent parce qu’après il faut se laver les mains. Encore moins de jeux, nous sommes bien trop fatigués pour remuer un bout de ficelle. Et des reproches : parce qu’il a encore foutu de la litière partout, parce qu’il sème des poils partout et qu’il est tout le temps dans nos pattes. Alors il passe son temps à dormir et à cultiver son surnom.

Et je ne peux pas écrire cet article sans évoquer le troisième abandonné de la bande, Papa Breizh. Mais bon, est il vraiment nécessaire d’écrire encore un paragraphe sur la vie de couple chez les jeunes parents… il sera bref alors. Néant.
Et puis comme je suis là à me plaindre, je voudrais aussi vous dire que je ne fais pas que négliger les autres, je me néglige aussi. Mais je me soigne et mardi je vais chez le coiffeur !

J’aime mon fils de tout mon cœur et il compte plus que tout. Mais même si mon cœur est extensible, mon temps ne l’est pas et beaucoup d’être chers sont laissés de côtés.
Parfois je me dis que si un jour Bébé Putois a une petite sœur, j’aurais aussi moins de temps pour lui. Et ça me fait mal au cœur.

Calin&RisetteCeuxQuonLaisse

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D’être toujours fatiguée et de ne jamais avoir le temps

L’autre jour au travail, un collègue se plaignait d’insomnies récurrentes. cela avait commencé, témoignait-il, il y a plusieurs années quand il avait dû parfois travailler de nuit. Un autre, plus jeune, lui rétorquait que pour sa part, les problèmes de sommeil avaient débuté quand il était devenu père. Plus moyen de faire de grasse matinée! Et sans même parler des nuits hachées. Je ne pouvais que compatir.
Des gens qui se plaignent de fatigue, j’en croise beaucoup. Parce qu’ils sont malades, parce qu’ils ont guinché toute la nuit ou encore qu’ils travaillent beaucoup. J’ai plus ou moins de compassion pour eux. Je me souviens avoir été invitée à déjeuner chez des amis lorsque Bébé Putois était tout petit. Une de nos première sortie (hors pédiatre, ostéopathe, PMI, radiologue…). Nos hôtes : un couple avec deux enfants, quatre et un an. Invités également : un autre couple. L’homme de cet autre couple se plaignait ardemment de fatigue. La veille, ils s’étaient couchés à deux – trois heures du matin. Il était si épuisé qu’il a fait une sieste après le repas! Et nous alors? Couchés vers minuit après avoir tenté de calmer Putois pendant deux heures au mieux, quatre au pire (chez lui les pleurs du soir étaient des pleurs du milieu de la nuit). Levés une ou deux fois pour le nourrir, devoir se rendormir. Réveillés plus tôt pour être opérationnels à midi (alors que d’habitude nous profitions du matin pour dormir). Et nos hôtes alors? Deux bambins, un repas à élaborer et surement un petit coup de ménage de dernière minute.

Quand on a des enfants, on ne se pose plus toutes ces questions. Plus le temps de se regarder le nombril. On fait, c’est tout! L’autre jour, météo caniculaire, je rentre du boulot et saute du train bondé au tram bondé. Avec l’été, les transports trainent. Je file chez la nounou en marchant aussi vite que mes chaussures me le permettent. J’embarque Putois, le cale contre ma hanche et essaye d’installer la poussette de l’autre. Sur le chemin, je lutte avec le soleil pour qu’il ne l’ait pas dans les yeux. Je fonce afin qu’il ait le moins chaud possible. On rentre. Je monte Putois et sa nacelle, il fait plus frais dans l’appartement. Je redescend chercher le socle de la poussette. « Maman arrive! » Je le libère et le pose dans le transat avec quelques jouets. J’enlève mes chaussures et me lave les mains (après les transports en communs, ça vaut mieux). « Maman arrive! » Je lui prépare un verre d’eau. Ça le fait marrer. Il se gargarise et recrache tout. Il n’aime pas boire de l’eau mais il aime bien jouer avec. Ça me rassure quand même un peu, je me dis qu’il en avale surement quelques gouttes au passage. Vu à quel point j’ai soif, il doit ressentir la même chose. Je le pose sur le tapis d’éveil . Je vais voir les animaux (chat et lapin) pour leur remettre de l’eau. « Maman arrive! » Je bois une gorgée au robinet en vitesse. Après on joue, on se baigne, il y a le biberon et enfin le coucher et son rituel. Puis il faut que je me lave parce qu’après tout il faut bien l’avouer, cette course m’a faite transpirer. Ensuite je fais à manger et je me pose. Pff, soulagement. Mais repos de courte durée car il faut vite aller dormir car demain on recommence. Je n’ai même pas le temps de me poser des questions existentielles, je suis crevée, je m’endors. Avant, ah avant … je serai rentré en trainant des pieds et maudissant la météo. Saloperie de réchauffement climatique va! Peut-être aurais-je eu la force d’aller jusqu’au frigo chercher une boisson fraiche avant de m’affaler sur le canapé en attendant des températures plus clémentes.

Car avoir un enfant c’est crevant. Avoir un enfant c’est chronophage. (Et je n’imagine même pas en avoir deux!) Et encore, Putois est facile à vivre. Il fait ses nuits et fait de bonnes siestes. Quand il se réveille le matin, il attend sagement qu’on vienne le chercher. Je ne sais d’ailleurs pas combien de temps il patiente. Si on le cherche à 9h30, il est réveillé. A 8h30 aussi. 7h 30 pareil. A 6h30, il dort encore. A culpabiliser quand on se retourne dans son lit en espérant se rendormir, alors qu’il est 8h. Si ça se trouve, il attend surement seul dans son petit lit. En même temps s’il n’appelle pas … Mais même un bébé parfait est crevant parce que vous êtes responsable d’un autre être humain tout le temps, tout le temps, tout le temps . (Un peu moins quand il est chez nounou, mais c’est qu’alors je travaille et travailler c’est crevant!)
Alors je suis crevée et je n’ai le temps de rien. Mais en même temps, je n’ai jamais fait autant de choses de ma vie. Je suis fatiguée mais je n’y pense que quand je vais au lit. Finalement je ne me suis jamais sentie aussi vivante. Et quand j’ai un peu de temps libre, je ne sais même pas quoi en faire alors je vais le regarder dormir.

Calin&RisetteFatigue