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Du gâteau d’anniversaire entaché de haine

Ce matin là, en passant devant le chambre de la Belette, je l’ai entendu raconter sa journée à son doudou. Il y avait de quoi se réjouir : revoir son papa absent quelques jours, réunir tous les papis et mamies de l’ouest et une journée entièrement consacrée à sa petite personne. J’ai pris dans mes bras le petit tout chaud de sommeil et lui ai murmuré  » joyeux anniversaire » alors qu’il se blottissait contre moi. On est allé réveiller Papa Breizh avec un grand sourire. Puis on est descendu en faisant bien attention de ne pas se casser la binette dans l’escalier. Mon beau père était devant la télévision. Il m’a demandé si je savais ce qui s’était passé la veille au soir. Je ne savais pas. Alors il m’a dit … l’horreur. Et les premières nouvelles de cette journée magique ont été d’abominables récits de haine et de violence.

Le matin je me suis retrouvé en compagnie de plein de gens. On avait beau tous avoir  les fesses bien collées à nos sièges en suédine marron, une partie de nous tous était absente. Certains ont évoqué l’actualité, alors ce n’était pas un cauchemar? Nous avons fait une minute de silence. Une minute révoltante à nous taire car il n’y a pas de mots. De retour en famille, nous avons ouvert du champagne et mangé des choux à la crème, parce que purée, un an mon Grand Chat, ça se fête! Mais y avait comme un goût amer en fond de bouche. A la tombée de la nuit, j’avais comme une impression de dimanche soir plein de spleen. Sauf qu’on était samedi. En fait c’était cette impression qu’à partir de maintenant, rien ne serait tout à fait comme avant.

Il y avait déjà eu la guerre, des kalachnikov contre des crayons. La Crevette était toute petite, on avait déjà du mal à s’en sortir pour dormir et manger alors le reste. C’était comme un bruit sourd à l’extérieur de notre bulle, une déflagration au loin qui fait trembler. Finalement les angoisses de primipares protègent aussi.

Et puis là, ça recommence. Tout juste un an pour mon Petit Poulet et déjà deux drames au dehors. Comment lui expliquer à mon Bébé Ours que dans la vraie vie, ce sont les méchants qui gagnent? Mon Petit Canard qui éclate de rire quand on met son doudou sur notre tête et qui sourit quand on lui chuchote des je t’aime. Ce tout petit bébé que j’ai mis au monde au milieu de ces brutes sans cœur ni âme. Je me souviens d’un épisode de Grey’s Anatomy (on a la culture qu’on a) où la rouquine s’interrogeait sur l’égoïsme d’enfanter au milieu de cette Terre remplie de terroristes. Sa belle mère arguait qu’il était justement important de faire des enfants de de les éduquer pour qu’ils construisent un monde meilleur. Mais est-ce que ça suffira? Parce que là j’ai encore la nausée et le cœur serré.

Mais bande de cons, vous ne saviez pas que ce jour était l’anniversaire de Putois, un jour spécial pour célébrer la naissance de l’être le plus extraordinaire au monde?
Bande de lâches, vous ignoriez qu’au moment où vous détruisiez, y avait peut-être une petite fille qui rêvait de son gâteau d’anniversaire, avec des vermicelles multicolores et des bougies magiques, qu’elle avait eu en ce merveilleux vendredi?
Et bande d’ignares, vous ne savez pas que le lendemain, ce sont les cent ans d’un monsieur aux cheveux blancs? Et cent ans ça se respecte bordel!
Et le surlendemain, bande de cruels, on fête l’anniversaire d’une femme qui sauve des vie et d’un homme qui bâtit des maisons.
Et les jours d’après, celui d’un fils, d’une fille, d’une maman ou d’un papa.
Mais bande d’inhumains, vous ne savez pas qu’il faut respecter chaque jour car il est la célébration de la naissance de quelqu’un et que la vie est la chose la plus précieuse qui existe?

Calin&RisetteGateauAnniversaire

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De la douleur d’être mère

Quand Ventre Mou était encore chaton, je me souviens avoir regardé mes avants bras lacérés et m’être dit  » Au moins un bébé ne me mordra pas, ni ne me griffera. » ….

On nous prévient de certains aspects négatifs de la maternité : la culpabilité, le jugement des autres, la fatigue, le burn out … Mais on évoque si peu la douleur physique. On va jusqu’à pousser le vice en parlant d’accouchement ‘sans douleur‘. Mais la vérité est qu’être mère fait mal.

Pour moi, cela a débuté dès les premiers jours. Quand Putois n’était même pas de la taille d’un petit pois. L’impression d’un syndrome prémenstruel bien hormoné. Tensions désagréables dans le bas ventre et sensations de seins au bord de l’explosion. A mesure que le ventre s’arrondit, on nous serine que la grossesse n’est pas une maladie. Personnellement je n’ai jamais vu aussi souvent le médecin! Rien de grave, juste des ‘petits‘ maux de grossesse. Des tensions dans le bidon et la poitrine, tout deux atteignant des proportions extraordinaires en quelques mois. Des remontées acides qui brûlent l’œsophage. Le dos en compote, au point qu’une demi heure de tricot au huitième mois me contraignait à passer deux heures allongée ensuite. Et cette douleur aux côtes permanente les dernières semaines, comme un hématome sur lequel on exerce une pression continue. La tête de Putois bien logée entre le bas de ma cage thoracique et mon estomac, me contraignant à manger comme un moineau et à ne surtout pas trop respirer. Je pense que c’est la conjugaison de ces minuscules désagréments de la femme enceinte qui pousse à aller en courant (au sens littéral) à l’accouchement pourtant anxiogène au possible.

Un petit tour au passage pour évoquer les gestes médicaux adjacents : échographie endovaginale, tripotage de col et prise de sang multiple. En plus pour moi, un peu d’acupuncture pour faire faire la pirouette à la crevette. L’acupuncture ne fait pas mal me direz vous. Et bien sachez que ça dépend de l’endroit où on vous enfonce l’aiguille, la face externe du petit doigt de pied étant une zone particulièrement sensible.  » C’est dommage de découvrir l’acupuncture avec ce point là » a même admis la sage femme piqueuse. En bonus de l’acupuncture (qui n’a fait que renforcer ma trouille des aiguilles), j’ai une le droit à la version par manœuvre externe : comment deux médecins appuient sur le bidon à fond les ballons pour que le bébé à l’intérieur de ton corps se retourne. Le bonus du bonus était la petite étudiante, qui le lendemain m’a fait subir une échographie très appliquée appuyant encore et encore sur mon ventre meurtri, malgré mes protestations.

La suite? Est-ce que ça vaut la peine que je vous parle des douleurs de l’accouchement? De mon côté, c’était césarienne programmée. Les contractions que j’ai connues ont tout au plus été gênantes mais jamais douloureuses au point de hurler. Le moment le plus traumatique de mon accouchement reste la pose de la perfusion. Du coup, vous pensez surement que j’ai eu un enfantement idyllique alors que j’ai juste eu une pose de perf merdique. J’ai eu l’impression que l’infirmier s’acharnait sur ma main, charcutant dans tous les sens avant de changer de main pour recommencer. Je me souviens quand l’infirmière qui a retiré le tuyau, a dû forcer pour tourner la petite molette à tel point que j’ai peur qu’elle ne m’arrache la peau. Je me souviens des quelques gouttes de sang qui ont giclé sur mon visage. Mais aussi du soulagement quand on a mis un gros bandage sur ma main, ôtant de ma vue cette grosse aiguille plantée dans ma chair. Pendant les deux jours où le cathéter est resté, j’ai délaissé cette main. Je vous ai dit que j’étais une chochotte des piqûres? La pose de la rachianesthésie s’est révélée elle aussi folklorique. Il a fallu vingt minutes d’essai infructueux à me troutrouter le bas du dos avant que l’interne ne passe la seringue à son sénior. Le reste est surement encore pire mais se passait bien heureusement de l’autre côté du champ. L’aspect vicieux de la césarienne est qu’on morfle après. Une fois qu’on a le moufflet et qu’on ne peut même plus sublimer la douleur. On a mal quand on respire, quand on bouge, quand tousse ou quand on rit. Et puis s’en suivent trois semaines d’injections quotidienne contre la phlébite. Ça ne fait pas mal qu’ils disent, c’est qu’ils n’ont jamais été piqué dans une cuisse tétanisée de stress.

Et puis y a l’allaitement. La grand mère du patron de Papa Breizh (je soigne mes références) disait que l’allaitement était pire que l’accouchement. Sur le coup je ne peux qu’approuver. Pourtant je n’ai même pas saigné. On a parlé de rougeurs, de muguet peut-être, j’ai eu quelques canaux bouchés. Mais ce que je sais c’est que j’ai beaucoup pleuré de douleur. C’est que j’ai voulu arrêter cent fois. Et qu’un jour, le poupon tout rose m’a fait tellement mal que j’ai eu une furieuse envie de lui mettre une énorme beigne  par réflexe. Je sais que mes mains ont souvent été crispées sur sa couche et mes dents serrées. Il en a fallu du temps, de la patience et des biberons tout en plastique pour que ces blessures là guérissent.

Et puis y a ces douleurs musculo squelettiques que je traine depuis ma grossesse. Cette hanche qui grince et me fait boiter parfois. Surtout quand on court partout pour être à l’heure.  Ce dos tout noué, maltraité de devoir porter encore et toujours plus. De caler Putois sous un bras, le sac de lange autour du cou, mon sac à main toujours et de chercher les clés de ma troisième main. Et de trimballer cette putain de poussette qui pèse trois tonnes! (Pardon, je suis fatiguée alors je jure). Et la fatigue des journées marathon qui n’aide en rien et cette terrible absence de temps qui fait que j’ai enfin une bonne excuse pour ne pas faire de sport alors que j’en ressens plus que jamais l’utilité.

Y a aussi mon bébé qui souffre et avec lequel je souffre. Celui qui me fait venir les larmes aux yeux dans ses pleurs de détresse pour un vaccin ou une bosse (de plus en plus fréquentes avec la motricité qui se développe). C’est biologique, je n’y peux rien, ce sont mes neurones miroirs.

Et puis y a le bébé qui me cogne. Tout petit mon cou était lacéré de griffures, c’est pas pour rien qu’on leur met des minis moufles. Ça devait bien faire marrer Ventre Mou. Aujourd’hui Putois m’attrape, me pétrit et m’érafle toujours de ses petits ongles. Pourtant je lui les coupe, tant bien que mal, mais rien n’y fait. Il met ses doigts dans mon nez et dans mes yeux. C’est de la curiosité. En ce moment il balance tout, surtout ses jouets, et parfois sur nous. Parfois il en prend un pour taper sur un autre, pour voir le son que ça fait. Parfois c’est nous l’autre jouet … Et puis y a les coups de pieds sur la table à langer. Tout bébé il s’agitait de mécontentement. Qu’est ce qu’on pouvait bien faire? Il n’y pouvait rien, on encaissait et on allait au plus vite. Ça a surement développé des abdos d’enfer chez Papa Breizh et consolidé mes cicatrices postpartum. Aujourd’hui c’est quand il est content que les jambes gigotent. Qu’est ce qu’on peut faire? On ne va quand même lui interdire d’être heureux! Les câlins? Des coups de boules. Y a eu des cartons rouges pour moins que ça. Ses bisous? Des morsures. Hier j’ai du lui appuyer très fermement sur la bouche pour qu’il lâche mon doigt. Il fait plein de bisous, le souci est juste qu’il sert ses mâchoires (tiens le correcteur me propose ‘hachoirs‘) de toutes ses forces.Je compte ses dents en regardant les traces sur ma peau. Mais il fait la même chose à son doudou alors je me dis que c’est de l’amour. Je le laisse faire parce que j’ai trop peur qu’il ne me fasse plus de câlin après. Oui je sais bien, rien qu’en relisant ma phrase, que c’est tordu. C’est comme ne pas dire non à son enfant de peur qu’il ne vous aime pas….ah oui, c’est exactement ça. Mais je me dis qu’il en comprend pas. Alors je lui dis ‘doucement‘, j’essaie de faire des gestes tout tendres, d’éviter les coups de râteau en plastique et j’encaisse. Je me dis qu’après tout mon corps est aussi le sien et qu’être mère fait mal.

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Du look de beau gosse du lundi : l’écureuil à la moutarde

Pour cette recette vous prenez un petit Putois qui avance comme un petit chien et qui pousse des cris de petits singe. Vous le chatouillez jusqu’à ce qu’il abdique et vous lui mettez des vêtements tout doux pour qu’il continue de quatrepatter. Et pas la peine de vous creuser les méninges et le portefeuille en vue de lui offrir tous les plus beaux joujoux, une notice de médicament à déchirer en petit bouts et une chaussure à scratch feront très bien l’affaire.

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Tshirt : Okaïdi

Tregging : H&M (au rayon fille!)

Chaussons et bandana : Fait Main

Et en guest : chaussure : Zara

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De la licorne de mon fils: approche personnelle de la théorie du genre

J’ai toujours voulu une fille. Les filles sont jolies. Les vêtements de fille sont jolis. Les jouets de fille sont jolis. Et puis une fille, je connais, j’en suis une. Faire des nattes dans les cheveux, jouer à la poupée et évoquer l’arrivée des premières règles, je suis prête!

Mais voilà, j’ai eu un garçon. Petites voitures et polémique du décalottage de zizi.  Enceinte, je me doutais que j’attendais un petit gars. On avait parié avec Papa Breizh. J’ai gagné mais j’étais déçue quand même. Papa Breizh craignait que je n’aime pas ce modèle avec zigounette. Qu’on soit bien d’accord, j’aime mon fils de tout mon cœur et je ne l’échangerai contre aucune blondinette au monde.Ça n’a rien à voir avec l’amour, ce sont des histoires de bébé idéal et de bébé réel. Je me console en me disant que les fils préfèrent leur maman, l’œdipe joue en ma faveur. D’ailleurs j’ai cette conviction profonde que je n’aurai jamais que des garçons, mais ça c’est une autre histoire.

Je m’étais dit que je serais plus dure avec un garçon. Je trouve les choses parfois compliquées à vivre pour les femmes et je ne voudrais pas faire de mon fils un goujat qui rentre chez lui, met les pieds sur la table et attend que bobonne lui apporte une bière. Papa Breizh avait peur que je sois trop sévère. En vérité, je sens que je vais avoir du mal à lui dire non vue la façon avec laquelle je ramasse patiemment tout ce qu’il jette par terre. Mais les enfants rois ne sont pas si terribles …

Voilà pour l’éducation, par contre pour le vestimentaire et le ludique, je voulais bien laissé gérer Papa Breizh (dans le but secret, que si on a un jour une fille, il me laisse gérer et que je puisse me lâcher sur les tutus roses à paillettes). De ce côté là, le père avait des principes :  » Pas le pyjama vert clair, ça fait fille« , « Pas ce orange là non plus », ni ça, ni ça …. Je l’ai senti vexé dans sa virilité lorsqu’on a pris deux ou trois fois le poupon pour une poupette. «  C’est parce qu’il est tellement beau qu’il pourrait être une fille » ai-je tentée de le rassurer. Du coup, nous faisons tous les achats en commun et je lui laissais le dernier mot. Puis Papa Breizh a commencé à lâcher du lest. J’ai eu le droit de lui choisir des habits toute seule. J’y suis allée doucement, j’ai parfois fait demi tour en en échangeant certains. Moi qui adore les bébés en leggings, j’ai introduit tout doucement les joggings en jersey « tu vois, c’est pratique et confortable » en les prenant de plus en plus moulants.

Côté jouets, on en a récupéré pas mal. Pour l’instant ce sont des objets de bébé, donc asexués. On s’amuse ensemble avec Putois, on fait les foufous. Parfois on joue à être énervés et on balance tout partout, ça nous fait bien marrer. Je me réjouis de nos premières peintures, de la pâte à modeler et des gâteaux aux vermicelles colorées. Je laisserai le papa s’occuper du foot et du vélo. Et pour les Legos, je suis sure qu’on pourra y jouer tous ensemble.

Et puis cet été je me suis mise au crochet et je lui ai fabriqué un lapin bleu. J’ai continué avec un chat aux couleurs de l’océan, après tout Putois est à moitié breton. Et puis un jour, je ne sais pas ce qui m’a pris mais j’avais vraiment envie, alors je me suis lâchée et j’ai fait ça das mon coin. Je me suis raisonnée quand même en ajoutant des crins turquoises et non mauves. J’ai commencé en cachette de Papa Breizh, des fois qu’il désapprouve. Au fur et à mesure de l’avancé de l’ouvrage, je l’ai laissé trainé un peu partout histoire que l’homme se prépare. Et puis un jour c’était achevé, j’avais crocheté une licorne à mon fils. Ça a bien fait marrer Papa Breizh qui a soupçonné que je l’avais fabriqué pour moi. Faut dire qu’elle est restée quelques jours sur ma table de nuit. Petit Putois n’en a pas eu grand chose à faire de ce nouveau jouet. Ni plus, ni moins, que du lapin et du chat bleus. La seule y ayant prêté attention est Dent De Sabre, la lapine, seule autre présence féminine de la maison. Elle l’a emportée dans sa cage en courant … mais je crois bien que c’est parce qu’elle s’était coincée la dent dans une maille et que paniquée, elle a filé en courant.

Depuis, j’ai acheté un legging à Putois, au rayon fille. Il y en avait aussi pour les garçons mais plus large et surtout sans matière toute soyeuse à l’intérieur. Les petits mecs aussi ont droit à la douceur pour leurs cuissots! Et l’autre jour avec Papa Breizh, on a choisi une gigoteuse bleue claire, « comme ça elle pourra aussi servir si on a une fille » a-t-il précisé.

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