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De savoir si mon enfant m’aime (autant que moi) et s’il va me détester (un jour)

L’amour d’une mère est l’amour ultime. Je n’y aurai pas cru avant. Je ne comprenais pas ces femmes qui négligent leur amant pour n’être que maman. J’avais vu Titanic et écouté la bande originale en boucle, je connaissais bien la passion. J’ai eu le cœur brisé quelques fois, je me rendais compte de l’intensité du sentiment amoureux. Pourtant j’aurai mieux fait de lire Harry Potter. Ce petit garçon ne doit sa survie que grâce à l’amour maternel. Un pouvoir si puissant qu’il fait passer Celui-Qui-Est-Si-Vilain-Et-Malfaisant-Qu’on-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Son-Nom-Trois-Fois-Devant-Un-Miroir pour un lapin crétin.

L’amour que je ressens pour mon fils est si fort que s’il y avait le feu à la maison et que je ne puisse emporter qu’un seul des deux, je prendrais Petit Putois sous le bras et laisserais rôtir Papa Breizh (il faut avouer aussi que Putois est bien plus léger et que les jambes de Papa Breizh savent descendre les escaliers, reposez moi la question dans cinquante ans, j’aurai peut-être changé d’avis …). J’attends que Papa Breizh fasse exactement le même choix. Cet amour a mis du temps à se construire mais je n’arrive même pas à me souvenir comment la vie était avant. C’est un ressenti profond. Il fait partie de chacune des cellules de mon corps. Il est animal. Et humain. Il réchauffe le cœur et l’âme. Il suffit que je pense à mon Petit Chat et le bonheur m’inonde. Il serre la gorge aussi car il est couplé à l’angoisse. Mais il protège, il est grand, il s’étend comme une large couverture en alpaga un dimanche enneigée. Bien sûr, il est moins passionné que le sentiment entre un homme et une femme. Mais il ne s’éteint pas et ne le fera jamais. Ni la trahison, n la routine ne l’épuise. On ne se demande jamais si on aime, on aime.

Pourtant parfois je crois que ça va encore changer. Je me demande si ma mère m’aimait comme ça. En tout cas il me semble que ce n’est plus le cas aujourd’hui (heureusement d’ailleurs). Peut-être parce que j’ai grandi et que d’autres gens m’aiment. Je n’ai plus autant besoin de protection, je peux combattre Voldemort toute seule. Peut-être aussi que l’amour évolue pour permettre de se séparer. On ne vit plus si chaque jour loin de son enfant est une torture. C’est de circonstance quand l’enfant à un an mais c’est destructeur quand il a la trentaine.

Parfois aussi je me demande si ma Petite Grenouille m’aime. Je sais bien qu’une maman représente tout pour un bébé, mais est-ce vraiment de l’amour? N’est-ce pas purement intéressé? Mon fils parait tellement heureux tout le temps et avec tout le monde que je me demande s’il a besoin de moi. Une fois en confiance, je peux le laisser au milieu d’inconnus sans qu’il ait un regard pour moi. Même si ma mère m’a fait remarquer que même s’il paraissait à l’aise, il n’y avait que contre ses parents qu’il se lovait en prenant son pouce. Oui mais, est-ce que je lui manque quand je pars? Il se sent bien chez la nounou, tant mieux mais … Quand Papa Breizh s’en va en déplacement, le Petit Poulet ne semble pas affecté. Et si moi je partais? Parfois je m’interroge sur ses sentiments et parfois je sais. Il me le dit dans ses yeux. Je le serre, je le bouffe, je le renifle. Il m’escalade, il me mord et se blottit.

J’en profite et j’en abuse de ces câlins là. Tant qu’il est bébé, tant que je ne lui fait pas honte, tant qu’il n’a pas de petite sœur. Je sais qu’un jour il voudra se marier avec moi et que le surlendemain déjà il faudra que je l’attende dans la voiture deux rues plus loin. Je réfléchis. J’aime ma mère mais elle n’est pas tout pour moi (heureusement d’ailleurs). Mais je l’ai détestée aussi. Je lui en ai fait bavé quelques fois. Je lui en veux encore de temps en temps. Il y a des choses que j’ai réalisées en devenant mère moi-même. Il y a aussi des choses que je ne veux pas reproduire dans mon éducation. Cela signifie que ma mère a eu beau faire tout son possible, ça n’était pas assez bien. (Le résultat n’est pas mal quand même). C’est l’histoire de la mère suffisamment bonne et de toute la frustration que ça engendre pour les perfectionnistes que nous sommes toutes (car nous voulons le meilleur pour nos enfants sauf peut-être Chat-Mille). Il est certain qu’en étant parfaite, nos enfants n’auraient aucune raison de quitter le nid. Et si c’était ce que je voulais …

Une autre peur me taraude : je n’aime pas mon père. J’ai mes raisons bien sûr. Pourtant je sais qu’il a fait de son mieux (paraitrait que ça serait la faute à sa mère). Évidement je ne referai pas les mêmes erreurs que lui. Mais si j’en faisais d’autres? Sans en avoir conscience. Peut être même en essayant de mieux faire, comme ces gamins qu’on ‘pourri-gâte’ parce qu’on a été mal-aimé. Et si mon fils ne m’aimait pas plus tard? Bien sûr je comprendrais qu’il m’en veuille parfois, qu’il se sente embarrassé par sa vieille mère devant ses camarades ou qu’il me préfère d’autres femmes. Je voudrais juste que de temps en temps le dimanche, il passe me voir à la maison de retraite, qu’il pousse mon fauteuil jusqu’au petit parc pour que je prenne un peu le soleil. Après, quand il sera parti, je dirai bien fièrement aux autres pensionnaires : « le plus merveilleux, c’est mon fils!« .

Calin&RisetteSavoirSiMonEnfantMAime

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Du temps des bêtises

Depuis plusieurs semaines, Bébé Putois déplace enfin son petit corps de poupon mignon. Quel soulagement, pour nous parents, de voir qu’il n’était pas si à la ramasse côté motricité, malgré les insinuations de l’ostéopathe (vous ne nous reverrez pas monsieur, comme nous ne reverrons pas nos soixante euros). Ça a commencé très sérieusement et avec beaucoup de concentration. J’avais l’impression de me retrouver pendant les cours de conduite lorsqu’on me demandais de tourner à gauche : bon la gauche c’est du côté de la main qui n’écrit pas, tu regardes dans le rétroviseur du milieu puis du côté, tu mets ton clignotant, tu lèves ton pied de l’accélérateur, tu poses l’autre pied sur l’embrayage, tu mets la seconde … attends, elle est où la seconde? … bref. Au tout départ, il ne se déplaçait que pour les actes vraiment importants : choper la télécommande, la boite à musique ou le portable. Et puis au fur et à mesure, il s’est mis à se mouvoir tout le temps, partout. Il a aussi appris à se lever et à se déplacer entre les meubles. Bien sûr ça ne s’est pas fait sans son lots de bosses. On a mis des protèges coins à la table basse. Ils sont déjà décollés à force d’avoir été bousculés. Putois les mâchouillais joyeusement hier soir d’ailleurs. Mais il le faisait déjà lorsqu’ils étaient encore collés, d’ailleurs parfois il mâchouille la table basse. Allez savoir, c’est peut-être Dent de Sabre la lapine qui lui a appris.

Mais forcément un bébé qui bouge représente plus de problèmes. On est complétement fous de vouloir qu’ils marchent! Tiens l’autre jour je l’emmène chez le pédiatre. Au bout d’une longue bataille, je renonce à l’empêcher de se balader malgré toute les chaussures sales qui ont frôlé le sol de la salle d’attente. Je le ramène quand même près de moi plusieurs fois.Je le mets debout contre une chaise, espérant secrètement que cette position stimulera assez son besoin de motricité pour qu’il se concentre sur un livre. Que nenni! Il se débat, et en se rasseyant bascule et se prend le pied de la chaise dans la figure. Il pleure, la pédiatre appelle et on va en salle de consultation. « C’est une bosse là? » « Euh oui, il est tombé dans la salle d’attente. » me suis-je  justifiée, sans doute un peu trop vite.

Cette nouvelle autonomie lui permet également de s’atteler à ses tâches préferées, qui sont de déranger et de jeter les objets un peu plus loin,sur un plus vaste terrain que son aire de jeu. Ainsi le classement des DVD semble bien meilleur en version ‘tous par terre‘. Quant aux bouteilles d’eau, il faut croire qu’elles sont faites pour être couchées au milieu de la cuisine. Cela lui permet également d’approfondir la diversification alimentaire : « Tiens une feuille morte collée à la poussette, miam! Une croquette de lapin? pourquoi pas?« . Et gare à celui qui laisse trainer un rouleau d’essuie tout ou un paquet de mouchoir, le Petit Renard s’en empare pour le déchiqueter en minuscules confettis. En plus, il devient très collant, nous réclame pour jouer, nous suit partout. Bref, il faut le surveiller tout le temps et j’ai l’impression de me retrouver avec le nourrisson vampirou suceur de sein qui ne voulait pas lâcher sa maman.

Pour accompagner cet élan développemental, le caractère s’épanouit. On n’était pas dupe avec Papa Breizh, on ne pouvait pas avoir un bébé tout docile alors qu’on a tout les deux un caractère de cochon du coin de la France (mais pas du même). Le Petit Loup chouine pour tout. Et on ne sait pas toujours pourquoi. Une rhinopharyngite qui a dégénéré en otite n’a pas arrangé le caractère plaintif des dernières semaines. Ouh la vilaine mère qui se plaint de son enfant qui souffre! Et puis y a les crises de larmes dès qu’on lui dit non ou qu’on l’empêche d’attraper un objet interdit. Ça rend tout compliqué. Je le pose sur la table à langer, il chouine. Je lui refile un truc pour l’occuper, il se tortille. La couche déborde, ça va pas être coton. Tiens il en attrape un justement et en fait des miettes, j’en profite pour nettoyer le petit cul. « Non, on ne mange pas le coton. » De frustration il gigote plus, et fini debout sur la table à langer. Mais quelle bonne idée! Je l’assoie tentant tant bien que mal de refermer les pressions du pyjama. Il en profite pour virer par terre tout ce qu’il trouve à portée de main. « Non, les ciseaux à ongles ne sont pas des jouets« . Crise de pleurs.

Cerise sur le gâteau, Le Petit Chat répète « nan » à longueur de journée. Je sais bien que ce n’est pas encore la phase d’opposition, qu’il ne comprend pas ce qu’il dit, que c’est peut-être simplement une répétition à force qu’on le lui dise ou encore une citation de son livre préféré ‘le lion qui disait toujours non‘. Je sais bien tout ça, mais ça pique un peu les oreilles.

« On va au bain?
– Nan!
– Tu veux pas aller au bain?
– Nan!
– Tu veux un bibou?
– Nan!
– On va au dodo alors.
– Nan!
– Tu veux un cadeau pour noël?
– Nan!
– Tu aimes maman?
– Papa! »

Ben oui, parce que piment sur la cerise sur le gâteau, à chaque fois que j’essaie de lui faire dire ‘maman’, il répond ‘papa‘ en se marrant!

Calin&RisetteBetises

 

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De la super nounou

Il y a un mois, j’ai profité d’une formation près de chez ma mère pour emmener Petit Putois voir sa mamie. Celle-ci a pris congé pour pouvoir s’occuper du bébé pendant que je me cultiverais les neurones. J’appréhendais un peu vu que c’était seulement la quatrième fois que le Chaton verrait sa mamie (car elle habite à l’autre bout de la France). lI n’y aurait pas de temps d’acclimatation.

La soir du premier jour de garde, ma mère me rapporte que tout s’est bien passé. Elle décrit le caractère facile de mon fils et son côté sociable. Et puisque tout cela ne peut avoir qu’une seule explication , elle conclue : « il doit vraiment avoir une nounou formidable! »

….

Calin&RisetteSuper Nounou