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De l’éducation canine de mon enfant

Pendant les fêtes de fin d’année, je me suis retrouvée à boire le thé chez une vieille dame. Je lui fais part de mon dépit de constater que la chair de ma chair fanfaronne ‘papa‘ à tout va et point de ‘maman‘ dans le clairon. Elle me rétorque que tout est une question d’éducation , il faut agir comme avec un chien. Il suffit d’agiter un gâteau et de le récompenser en cas de bon comportement. C’est ainsi qu’elle a appris à son toutou à s’asseoir sur demande. L’autre dame présente semble un peu choquée du discours. Mais que peut-elle en savoir? Après tout elle n’a pas d’enfant et surtout elle n’aime pas les chiens. Alors que notre hôtesse les adore. Pour preuve, elle a confectionné pour le Noël du chien de sa sœur, un plaid avec une tapisserie au motif de scène de chasse assorti d’un coussin brodé au nom de l’animal. La vieille dame trouve d’ailleurs que le prénom de mon fils ferait un parfait patronyme canin. Faut dire qu’elle appelle tous les animaux par un nom humain. Cependant  celui de mon fils elle me l’aurait quand même pas utilisé car c’est le même que celui de son grand père, sa mère n’aurait pas apprécié.

A cette même période,il y a eu un soir où Petit Putois s’est montré particulièrement content que je vienne le récupérer chez Nounou. Sitôt arrivée, l’animal a couru vers moi à quatre pattes, s’est accroché comme il a pu et a mordu à pleine dents une de mes joues avant de repartir en jappant. Puis de revenir, plus de repartir, puis…. Nounou, fort étonnée de son comportement, s’est exclamé:  » C’est drôle on dirait un petit chien. «  Il me faisait la fête. Je me suis demandé un furtif instant si je n’avais pas provoqué ça. En effet j’avais remarqué que depuis qu’il maîtrisait l’art du déplacement autonome, j’avais tendance à l’appeler à travers l’appartement.  » Viens! Viens! «  je scande comme lorsque je hèle le chat en l’appâtant avec quelques croquettes. Il nous arrivent même (car Papa Breizh est de mèche) d’agiter le biberon plein devant le bébé pour qu’il vienne manger.

Force est de constater que le marmot tiens du cabot. Si on compare parfois les nourrissons à des tubes digestifs (je rajouterais avec haut-parleur), je crois que pendant cette période entre le quatre pattes et la marche, la métaphore canine est pertinente : compréhension des ordres simples, tempérament joueur et attachement entier pour ses maitres parents. La comparaison n’est pas maternellement correcte et pourtant tout y est : La quadripèdie et le fait de s’accrocher aux jambes pour se mettre sur deux pattes pieds, la tendance à ramasser tout ce qui traine et à le coller entre les gencives, la bave au menton, les morsures, la balle qui nous lance pour signifier qu’il veut jouer et même les grognements de mécontentement.

Mais le susucre sur la pâtée vient de Papa Breizh qui, l’autre soir, m’annonce tout joyeusement l’invention d’un nouveau jeu. Il saisit furtivement la peluche préféré de Putois et la planque à son insu. Il s’écrit alors : » Il est où doudou?! Il est où doudou?!  » ( Ce ton là je le reconnais c’est celui qu’il utilise avec son chien).  Le petit lève la tête aux aguets et regarde dans tous les coins. Sitôt la proie repérée, ils fonce dessus, la saisit, un un coup de dents au passage, et la ramène fièrement à son père dans un aboiement de joie.

Calin&RisetteEducationCanine

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Du papa de mon fils

L’autre soir, je sortais du travail en proie à un terrible dilemme, faire les magasins ou rentrer directement chez moi. Il pleuvait mais il me fallait un nouveau soutien gorge. Ce détail n’a aucune importance, mais parler de sous vêtements dès l’entrée permet d’appâter le chaland. Je confiais à ma collègue qu’il m’arrivait parfois de traîner les pieds en fin d’après midi, profitant du fait que la moitié de la semaine ce soit Papa Breizh qui récupère le Petit Putois chez Nounou.  » Tu as de la chance, me répliquait ma collègue, tous les pères ne le feraient pas. » « Hein quoi ?! m’insurgeais-je en mon for intérieur, c’est pourtant la moindre des choses, après tout un bébé, on le fait à deux! ». Donc chez nous on s’en occupe à deux, ça me parait normal et ça parait normal au père. Parfois même VentreMou le chat vient surveiller. Et pourtant ….

Quand c’est mon tour de chercher le petit, j’ai toujours l’impression que ça relève d’un marathon. Rien que descendre les escaliers en tenant le Putois d’un bras et mon sac à main pantagruélique dans l’autre me semble relever du sport extrême. Papa Breizh se débrouille bien mieux. Souvent quand je rentre, je les trouve propres tous les deux, fraîchement sortis du bain. Moi j’aime bien prendre des bains avec mon fils. Parfois. Quand on me le ramène alors que j’ai déjà passé une heure à mariner et à me détendre et qu’on le sort et l’habille à ma place parce que sinon j’ai froid. Moi j’aime prendre des bains très chaud, mais si le bébé vire à l’écrevisse, ce n’est pas chouette. J’aime m’étendre de tout mon long dans la baignoire sauf que le Baleineau et sa brouette de jouets prennent toute la place. J’aime lire tranquillement mais le Petit Singe ne tolère que les livres en plastiques dans l’eau (enfin là c’est moi qui limite, car je suis sure que ça ne lui déplairait pas un petit plouf avec sa bibliothèque). Et puis surtout j’aime prendre mon temps et me tartiner de crème en sortant mais à ce rythme là mon bébé aura le temps de se transformer en sardine. Bref, prendre un bain avec Petit Putois est compliqué. Mais Papa Breizh, je ne sais pas comment il fait, mais il gère. Quand je rentre tard certains soir, il arrive même à préparer le repas en plus de tout ça. Moi quand je dois faire à manger, je colle l’Asticot dans les pattes de son père et m’isole à la cuisine (parfois je fais même des plats compliqués pour apprécier la solitude, mais chut, c’est un secret).

Ce que j’adore chez Papa Breizh est son imagination débordante. Vous le verriez inventer des histoires avec les peluches de Bébé Putois, je me souviens encore de celle de la vache qui, prenant le dinosaure pour un arbre, lui a fait pipi dessus. Papa Breizh et Petit Putois papotent beaucoup ensemble, je ne comprends pas tout, des discussions de gars surement. Ils inventent sans cesse de nouveaux jeux et passent beaucoup de temps à s’amuser. D’ailleurs je ne sais pas lequel des deux s’éclate le plus. Parfois, Papa Breizh vient faire de drôle d’imitations pendant que je lis l’histoire du soir. Ça fait rire Petit Putois jusqu’au hoquet.

Outre ses compétences de gestionnaire domestique et sa personnalité de grand enfant, la qualité  la plus fondamentale que j’admire chez le papa de mon fils, est qu’il aime mon fils autant que moi. On se bat le matin pour savoir lequel de nous deux aura le droit de le porter pour grimper les trois étages menant vers Nounou. Nos derniers petits mètres avec notre bébé. Il m’en a déjà voulu (un peu) de lui voler le premier sourire du matin profitant du fait qu’il soit allé préparer le biberon. Il est revenu tout blessé l’autre jour car Petit Putois avait fait demi tour en pleurant quand il est allé le chercher chez Nounou. Et puis hier il a tenté de mettre Petit Putois en lui demandant très sérieusement  » c’est qui que tu préfères? « . Petit Putois, tout aussi solennel, a alors désigné sans hésitation sa peluche renard en clamant  » Doudou! « .

Calin&RisettePapa

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De ce que je veux transmettre à mon fils

L’autre soir, on causait marmaille avec les copines. Heureusement, on buvait des bières pour ne pas tomber dans les stéréotypes. L’une d’entre elles évoquait son souhait d’avoir une fille. Issue d’une lignée féminine, il lui semblait important de transmettre cette tradition là.

De mon côté, je m’étais dit que je serai plus dure avec un garçon. Par opposition avec certaines mère qui font de leurs filles des aides ménagères et de leur fils rois de gros beaufs assistés. Avec l’âge, je deviens plus féministe et déplore souvent la conditions de mes congénères, la minorité la plus majoritaire. Pour moi, il est important d’inculquer à mon fils le respect des femmes (et des Hommes en général) et le partage des tâches (Non, quand ton mec fait la vaisselle il ne t' »aide » pas, pourquoi ce serait ton boulot? il participe). Je crois que ça me vient de ma mère qui, par conviction,  m’a toujours fichue une paix royale quand j’étais petite. Elle a souhaité m’éviter de suivre son chemin, prisonnière un peu jeune d’un mariage peu désiré. Mon père est issu d’un second mariage, son père était un bourgeois et sa mère, la bonne, au sens propre, qu’il a épousé car elle était enceinte. Ma mère m’a raconté que lorsqu’ils se sont mis en ménage, mon père ne mangeait qu’avec des couverts en argent! Ils ont fini par divorcer, mais ça c’est une autre histoire. Personnellement, je n’ai pas trop pâti de la vision machiste de mon père, j’étais une princesse (fille unique de ce côté). Mais aujourd’hui, sa nouvelle femme s’occupe de la gestion domestique alors qu’elle travaille et que lui non … Bref, mon fils fera la vaisselle. Cela dit, si j’ai une fille, elle s’y collera aussi!
A la maison, il y a aussi des tâches plus agréables que le ménage, comme la cuisine. J’ai envie de faire des gâteau avec mon fils pour quand son papa rentrera du travail, j’ai envie de faire des bredeles à Noël et des crêpes à la Chandeleur. J’ai envie de partager mes traditions familiales  (comme le repas sucré du soir de la Saint Nicolas) et d’en inventer des nouvelles (les épinards – foie de veau du samedi soir?). Aujourd’hui, je bataille déjà pour qu’on mange tous ensemble à table le soir. Ça implique beaucoup d’organisation et je n’ai pas toujours le courage. Parfois les parents mangent des pâtes devant la télévision pendant que le bébé dort. Mais j’ai envie de ce repas, moment de partage,où on se raconterait nos journées. J’ai envie de construire une famille heureuse et unie. Un peu cliché, mais un cliché qui me plait.

L’idée du bonheur familial m’emballe. Ma mère m’a souvent répété que la vie était dure. Quant à mon père, je le vois passer ses journées devant la télévision à attendre l’heure du repas pour qu’il se passe enfin quelque chose. Je porte ces lourdeurs en moi. Certains moments, je n’aspire qu’à fusionner avec mon canapé, à ne me nourrir que de pizzas et ma seule joie réside dans le caractère inédit du téléfilm de M6 (je me rends compte que je n’ai accès à cette chaine que depuis une quinzaine d’années et qu’il y a pourtant déjà des films que j’ai vu trois fois! Il y a une partie de ma vie où j’ai sacrement dû avoir le temps les après-midi!). Je ne voudrais pas apprendre au Petit Putois que tout est facile, tout lui donner sans qu’il n’ait à faire d’effort. Je ne voudrais pas non pus qu’il croit que pour exister, il faut courir partout pour avoir des choses à raconter sur facebook. Mais je voudrais lui transmettre que la vie est belle. J’aimerais qu’il puisse apprécier l’odeur des fleurs, la sensation du sable tiède sur les pieds et le bruit des vagues. Je voudrais en faire un optimiste, un homme heureux.

En plus de transmettre ces valeurs, j’aimerais partager avec lui des passions qui me tiennent à coeur. J’aime les loisir créatifs et j’ai envie pour lui de peinture, de paillettes et de pâte à sel. J’ai sorti une boite de feutres il y a quelques jours. Un a un, il a déballé chaque feutre, a colorié un peu avant de le jeter par terrre. Au final, j’ai un joli dessin sur le frigo (et sur ses doigts, et sur la table basse). Peut-être qu’un jour aussi je lui apprendrai le tricot, d’ici là, ça ne sera plus vu comme une activité féminine.
Il y a les livres aussi. J’aime lire mais j’aime surtout les histoires. Depuis tout petit, la lecture fait partie du rituels du soir. Petit Putois adore. Et nous aussi. Il apprécie l’objet livre qu’il manipule avec plaisir. Il est toujours content quand on va à la médiathèque.
Ce que j’aimerai lui transmettre au delà de la peinture et de la lecture, c’est l’imagination. C’est à mon sens une richesse extraordinaire et un immense outil d’adaptabilité que cette cette capacité à construire psychiquement des autres possibles.

Mais surtout, surtout, je veux lui transmettre que je l’aime de façon inconditionnelle et que ça durera toujours (sauf peut-être si son père lui lègue son amour du ballon rond…).

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Si toi aussi tu veux faire du coloriage, je t’offre ce dessin (clique pour l’agrandir)

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Du confetti dans son petit lit

Le matin tout est organisé au cordeau, millimétré, chronométré. Quand le mouvement ralentit, je gueule un peu pour remettre un coup d’accélérateur. Il faudrait que je trouve un autre moyen, promis, dès que j’ai le temps, j’y réfléchis. Ce matin là, je soulève Petit Putois fraîchement habillé et les fesses toute propres et là, j’aperçois un petit confetti sur sa table à langer. Bon tu vois, je t’ai un peu menti dans le titre. C’est pour la rime tu comprends. Parfois je brode un peu pour enjoliver l’histoire. D’ailleurs y en avait un sur le canapé aussi de confetti mais bon, de celui là je n’ai rien trouvé à dire. Donc je vois ce minuscule rond de papier bleu sur la serviette blanche et une drôle d’idée me traverse la tête. Je m’imagine que Petit Putois est sorti faire la fête en douce et que le lendemain, je retrouve cette preuve de sa virée nocturne. Je me dis que ça arrivera peut-être plus vite que prévu. Un clignement de paupières et me voilà face à un adolescent. D’ailleurs il a un bouton sur le menton, preuve en est. Je nostalgise et me dis que quand même, il grandit si vite. C’est pas comme si c’était la première fois que je me lamentais sur le temps qui passe. A ma décharge, on fait toutes ça. Et puis quand on ne le fait pas, c’est pour flipper qu’ils ne grandissent peut-être pas assez vite.

Ce petit confetti est un témoin de sa vie sans moi. Sa vie des jours ouvrables entre sept et dix-sept heure. Sa vie chez la Nounou. Tout avait débuté la veille. En allant le chercher, je croise un super héros d’un mètre douze avec une comaman (néologisme tout frais que je viens de pondre pour désigner une mère avec laquelle je partage la nounou, mais vu que je dois expliciter le sens du terme dans une longue parenthèse, je pense que ce mot est voué à disparaitre dès la fin de cet article, tué dans l’œuf). Je me rappelle vaguement que mardi gras approche, rapport aux beignets à la boulangerie. Elle m’explique qu’ils ont fêté carnaval à l’école. Je dis que quand même  c’est drôle d’organiser ça un jeudi. Elle ne relève pas. En fait je suis trop vieille, ou mes enfants trop jeunes, pour réaliser que la semaine suivante correspond aux vacances. Ce petit garçon était le plus grand des enfants que Nounou gardait quand Putois est arrivé. Maintenant il est trop grand et c’est sa petite sœur qui a prit sa place. Sa petite sœur que je me rappelle pendue au sein de sa mère, et qui galope derrière Putois aujourd’hui. La plus grande chez Nounou avait presque deux ans quand on est arrivée, elle doit approcher des trois aujourd’hui. Elle aussi se retrouve avec une petite sœur. Je me souviens encore avoir dit à Papa Breizh que la maman avait l’air enceinte, on n’était pas vraiment d’accord. Tu ne suis rien? C’est normal, moi même j’y arrive à peine, tout va si vite …ah ben voilà que je recommence.

Nounou m’explique qu’ils ont célébré Carnaval à la crèche. L’éducatrice a mis des feuilles pleines de colle par terre et ils ont tous eu droit de jeter des confettis. Mieux vaut ne pas faire ça chez soi. Là tu te dis que c’est quand même chouette d’aller en crèche. D’ailleurs Papa Breizh me l’a bien dit l’autre matin, alors que je me préparais à lui entamer la complainte de la mère indigne qui travaille : cet enfant est beaucoup mieux chez la nounou qu’il ne le serait avec moi. Ben oui, chez nous c’est courses le samedi et coma télévisuel le dimanche . Ouh la mauvaise mère! Alors que le Putois, il était à la médiathèque écouter des contes mercredi, il a fait des œuvres d’art de cotillons jeudi et de l’éveil musical vendredi. Mon fils a un agenda de ministre.

C’est tellement chouette les confettis. Ce sont de petits bouts de souvenirs de moments festifs. C’est un peu comme le sable dans les valises quand on rentre de vacances. Mais cette fête là, je n’y étais pas. C’est un bout de lui qui ne m’appartient pas. Et je souris en me disant qu’il s’amuse bien, même sans moi, et qu’il a quand même l’air sacrément heureux!

Calin&RisetteConfetti