Des grosses crises et des petits drames ordinaires : le regard des gens

Calin&RisetteGrossesCrisesEtPetitsDramesUn vendredi en fin d’après-midi, une jeune maman pleine de bonne volonté entraine son enfant dans les rayons d’une librairie. Le magasin est chouette. Le coin jeunesse a été rénové avec des endroits où s’assoir et pleins de livres colorés  à portée de petits doigts. Un peu comme une médiathèque où il faudrait passer à la caisse pour emmener son butin à la maison.  Le binôme repère une collection d’albums qu’ils affectionnent et vont feuilleter quelques pages avant de choisir l’élu. L’enfant a cet âge auquel on est assez grand pour exprimer ses choix mais encore assez petit pour devoir être à portée d’adulte en permanence. Le temps s’écoule doucement, le weekend approche mais on est loin de la cohue du samedi, le calme avant la tempête. Les vendeurs papotent comme s’ils étaient déjà au bar, les clients flânent , un bambin court après une balle Reine des Neiges.

Tout à coup, un hurlement! Peut-être un livre fermé trop vite ou un autre ouvert trop lentement. Peut-être une promesse non comprise « on l’emmène à la maison mais il faut d’abord aller le payer« . Trop tard, la crise est là. Hurlement, rage et frustration. La maman, en bonne mère 2016, garde son calme et explique les choses à l’enfant. Sans doute une adepte de l’éducation bienveillante. Il n’est pas impossible qu’à ce moment , un client de passage se soit dit « mais qu’elle lui en colle une qu’on en finisse« . En 2016 ça ne se dit plus à haute voix mais ça n’empêche pas de le penser. La mère continue à parler et finit par s’éloigner avec son enfant pleurnichant (signe que l’orage s’apaise). Scène banale qui aurait pu se dérouler un samedi au supermarché. Cela a duré quelques minutes mais pendant un bref instant l’attention des chalands a été happée par les cris du moutard et plus encore par la réaction de la matrone.

Oh, je sais bien ce que vous pensez : « elle nous fait le coup de la copine« .( Par exemple, au médecin qu’on est allé consulter pour une angine « j’ai une amie qui a des brûlures quand elle urine depuis qu’elle s’est mis du déodorant sur l’entrejambe, qu’est-ce qu’elle doit faire?« .) Eh bien que nenni! Le mien de gamin courait après le ballon à effigie des princesses Disney. « Vous devriez lui acheter » me suggéra d’ailleurs un vendeur. Bon, j’ai beau être ouverte sur les jouets sexués, la Reine des Neiges constitue ma limite. Mais lorsque la crise est arrivée, mon bout’chou s’est planté au milieu du rayon pour contempler la scène. Moi je me suis dit  » pauvre maman« , j’étais gênée pour elle mais aussi pour moi qui n’arrivait pas à faire décoller Petit Putois du spectacle. J’ai eu cette vilaine pensée « heureusement que ça n’est pas à nous que ça arrive« . Papa Breizh s’est ramené et a commenté : « ça pourrait nous arriver, je ne supporterais pas« .

C’est vrai que ça pourrait nous arriver parce qu’en ce moment Petit Putois fait de tout un drame (ou un bonheur extraordinaire). J’ouvre la porte, c’est le drame. Je ferme la porte, c’est le drame. On enfile son pantalon, c’est le drame. On retire son pantalon, c’est le drame … Bref, j’ai l’impression de vivre avec un adolescent en plein bouleversement hormonal qui aurait une inclinaison pour le théâtre tragique. Heureusement qu’il a une bouille de bébé à croquer. L’autre jour, je donne des médicaments au lapin, le petit pleurniche (il me semble que c’est parce que je lui ai interdit de toucher aux pilules). Le lapin se débat, la situation est critique, je finis par lâcher excédéee « arrête de chouiner!« . Le marmot ravale péniblement ses sanglots en me jetant un regard larmoyant de chat poté. Trop chou! Bonjour l’autorité!

C’est vrai que ça agace. Surtout quand Petit Putois commence à avoir ce comportement à l’extérieur.  Je me dis qu’après tout c’est normal à son âge, il est curieux et a envie de courir partout plutôt que d’écumer les rayons de supermarché coincé dans sa poussette. Mais à ne jamais faire les courses on risque de mourir de faim! Papa Breizh s’énerve vite. Moi, j’essaye de distraire l’impatient mais on écourte souvent nos sorties. On fait ce qu’on peut pour éviter la crise, surtout en public.

Bon, il y a bien eu cette fois où il s’est couché par terre au beau milieu de l’accueil de la médiathèque car il refusait de mettre sa veste. Il a fait son caillou. Moi, je lui ai enfilée couché et je l’ai pris sous le bras l’air de rien. Le caillou, il aime bien faire. Quand il ne veut pas aller chez Nounou par exemple, il s’assoit en bas de l’escalier ou dans l’ascendeur et refuse d’avancer. Parfois il fait ça quand on marche sans la rue. Les passants nous regardent un peu bizarrement. J’assume, je me dis qu’il fait une pause.

La nounou c’est un peu compliqué en ce moment. Il ne veut pas y aller le matin et ne veut plus en partir le soir. Ça représente souvent des moments de crises. Notre difficulté en tant que parents réside surtout dans notre réaction sous les yeux de l’assistante maternelle (j’imagine quelle ressent la même chose). Un jour de gros caprice (le mot est lâché), Putois faisait son caillou grogneur. Malgré nos sollicitations bienveillantes, nous étions prêts à le laisser à terre mais Nounou l’a pris dans les bras. Je sais que dans ces cas, c’est aussi pour moi une question de rivalité même si je suis profondément reconnaissante de ce qu’elle apporte à mon fils (vus avez vu la subtile incursion du pronom possessif?).

Face à des inconnus c’est autre chose. L’autre soir nous étions allés chercher des médicaments. Tout en réglant le pharmacien, je tends à Petit Putois mon portefeuille afin de le distraire de son impatience. Lorsque je le récupère, il le retient fermement, serre les dents et grogne comme un chien affamé à qui on voudrait retirer son os. « Bonne chance! » clôture le pharmacien. Je lui demande de préciser « Pour le traitement ou les dix huit prochaines années? ». « Les deux! »

Publicités

10 réflexions sur “Des grosses crises et des petits drames ordinaires : le regard des gens

  1. Hum … j’aime beaucoup la présentation avec humour de ses situations que, rassure toi, nous connaissons tous et toutes …
    Chez nous aussi, le Breton s’énerve vite, alors je préfère quand la crise à lieu juste avec moi, je n’en ai qu’un à gérer ;-). Pour l’instant, j’ai toujours réussi à désamorcer les crises en public, mais je sais bien que ça va nous tomber dessus un jour (et surtout dans les prochains mois … -_-)

    J'aime

    • Ah ces hommes!
      Je conviens que ce n’est pas toujours facile de rester calme. Je suis assez surprise de mon propre niveau de tolérance. Mais ce qui est bien quand on est deux, c’est que quand l’un n’en peut plus, l’autre prend le relais.

      Aimé par 1 personne

  2. Je ne sais pas si j’ai de la chance ou pas mais personnellement pour les crises en public j’ai de l’entraînement… Pierre a horreur de faire des courses depuis sa naissance ca a toujours été l’horreur. Mais finalement j’ai davantage reçu d’empathie que de critiques de la part des autres gens : le cassier qui lui offre une peluche, la meme qui lui chante une chanson, j’ai tout eu 🙂 . Enfin bon depuis quelques mois je feinte et j’y vais apres le travail, quite a le laisser 30 minutes de plus à la creche c’est mieux pour tout le monde je crois… Et sinon ben comme dis ton pharmacien : bon courage je crois bien que ce n’est que le debut ! 🙂

    J'aime

    • Et ben dis donc, tu vois toujours le verre à moitié plein!
      Chez nous les courses c’est ensemble. Si mon compagnon y va seul, on ne mange que des nouilles, du chocolat et de la sauce aigredouce (allez savoir pourquoi il ramène toujours un pot de sauce aigredouce alors qu’il n’aime pas ça et moi pas trop). Si je fais les courses seule il n’y a ni eau, ni lait, ni litière…bref rien de lourd.
      Après il y a des magasins où je trouve ça mieux d’y aller ensemble (genre choisir un meuble chez ikéa) mais le petit n’est pas du même avis…

      J'aime

  3. Je me demande aussi ce que les gens pensent de nous. Surtout que Choupie est pas la dernière à piquer des crises, que ce soit dans la rue, les magasins, ou même à la maison (on est en plein centre-ville, c’est l’été, les fenêtres sont ouvertes, et on a des voisins). Je pense que beaucoup de personnes ont une piètre image de notre éducation, et j’ai toujours une petite gêne en croisant les voisins, persuadée que je suis d’être cataloguée comme la bourreau d’enfant du quartier, celle dont la fille pleure et crie peut-être pas tout le temps dans la journée… mais souvent quand même.

    D’un autre côté, et paradoxalement sûrement, contrairement à mon mari, je ne ferme pas les fenêtres quand Choupie pleure, et je refuse de faire profil bas quand elle fait une crise en public. C’est bizarre à dire, mais je crois que je me sens investie d’une mission de sensibilisation de la population (mon côté blogueuse, sûrement :p). Je veux montrer que c’est normal qu’un enfant pleure parfois (souvent dans notre cas !) et que personne n’a en avoir honte, ni l’enfant, ni les parents, ni les autres. Je crois que pour qu’on arrête de nous juger parfois, faut qu’on arrête de se cacher souvent.

    Bref, je compatis (encore ce matin j’ai eu une crise pour aller chez la nounou..).

    (Bonus, mon top 3 situations de crises :
    1. « Lélaaaat » (Choupie veut du chocolat) à égalité avec « De l’eau » (Choupie veut de l’eau, mais en fait c’est pas de l’eau qu’elle veut, mais elle-même sait pas trop ce qu’elle veut)
    2. « Han han han » (Choupie veut être portée, et uniquement par moi, même si elle est super lourde et que je suis super chargée)
    3 : « Lé chaaaaat » (Choupie veut qu’on lui dessine un chat… deux chats… trois chats…))

    J'aime

    • Oh je suis fan de ton bonus. Surtout la numéro 3. J’aimerais beaucoup en savoir plus sur cette obsession féline. Peut-être est-ce ta façon de dessiner les chats? Bref, j’ai hâte de lire un prochain article à ce propos ….

      J’ai bien aimé ton commentaire qui m’a un peu plongé dans votre quotidien. Chez nous ça crie aussi beaucoup mais surtout de joie (là par exemple le bébé prend son bain sous surveillance du papa, la musique à fond, et ils dansent et chantent -crient- ).

      C’est chouette ce militantisme bloguesque pour sortir des clichés des enfants parfaits. Je vais peut-être attendre que le monde ait intégré ton message avant de ressortir….

      J'aime

  4. Ahah, j’aime beaucoup le ton humoristique avec lequel tu nous décris vos déboires. Bon, désolée de te le dire mais :
    1) C’est que le début !
    2) C’est juste tout simplement NORMAL !
    Alors, courage, mais surtout n’oublie pas : on passe tous par là avec nos enfants, à un moment ou un autre…. Alors il n’y a pas de honte à avoir (même si c’est plus facile à dire qu’à faire), juste un petit enfant à rassurer, à réconforter, à accompagner dans tous ces moments délicats. 🙂

    J'aime

  5. C’est nul pour toi mais ça fait du bien à lire quand même! Hier sortie décathlon à 3, ça été dur dur, ma fille surexcitée qui court partout, qui met tout par terre, qui joue avec tout ce qu’elle trouve, mon amoureux qui a 0 patience et que ça rends fou… Et c’est souvent dans ce genre de situation que tu vois d’autres enfants hyper calme et tu te dit ‘mais elle a quoi la notre? C’est de notre faute? Qu’est ce qu’on fait mal? »
    Donc ça fait du bien de lire ce genre de billet 🙂 Et moi aussi la nounou c’est l’enfer en ce moment, le matin avec moi elle ne veut pas se lever, pas s’habiller, pas y aller et le soir avec son père elle ne veux pas partir. Si tu trouves une technique tu me dit ??

    J'aime

  6. Pingback: Les tunnels | Câlin & Risette

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s