De l’abominable premier trimestre

Je n’ai pas la grossesse épanouie. Pour mon premier, j’ai vécu presque neuf mois d’aliénation utérine, de maux physiques divers et variés et surtout d’angoisses, d’angoisses et d’angoisses. Je leur pèterais toutes les dents à ceux qui vous disent, sourire en coin, que la grossesse n’est pas une maladie. Comme pour justifier de ne pas laisser leur place dans le bus et de ne pas vous aider à porter vos courses. La gueule de bois n’est pas une maladie non plus. Pourtant on peine à travailler dans cet état (sauf les étudiants d’accord, mais je n’ai plus vingt ans non plus). On resterait bien au lit toute la journée plutôt que de s’occuper des enfants, du ménage, des papiers… Et bien la grossesse, c’est trois mois de gueule de bois continue sans le plaisir du mojito et sans avoir trois mois de dimanches à comater sur le canapé. On enchaine avec trois mois moins pires. Mais il ne faut pas se leurrer, le deuxième trimestre, c’est juste la grippe entre la peste et le choléra. Ensuite, on poursuit avec une immersion en boot camp : dix kilos (au moins) de barda, le manque de souffle à chaque mètre parcouru, l’impression de d’attaquer l’Everest à chaque escalier, la bile au fond de la gorge, les rations de survie puisque plus rien ne passe, la douleur un peu partout et cette incertitude de ce qui nous attend au bout du chemin. Je passe sur le bouquet final de l’accouchement qui n’a rien de final puisqu’après il y a le braillard, les pleurs du soirs, les coliques, les dents, l’angoisse de séparation, la crise des deux ans …. Ça y est, j’ai fait fuir toutes les nullipares.

Quoiqu’il en soit, pour cette deuxième grossesse, j’avais décidé de faire fi du packaging de baleine aigrie et d’afficher un sourire béat en lézardant au rayon layette. J’avais dopé mon optimisme, m’imaginant enceinte à chaque jour de retard, et j’avais enterré bien profondément mon naturel pessimisme superstitieux. J’avais fait une cure de Baby Boom et de Quatre Bébés par Secondes me gavant d’images de petits pieds potelés. Oh oui, je le désirais très fort ce bébé. Et pourtant, à peine sortie des toilettes, mon test positifs en main, le court circuit neuronale, la déconnexion émotionnelle, la sidération. C’était vrai et pourtant plus irréel que jamais, j’étais enceinte.

Le premier rendez-vous chez le gynécologue arriva rapidement. Je m’attendais à ce que ça légitime ma grossesse et que je vive enfin ma douce euphorie. Malheureusement l’entrevue était tellement précoce que l’échographie ou le Doppler n’auraient rien donné. On me prescrit donc de prendre rendez-vous pour la première échographie des douze semaines, soit presque deux mois plus tard, d’ici là on verrait bien si ça tient … (Je découvrirais un peu lus tard que la conclusion que le médecin avait fait de ce premier entretien était « évolutivité?« ). Grande naïve que je suis, je hasardais tout de même une question : « Est-ce normal que je n’ai aucun symptôme? Même pas un petit haut le cœur? » « Toutes les grossesses sont différentes, mais en général les nausées n’apparaissent qu’après la septième semaine« . Je ressors, pas plus enceinte (dans ma tête) qu’avant.

En vérité, les effets secondaires avaient déjà commencés à apparaitre. Cela débuta par les insomnies, et se poursuit encore. Si je me réfère à ma précédente expérience, cela continuera jusqu’à ce que l’enfant fasse ses nuits. « Pourquoi? » me demande la gynécologue au rendez-vous des trois mois. « Parce que je me lève cinq fois par nuit pour aller faire pipi? Parce que mes obus de seins me font souffrir et que je dors sur le ventre? Parce qu’il fait 150° avec cette putain de canicule (août, septembre)? Parce que je réorganise l’agencement de notre appartement toutes les nuits dans ma tête (et qu’une fois le jour venu, je ne mets rien en pratique, tellement je suis crevée)? Parce que j’ai besoin de gigoter tout le temps tellement mes jambes sont lourdes? Parce que j’ai envie de vomir? Parce que je fomente des complots pour m’enfuir sur une ile déserte?… » Je veux bien concevoir que ces insomnies prénatales nous permettent d’anticiper les aléas du sommeil de parents de nouveau né. Mais j’ai du mal à comprendre que la meilleure façon de se préparer à une privation à venir et de ne pas dormir. J’aurais naturellement tendance à faire des réserves plutôt qu’à creuser la dette.

Quant aux nausées, dont je regrettais presque l’absence au départ, elles ont fait une apparition en fanfare. Je ne comprends pas pourquoi on parle de nausées matinales, j’en avais matin, midi et soir (et après-midi et nuit). J’ai eu deux à trois semaines très difficiles. La nourriture était devenue une obsession autant qu’une phobie. Bien sûr, rien n’était médicalement grave puisque je ne vomissais pas. Par contre c’était invivable. J’avais des dégoûts alimentaires et des lubies. Il n’y avait qu’un seul aliment pour soulager cette torture, et ce remède miracle changeait à chaque repas. Même l’eau ne passait plus, seule l’eau gazeuse et fraiche trouvait grâce à mon estomac. Autant dire que cela nécessitait une autre organisation pour boire que d’aller dans la cuisine et d’allumer de robinet. La chaleur estivale renforçait le malaise. , Pour pimenter les choses, je me retrouvais à travailler à mi-temps et donc, l’autre moitié du temps, mère au foyer d’une petit garçon débordant de vie. Et là, paf, la culpabilité en pleine poire puisque je n’étais capable de rien d’autre que d’attendre allongée sur le canapé que mes impérieuses envies de pommes ou de crêpes au jambon se déclarent pour que je puisse enfin apaiser mes nausées. Ah Veux pas! et Maman Chloé, qu’est-ce que je me suis reconnue dans vos mots alors que je gardais encore mon secret.

Puis nous avons passé trois semaines aoutiennes dans l’ouest chez nos parents. Les nausées se sont atténuées d’emblée (températures plus douces, moins de stress de devoir gérer seule, plus de cuisine à faire). Mais Petit Putois était très demandeur et très fatiguant. « Mais de toutes façons, qui est ce que tu ne trouves pas pénible en ce moment? » me rétorqua un jour Papa Breizh alors que je me plaignait du comportement de son fils.  Force était de constater que j’avais envie d’étriper tout le monde : Petit Putois parce qu’il était hyper collant, Papa Breizh parce qu’il était hyper distant, ma belle-mère parce qu’elle faisait à manger trop tard et que cela renforçait mes nausées, mon beau-père car il voulait me servir de l’eau, ma mère parce que c’est ma mère, mon frère parce qu’il téléphone en conduisant …. Une teigne! Chez moi les hormones ont une importante répercussion psychologique. Par exemple, je souffre du syndrome prémenstruel, une semaine avant mes règles, je suis victime d’une profonde dépression et j’ai envie de me jeter par la fenêtre (ou parfois de jeter le reste de la famille). Pendant la grossesse, je cumule le combo angoisse, dépression et colère. Bien entendu, certaines inquiétudes sont légitimes lorsque je pense à l’organisation familiale avec deux enfants, quand je me figure notre précarité professionnelle ou encore quand j’ai le syndrome du papier toilette blanc et l’angoisse de la fausse couche. Mais quand vous paniquez plusieurs fois par jour à l’idée d’avoir fait une connerie monumentale, c’est autre chose. D’ailleurs cette impression de malaise a été particulièrement forte lorsque je suis retournée à la maternité pour ma première échographie. J’avais comme envie de repartir en courant. Je pense que les sage-femmes ont été un peu perturbées par ma réaction aux premières images du fœtus gigoteur : rien. A bien y repenser, cet examen n’est pas plus réel que le rêve que j’ai fait cette nuit.

A ce charmant tableau, s’ajoutent divers maux. La pollakiurie pour commencer. D’ailleurs la fréquence de miction pathologique citée par ameli de plus de sept fois par jour m’a fait rire jaune pipi. C’est déjà bien inférieur à mon rendement habituel! Maintenant, je baisse ma petite culotte plusieurs fois par nuit et la journée, parfois toutes les quinze minutes. Mon transit est lui aussi perturbé sous le versant hyperactif (pas de blog de maternité sans évocation de caca). Je découvre la rhinite de grossesse et ai déjà la désagréable sensation de manquer d’air et d’être essoufflée au moindre effort (l’anémie avait eu la gentillesse d’attendre la fin du deuxième trimestre pour ma première grossesse). Enfin on saupoudre le tout avec une baisse de l’acuité visuelle. Bon la semaine dernière je suspectais également une phlébite, un diabète gestationnel et un syndrome des jambes sans repos.

Aujourd’hui j’entame le deuxième trimestre. Les nausées m’ont un peu lâchée même si j’ai toujours la gerbouillasse en fin de journée (mais au moins je peux boire l’eau du robinet). Mes insomnies restent présentes mais je ne me fais pas d’illusions, elles seront mes compagnes longtemps. Quant à mon humeur, je crois que ça va mieux (mais il faudrait demander confirmation à Papa Breizh). J’arrive à nouveau à profiter de mon fils, mon grand bébé. On commence tout doucement à nous projeter dans cette nouvelle aventure. On a même failli acheter un tapis d’éveil (mais la carte cadeau ne fonctionnait pas dans ce magasin). Je crois même qu’avant hier je l’ai senti bouger.

calinrisetteabominablepremiertrimestre

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18 réflexions sur “De l’abominable premier trimestre

  1. Merci pour cet article qui relate bien les divers maux de grossesse et qui affirme que NON la grossesse n’est pas toujours fun ! C’est le sourire aux lèvres que j’écris ce commentaire tellement je te comprends et compatis ! Les hormones aussi me jouent des tours. Je suis infernal mais mon compagnon tient bon et je crois que mes beaux parents me détestent ^^ Tant pis ! En ce moment les nausées ne sont plus là mais je commence à avoir mal au dos, ne pas savoir comment dormir la nuit (quand j’y arrive). Je rajouterais également un zeste de fatigue et des pipis toutes les 5 mins ! Oh joie haha. Mais sentir ma petite crevette un peu plus chaque jour me redonne un (petit) regain d’énergie !
    Bon courage pour la suite en espérant bien sûr que tu trouves un peu d’apaisement !

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    • Merci pour ton commentaire 🙂
      Je ne voudrais pas avoir l’air d’une horrible mégère, mais je pense que le rôle du père pendant la grossesse et justement de supporter la mère. Après tout, il serait injuste que nous soyons les seules à en baver, pourquoi ne pas les faire participer un peu XD
      Pour l’instant les perceptions des mouvements fœtaux restent anecdotiques, je me demande parfois si ce ne sont pas plutôt mes intestins qui travaillent… mais j’ai hâte qu’il y ait un peu plus de vie que je me figure enfin cette nouvelle petite personne.

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  2. Mais j’aurais pu l’écrire cet article !!! D’ailleurs je l’ai presque écrit, il me faut le publier 😉

    La croyance en une deuxième grossesse sereine, l’absence de réalisation/d’euphorie devant le test positif, même la plainte à la sage-femme de ne pas avoir de symptômes (!), et les nausées qui apparaissent en fanfare deux jours plus tard, la nourriture qui devient une obsession en même temps qu’un ennemi mortel, la fatigue intense, l’impression d’avoir fait une énorme connerie, la dépression (brièvement mais sûrement), le transit perturbé (bon, moi c’est dans l’autre sens), l’essoufflement au moindre effort et la vue qui baisse de façon inquiétante…

    Voilà, juste merci ! De me faire me sentir moins seule dans ce petit enfer qu’on vit silencieusement en attendant l’échographie libératrice. Et je suis contente de lire que ça va mieux (moi aussi). Bon courage pour la suite, et je te souhaite un joli début d’aventure (faisons table rase du premier trimestre) avec ce deuxième bébé.

    (Bon, du coup j’ai pas encore fait mon annonce officielle, désolée à ceux qui l’apprendront ici, sous le prisme de mes maux de grossesse vraiment pourris, mais je n’arrivais pas à me retenir de commenter :p) (Promis, je fais une vraie annonce sur le blog bientôt ;))

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  3. Moi sans annonce officielle, je ne fais pas de félicitations officielles! XD
    J’ai hâte de lire ton article qui doit être une version trash du miens, quand même tu as été hospitalisée! Et puis surtout pour présenter mes voeux de manière formelle 😉
    Tu sais que j’étais impatiente d’avoir la réponse à mon commentaire sur ton article précédent afin de savoir si j’avais bien compris ce que j’avais compris. Une fois confirmé, j’étais toute guillerette et très contente pour toi. D’ailleurs ce commentaire là me met en joie aussi. Je suis contente de partager tout ça avec toi 🙂 (ça doit être l’euphorie du deuxième trimestre)
    Bon dépêche toi d’écrire/de publier que je puisse avoir une réponse à toutes mes questions (comment ça va? depuis combien de temps? et tu en parles comment à Choupie? …)que je ne te pose pas encore.
    Je t’ai dit que j’étais contente pour toi?

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    • Ha ha, je crois que ce sera au contraire une version édulcorée, j’ai tendance à tout oublier une fois que ça va mieux (là je suis presque en mode « tiens si on refaisait un autre bébé après celui-là » – le souci c’est que le papa, lui, il n’oublie pas :p). J’espère quand même que mon article sera assez exhaustif pour répondre à toutes ces questions… Au pire, ça me fera de la matière pour les suivants 😉

      Merci pas encore officiel en tout cas 😀

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    • Ben, y en a quand même qui ont le droit d’être heureuses XD Et puis il y a des grossesses très difficiles, alors ça me parait un juste équilibre qu’il y en ait des merveilleuses.
      Les nausées vont mieux. De façon générale je n’aime pas prendre de médicaments pendant la grossesse et puis je ne « crois » pas trop en l’homéopathie (bien que la pédiatre en refile parfois à mon fils).

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  4. Pour certaines, la grossesse est une belle aventure. Pour ma part, c’était un peu compliqué puisque j’étais tout le temps épuisée et à bout de nerfs… Je te souhaite bon courage !

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