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Deux mois de toi

Deux petits mois, mon bébé. Petits, puisqu’il y avait le court février dans la paire. Deux longs mois, mon amour. Longs, parce qu’il y avait la néonatalogie. Ton premier moinniversaire officiel, puisque quand on nait le 31, je ne sais pas quand il faut le fêter. Ton premier mois, était-il le 28 février ou le 3 mars? D’ailleurs as-tu deux mois ou deux semaines? L’âge corrigé, l’âge réel, je m’y perds un peu.

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Mon bébé, ce tube digestif hurlant

Il faut que je l’écrive noir sur blanc, comme les cernes sur le visage pâle des jeunes parents. Je me connais, si je ne le fais pas, je vais encore oublier. Ça m’a fait le coup pour la grossesse. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir dit et redit que je n’aimais pas être en cloque, et pourtant, dès le marmot pondu je choppe la nostalgie du bidon rond. Là il faut que je révèle toute la vérité pour frapper fort sinon dans quelques mois, je vais me retrouver à errer dans les rayons layette en songeant au troisième. Je dois profiter de mon état d’épuisement avancé. La fatigue rend clairvoyant, plus de filtre, de barrière sociale, juste l’animalité et le réalité. Sitôt la nuit complète arrive que l’oubli efface tout. La fatigue est à nos trente ans ce que l’alcool est à nos vingt ans. Lire la suite

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L’absence

C’est au réveil que j’ai compris. Enfin je ne peux pas vraiment parler de réveil puisque pour se réveiller il faut avoir dormi. Moi, je n’avais pas dormi. A chaque fois que je m’assoupissais légèrement, quelqu’une entrait pour me prendre la tension ou du sang, ou regarder entre mes cuisses. De toutes façons, comment j’aurais pu dormir? La veille, après m’avoir répété pendant sept mois que tout allait bien, on m’avait fait une césarienne en urgence. L’obstétricien m’avait tout bien expliqué sur ma pathologie. Il avait dit que 34 semaines d’aménorrhée c’était très bien, que les bébés n’avaient plus de risque, qu’ils étaient équipés comme il fallait et tout et tout. Lire la suite