Le grand frère

PENDANT LA GROSSESSE

Quand on a trainé Petit Putois à la première échographie, on n’a pas trop réfléchi à l’impact que ça pourrait avoir. Il était là, on était là, c’était un jour sans nounou, on a embarqué trois jouets, deux pom’pots et roule la poussette. Quand on a passé la porte de la salle de consultation la sage femme l’a regardé et a dit « Voilà la grand frère. ». Le grand frère? Mon tout petit bébé? Ça nous a fait tout drôle au papa et à moi. J’étais en plein dans le premier trimestre et c’était pas marrant. J’étais crevée et j’avais envie de vomir, je n’aspirais qu’à un repos d’un mois d’affilé. Au lieu de ça, je me retrouvais à moitié à la maison avec une tornade d’énergie. On rentrait de trois semaines chez les papis mamies qui s’étaient révélés très éprouvantes. Nous avions eu affaire à un gros bébé collant, exigeant, bref hyper chiant (le niveau linguistique des adjectifs utilisés traduit bien l’ambiance familiale du moment).

Et puis le premier trimestre s’est achevé, j’ai commencé à annoncer ma grossesse tout doucement. Les gens se sont souvent enquit de la réaction du grand frère. Mais tout ce que j’avais à répondre, c’était qu’il ne comprenait pas grand chose. On m’a renvoyé alors qu’il ne fallait pas sous estimer les enfants, qu’ils avaient conscience de bien plus de choses qu’on ne le croyait  (phrases que j’ai moi aussi pu assener à certaines mères). Et pourtant j’en reste persuadée, à ce moment là, il ne comprenait pas. Certes il me voyait plus fatiguée mais de là à envisager la suite, dans une temporalité qu’il était incapable de concevoir, je n’y crois pas. D’ailleurs il ne m’a jamais dit le contraire, faut dire aussi qu’il ne parle pas. Je lui ai quand même acheté des livres sur la grossesse de maman et l’arrivé d’un petit deuxième, pour voir ce qu’il y a dedans et après. Ça l’a un peu intéressé,surtout qu’il y avait des volets à soulever. Reste que je ne me suis pas plus offusquée que ça quand il a déchiré la page de la maman au troisième trimestre de grossesse. (Mais je vais quand même relire Dolto au cas où).

Et puis les fêtes de fin d’année sont arrivées. La veille des vacances, j’étais partie le chercher chez Nounou à pied, ce qui a distance de ses petits petons représente un sacré bout de chemin. A peine sortis, la pluie a commencé à tomber. Nounou nous avait refilé un gros sac de cadeaux de Noël. Je peinais, chargée comme une mule, avec mon deux ans et mon gros bide . Au passage, un petit saut à la poste devait me permettre de récupérer le nouveau téléphone portable de Papa Breizh. Sauf qu’en fait, ce n’était pas un smartphone qui m’attendait, mais le tableau de dessin que les grands parents de Putois lui avait envoyé pour Noël, autant dire un carton lourd et gigantesque. J’ai envoyé une salve de sms énervés à Papa Breizh mais ça n’a rien changé. J’étais là, sous la pluie avec mon gros bide, mon deux ans, mon sac de cadeau de Noël et mon énorme carton. On a mis très longtemps à regagner la maison, j’avançais mètre par mètre. Le Putois n’a pas bronché, il a tenu gentiment la anse du sac puisque je n’avais plus de main pour lui, il a attendu sagement aux passages piétons. (Quand je pense qu’aujourd’hui il se roule par terre tous les trois mètres pour ne pas me tenir la main…mais ça c’est pour un autre article). J’étais si énervée, il a été une crème, j’ai su que tout se passerait bien pour la suite.

Les vacances de Noël qui ont suivi ont été idylliques (moi aussi j’ai eu ma lune de miel). Bébé Putois a grandi d’un coup! On a enlevé les barreaux de son lit, on lui a acheté une chaise évolutive qui lui permettait de manger sur la table comme nous. Il est devenu un petit garçon. Il était calme avec moi et faisait le fou avec son père.

Je commençais à me tracasser sérieusement pour l’arrivée du petit frère et l’aspect pratique. J’étais très ambivalente, partagée entre l’envie d’investir ma grossesse et cette nouvelle maternité et le sentiment de trahir mon fils. J’avais l’impression de lui avoir fait un bébé dans le dos. Je lui achetais des livres qui parlaient d’amour toujours, jusqu’à la lune et retour.

A L’HÔPITAL

Et puis il y a eu la tempête, l’ouragan, le tsunami, la naissance. En l’espace de quelques jours, Petit Putois a changé de Nounou, a été séparé de moi pour la première fois, a eu un petit frère et une poussée dentaire. Quand il a vu le bébé pour la première fois, c’était aussi la première fois qu’il me revoyait après m’avoir emmenée à l’hôpital, dit au revoir en salle d’accouchement et être parti dormir chez quelqu’un qui ne connaissait pas. Papa Breizh et Petit Putois m’ont rejoint en réanimation néonatale alors que je profitais d’un précieux câlin hors couveuse avec le Tout Petit Bébé (pour qui il faudrait vraiment que je songe à trouver un autre pseudonyme). Je me souviens de sa joie quand il m’a vu, il s’est précipité vers moi et s’est arrêté tout net en voyant l’intrus dans mes bras. Ce que j’ai lu dans son regard m’a brisé le cœur. J’ai reposé le bébé et on est reparti tous les trois. La deuxième fois qu’il a vu son petit frère, on lui a fait le même coup, erreur de timing. On la ré-emmener ensuite bien plus tard, en prenant soin de de laisser le bébé dans son lit dans un premier temps. A ce moment là, il y a eu un peu de curiosité.

Je suis rentrée seule à la maison. A ce moment là, j’étais tiraillée entre mes aller-retours en néonatalogie, mes tirages de lait, ma récupération physique post découpage de bidon et mon Petit Putois. Lui avait développé une vraie angoisse de séparation, il pleurait dès qu’on l’amenait chez Nounou (et il pleure encore), il pleurait dès qu’on partait, même pour descendre la poubelle (du coup je ne descends jamais la poubelle). Moi j’essayais de le rassurer et le soir je lui racontais des histoires où c’était merveilleux d’être grand frère et lui disais que le cœur des parents est grand comme le ciel.

A LA MAISON

Et puis un jour nous sommes partis à trois à l’hôpital et revenus à quatre. J’appréhendais beaucoup cette nouvelle vie et surtout la réaction du Petit Putois face à ce petit intrus. Au départ, il s’est contenté d’ordonner ‘chut‘ lorsque le bébé pleurait. De mon côté, je laissais souvent le nouveau né dans son couffin afin d’avoir les bras libres. Ça me culpabilisait un peu d’ailleurs mais je prenais ma dose de bébé la nuit. Petit Putois venait souvent toucher le crâne du nourrisson du bout du doigt, « oui c’est ton frère » lui disions nous. Nous étions sur nos gardes. Ils avertissent toujours de ne jamais laisser un nouveau né sans surveillance avec un animal, nous, c’est du grand frère dont nous nous méfiions. J’essayais de valoriser le fait qu’il soit grand sans lui mettre la pression pour qu’il grandisse trop vite. Je continuais de lui donner la becquée sans le culpabiliser parce qu’il refusait de manger seul (alors qu’il en est parfaitement capable). Je lui disais qu’il était toujours mon bébé tout en essayant de le laisser s’autonomiser et en lui faisant confiance pour grimper sur sa chaise haute ou mettre la table. On a regardé beaucoup de photos de ses premiers mois, il a reconnu son frère en se voyant bébé. Mais Petit Putois nous faisait vivre l’enfer, refusant tout, hurlant, se jetant par terre à la moindre contrariété, un terrible terrible two. J’évitais de mêler le Tout Petit Bébé à nos batailles même s’il en était parfois l’otage, condamné à hurler de faim dans son coin pendant que je tentais une énième négociation avec le grand.

Il y a eu le premier bisou. Alors que nous n’avions toujours eu droit qu’à une joue tendue lorsque nous réclamions un peu de tendresse, le Tout Petit Bébé a eu droit au lèvres du Putois embrassant son crâne duveteux. La plupart du temps, il fait preuve de beaucoup de douceur, m’apportant le biberon parfois, posant sa main dessus lorsque je nourris son frère. Lui essuyant le coin de la bouche quand le lait coule. Je ne culpabilisais plus d’avoir parfois le bébé dans les bras pour le bisou du soir, ça permettait au grand frère de dire bonne nuit à son petit frère. Bien sûr il y a parfois beaucoup de cris, beaucoup d’accidents bruyants de camions juste à côté du cosy où le bébé dort. Bien sûr on en profite que le bébé ne soit pas là pour prendre sa place dans le couffin ou faire le fou sur le tapis d’éveil. La jalousie est là. On gère comme on peut.

Et il y a eu ces fois où mon cœur de maman a fondu. Cette fois là où j’avais le Tout Petit Bébé dans les bras, qu’il s’est mis à hurler et que Petit Putois a débarqué en courant, nous a collé un bisou à chacun et est reparti aussi sec. Cette autre fois, où le bambin se marrait alors que Papa Breizh lui apprenait à dire bonjour en serrant la pince et où il est venu en rigolant serrer la mienne avant d’attraper délicatement la menotte de son petit frère qui dormait plus loin, en lui disant bonjour. Ou encore cette autre fois, où Petit Putois enfilait des anneaux sur ses doigts. Son père lui en a réclamé un, il lui a mis au doigt avant de m’en donner un puis de distribuer le dernier à son petit frère. Ces fois-là où il est son grand frère. Ces fois-là où nous sommes une famille.

 

 

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8 réflexions sur “Le grand frère

  1. meuhhhhhhhh, elle est toute choubidou la fin
    Pour le pendant la grossesse, je pense qu’ils comprennent que quelque chose se trame mais pas au point de pouvoir visualiser le bouleversement que ça va être.
    Pour la jalousie des débuts, faut dire que malheureusement, l’arrivé en fanfare de ce petit frère n’a pas aidé. Mas comme tu le montre à la fin de l’article, ça prend du temps d’apprendre à s’aimer, mais ça vient, doucement, sûrement et nous, on fond ^^ (tout en sachant pertinemment que dans quelques années, ils se chamailleront et que nous on s’arrachera les cheveux)

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    • Oui ils sont choubidous parfois XD
      Je me demande bien comment ils s’entendront plus tard. Mes deux frères ont à peu près le même écart d’âge et n’ont jamais été très complices, ni ennemis non plus. Disons que chacun fait sa vie. Enfin quoique, je crois bien qu’aujourd’hui ils ont des amis communs et la même passion pour le golf.

      Aimé par 1 personne

  2. C’est mignon le dernier paragraphe ! j’ai fondu moi aussi en lisant cela.
    Je n’ai pas de deuxième mais je pense que comme pour nous, il faut que le grand s’habitue à cette nouvelle vie. Lui qui a été longtemps le seul et l’unique se voit attribuer un nouveau rôle. Et puis raison confiance à nos enfants, souvent ils nous surprennent.
    je dis ça mais je suis persuadée que quand j’attendrai un deuxième enfant je serai stressée à l’idée de l’annoncer au grand.
    Bises

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    • Ah mince, au troisième on se pose encore des questions? Je croyais qu’on devenais une maman vétéran au bout du deuxième XD
      Mais oui, ça bouleverse toujours l’équilibre d’en accueillir un de plus. Mais après tout, la vie c’est le mouvement (ouh là, je sais pas où part mon commentaire là)

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  3. Quand on me demandait si ma fille avait compris que j’étais enceinte, j’avais coutume de répondre que oui, elle avait compris qu’il y avait un bébé dans mon ventre mais pas sûre qu’elle ait compris que ce bébé allait sortir ! Et puis, ça a été tout facile ! Mais le passage en néonat doit compliquer les choses. Comme ça à du être dur ! Heureusement, c’est derrière vous et Petit Putois a l’air d’être un super grand frère ! (et pour cette histoire de nounou, tu ne la sens toujours pas ?)

    Aimé par 1 personne

    • Mais oui en fin de compte parfois on s’inquiète un peu pour rien et nos enfants s’adaptent bien plus que nous. Je crois que le plus difficile pour lui a été de voir ses parents inquiets, absents, fatigués. Une fois que le petit frère était à la maison, ils nous a aussi un peu retrouvé.
      Pour la nounou…pff… il pleure de nouveau le matin mais parait content le soir…on est en avril, elle est en vacances en aout et il va a l’école en septembre. Je sais pas si c’est la nounou ou le fait de ne pas rester avec moi à la maison qui l’embête.Je ne sais plus quoi penser.

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