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Être maman d’un prématuré

Le Tout Petit Bébé est né à 34 semaines d’aménorrhée et 2 jours. Du moins pour l’hôpital. Pour la CPAM, d’après les premiers calculs faits par ma gynécologue et basés sur la date de mes dernières règles, il est né à 34+4 SA. Deux petits jours de décalage instaurés à la deuxième échographie, histoire que les mesures rentrent un peu plus dans les clous. Ça n’aura pas suffit. Peut-être même, le Tout Petit Bébé avait quelques jours de moins. 33SA ? C’était l’avis de la pédiatre de la réanimation néonatale vu son immaturité pulmonaire et la gueule de son cerveau.  Au fond qu’est-ce que ça change? « 34 SA c’est bien« , avait dit l’obstétricien avant de m‘ouvrir le bide. Je me suis demandé s’il aurait attendu s’il avait su. Mais non, même à 28SA il serait intervenu. Lire la suite

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Mes insomnies

Je suis fatiguée. Bien sûr que je suis fatiguée, je suis maman. Maman d’enfants en bas âge. Le Tout Petit Bébé ne passe pas encore ses nuits et le plus grand bébé est devenu matinal en devenant grand frère. Dès dix neuf heures, j’ai la paupière lourde et autant de conversation que mon nourrisson. A vingt deux heures je peux enfin m’écrouler. Pourtant la nuit, ils y a ces pensées qui me tiennent éveillée. Le bébé a eu son casse croûte nocturne, il est près de quatre heures et je cherche à nouveau le sommeil.

Je pense à demain. Je pense que le grand se réveillera bientôt et qu’il va falloir que je me lève. Je redoute le petit déjeuner, les indécisions entre les céréales et les cracottes pendant que le petit braille de faim, encore. Je m’interroge, est-ce une journée où le premier va encore crier, trop? Est-ce que le deuxième va beaucoup pleurer, trop? Est-ce que moi je vais hurler, trop? Un jour avec une nounou que l’on déteste ou un rendez-vous à l’autre bout de la ville. Un jour où on est à la maison et il faudra bien qu’on aille au parc, puisque les enfants ça se sort comme les chiens, même si je n’aspire qu’à fusionner avec mon canapé. Un jour où il faudra encore verser beaucoup de poudre dans de l’eau minérale, où il faudra faire des légumes et essuyer des petits culs surtout. Un jour où il faudra faire semblant d’avoir envie de gazouiller ou de jouer à la voiture. Attendre désespérément le retour du papa même si c’est un leurre et que la danse continue, le biberon du soir, le diner, les couches à changer, encore les couches, les bains, la lessive à étendre, ramasser les jouets…. Je n’y arriverai pas.

Je me tourne de l’autre côté et cherche une position confortable. Mon dos me fait mal. Il faut vraiment que j’aille voir le kinésithérapeute. Je pourrais profiter de mon ordonnance pour la rééducation post partum pour qu’on s’occupe un peu de ces douleurs là. Il  y a un professionnel juste en face de chez moi, il suffirait que je téléphone. Mais mon agenda me semble déjà tellement rempli, les rendez-vous pour moi, je les néglige.

Je pense au mois prochain et à la fin de mon congé maternité. Nous n’avons pas de mode de garde pour le Tout Petit Bébé, pas avant septembre pour la crèche familiale. Nous avons cherché la liste des assistantes maternelles de notre quartier, supposée mise à jour la semaine précédente. La première contactée réserve la place, la seconde n’est pas libre, une troisième signe tout juste un contrat le jour où nous devions la rencontrer. Et puis de toutes façons, à quoi ça rime? Retourner bosser? Laisser le Tout Petit Bébé à une autre que moi? M’asseoir à mon bureau et sourire comme si rien ne s’était passé? Penser que vraiment ma place est là bas. Et à ceux qui me demanderont si tout s’est bien passé, qu’est-ce que je leur dirai? « Nickel, j’ai eu une grossesse de merde et j’ai fait une très grave complication mais coup de bol , elle a été prise à temps et on n’est même pas mort. Bon c’est sûr, moi j’en ai un peu chié physiquement mais rien à côté de l’émotionnel. Forcément un bébé en néonatalogie, tout  plein de tuyaux ça inquiète. Je ne vous parle même pas du grand frère tout perturbé. Mais bon, c’est du passé, tout le monde est vivant et si j’arrive encore à pleurer si souvent c’est qu’il doit encore me rester des larmes et que je n’ai pas tant souffert que ça ». Je n’y arriverai pas.

Je gigote dans tous les sens mais rien à faire. je m’étire un peu, sors une jambe au frais. Les pensées qui vont venir maintenant sont les pires, ce sont elles qui me tiennent éveillée plus que les autres.

Je pense à septembre et je me cogne dans des murs. Je pense à la rentrée du Putois et au fait qu’il n’ait pas de place au périscolaire le mercredi. Le mercredi, le seul jour où ma présence au travail est nécéssaire en raison de notre réunion hebdomadaire. Je pense au Tout Petit Bébé qui lui a une place en crèche collective miraculeusement. Et à la pédiatre qui nous déconseille fortement la collectivité la première année en raison de sa prématurité. Je pense aux horaires du périscolaire et à ceux encore plus réduits de la crèche et je les compare avec ceux de la SNCF. Je réfléchis à mes trois heures de transport quotidien qui transforme mon mi-temps en quatre vingt pourcent. Je me demande ce qu’ils font des enfants en cas de long retard. Le train c’est aléatoire. Je refais les calculs dans tous les sens, ça coince. Ça coince car c’est à moi d’amener les enfants le matin, de les récupérer le soir, c’est à moi de rester à la maison s’ils sont malades et de me lever la nuit. Ça coince car l’année prochaine je serai seule. A la rentrée, Papa Breizh s’en va jouer les étudiants au soleil au bord de mer, à l’autre bout de la France, pour un an. Je cherche des nounous privées ultras-disponibles qui n’existent pas. J’imagine un congé parental, mais c’est trop tard pour demander, de toutes façons je ne suis pas sure d’y arriver et j’y perdrais mon boulot. Je me demande si je dois déménager à côté de mon travail. Je regarde les annonces et imagine les cartons. Changer de maison, aller à l’école et perdre un peu son papa, après le changement de nounou et l’arrivée du petit frère, c’est une mauvaise année pour Petit Putois. En même temps j’ai mes habitudes, mon pédiatre disponible au moindre coup de fil, mon marché le samedi matin… Mais pas d’ami ou de famille dans le coin. Et un ras le bol des déménagements surtout qu’à l’issue de sa formation, nous n’avons aucune idée de l’endroit où sera envoyé Papa Breizh. Et alors les angoisses de courir dans les trams bondées, d’attendre des trains qui ne viennent pas et d’imaginer mes touts petits attendant, m’étreignent. Et après tout ça? Les repas, les bains, les couches et la fatigue, la leur, la mienne. Et l’absence, la sienne. Je n’y arriverai pas.

Je respire et essaye de détendre mes muscles. Le sommeil fini par m’emporter. J’aurai perdu une ou deux heures sans trouver de solution. Et puis une nouvelle journée recommence.

Instantané de ma vraie vie de maman : un papa échoué sur un canapé tout en fouillis, un deux ans et demi sur la tablette, un bébé qui fait ce qu’il peut, du Nutella pour survivre et des restes d’apéro, des chaussettes qui trainent et des jouets partout, partout.

 

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Il ne parle toujours pas mais ….

Six mois plus tard, à deux ans et demi, Petit Putois ne parle toujours pas. Bon il baragouine toute la journée, nous casse les oreilles de bruits divers et a quand même enrichi son vocabulaire de quelques mots (d’autant plus nombreux, si on inclut ceux que je suis la seule à comprendre). J’ai le droit aux insinuations douteuses sur mes capacités maternelles de la part des spécialistes :  on se demande d’abord si l’environnement est suffisamment stimulant, insinuant que je suis surement une mauvaise mère qui ne parle pas à son enfant, puis on se dit que peut-être je réponds trop à ses sollicitations sans qu’il n’ait besoin de les formuler, une trop bonne mère en somme. Alors, je vous rassure, mon fils  nage dans un bain de langage, on lui adresse la parole, on ne lui cause pas uniquement en langage bébé même si on adapte le vocabulaire, on lit beaucoup et quand il pointe quelque chose je reformule sa demande oralement (mais je ne le laisse pas non plus mourir de soif tant qu’il ne me dit pas « je voudrais de l’eau , s’il vous plait mère« ). Lire la suite

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Le Tout Petit Bébé et le gros testicule

La première chose que j’ai pensé en voyant mon deuxième enfant, est qu’il était sacrément couillu. Je m’étonnais à la fois de la présence des bourses (je ne connaissais pas le sexe du bébé à venir) et de leur taille. J’ai même fait part de ma réflexion à une infirmière qui les trouvait d’une grosseur raisonnable. Faut dire que je n’ai pas tant l’habitude d’en voir des couilles de bébé (ni d’adultes d’ailleurs). Sans doute la proportion était-elle trompeuse, le Tout Petit Bébé étant né avec un petit poids. Il n’avait même pas de fesse au début, c’est dire. (Je sens qu’avec le champ lexical de cet article, je vais friser le million de vues). Lire la suite

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Le cas de la propreté

L’éducation à la propreté n’a jamais été une phase qui m’emballait dans la vie de parents. Non pas que j’adore nettoyer des fesses ou me lever la nuit mais si j’avais à choisir … d’accord, on ne choisit pas, on prend le package complet. Quoiqu’il en soit, j’ai toujours tenu ça à distance en me disant « on verra« . Dans ma tête, on était propre vers trois ans. Dans ma tête, c’était le fruit d’un long travail de conditionnement skinnerien à base d’encouragements parentaux hystériques pour quelques gouttes d’urine dans un pot en plastique. On lavait beaucoup de petits shorts en éponge mouillés, on passait la serpillère quelques fois. Et surtout on restait assis longuement à côté du pot, en essayant de distraire le bambin pour qu’il oublie son désir gambader partout en espérant qu’un fluide finisse par sortir de son corps pour qu’on puisse applaudir (histoire qu’il comprenne le principe). Il fallait aussi trouver un endroit où se soulager urgemment au milieu de la rue alors que dix minutes avant on avait bien insisté dans tous les sens pour emmener le môme aux toilettes. Bref, l’idée ne me séduisait pas des masses. Lire la suite

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Trois mois à quatre : avoir deux enfants

Dimanche matin tôt, sept heures et demi, j’entends des grognements, le bébé s’agite. Je pourrais feindre de les ignorer mais ils se transformeraient en hurlements. Je tente la tétine sans succès. Ça fait à peine deux heures que je suis recouchée, trois heures qu’il a mangé. Je l’informe sur le ton du reproche que ce n’est pas l’heure. Il s’en fout, il n’a pas de montre. Lire la suite