Trois mois à quatre : avoir deux enfants

Dimanche matin tôt, sept heures et demi, j’entends des grognements, le bébé s’agite. Je pourrais feindre de les ignorer mais ils se transformeraient en hurlements. Je tente la tétine sans succès. Ça fait à peine deux heures que je suis recouchée, trois heures qu’il a mangé. Je l’informe sur le ton du reproche que ce n’est pas l’heure. Il s’en fout, il n’a pas de montre. Je le prends dans mes bras, on se cale comme je peux et je me dis que si je me rendors un peu je ne vais pas l’écraser (commence une lutte intérieure entre l’angoisse et la fatigue). Je n’ai pas à réfléchir longtemps, une porte s’ouvre au bout du couloir et je vois la notre s’entrouvrir tout doucement. « Viens » je lance au Putois. J’espère secrètement qu’il terminera sa nuit avec nous (même si ça n’arrive jamais). Depuis l’arrivée de son frère, il se lève beaucoup, beaucoup plus tôt le matin. Il se ramène avec deux Tut-tut bolides qu’il a retrouvé la veille, le temps n’a pas eu raison de leurs batteries et c’est parti pour un voyage dans les airs , tous à bord de ce petit hélicoptère. Putois saute dans tous les sens, Papa Breizh se tourne dans l’autre côté, par crainte d’un coup dans les testicules argumente-t-il, comme s’il en avait encore besoin! On tire sur le temps, Le Tout Petit Bébé s’est rendormi, Putois est parti chercher son coussin. Le papa et moi, on essaye de négocier encore cinq minutes. On finit par se lever, faire un biberon et des crêpes autrichiennes. Il faut beau dehors. C’est dingue comme à ce moment là, j’ai l’impression d’être une famille. Là, tous les quatre, avec le chat venu réclamer ses croquettes. « Deux enfants c’est sérieux » nous a dit un jour une copine, à partir de deux enfants c’est vraiment une famille« . Mais qu’est ce que ça change un ou deux?

Élever un deuxième enfant est plus facile (enfin jusqu’à présent). Quand le Putois est né, Papa Breizh est resté un mois à la maison avec moi. Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qui s’est passé, le trou noir. On mangeait quand on pouvait, mal, après avoir réchauffé son assiette cinq fois au micro-onde. On se douchait un jour sur deux et je ne sais pas quand je me lavais les cheveux. On perdait patience, beaucoup. Le Putois pleurait énormément la nuit, pendant des heures, on était épuisés. Pleurs du soir? Reflux gastro-œsophagien? J’écumais internet, sans réponse. La première sortie, a été l’aventure de notre vie. D’ailleurs nous ne sortions que pour les rendez-vous médicaux qui semblaient des épreuves à chaque fois.

Mais pour le deuxième, on ne se pose plus autant de questions, d’ailleurs il ne pleure pas autant. Sans doute parce que je sais que s’il pleure un tout petit peu, il faut que j’attende avant de courir le prendre, car c’est souvent un micro réveil. Savoir que j’ai gardé un enfant en vie jusqu’à plus de deux ans, m’aide à avoir confiance en ma capacité de mère. Plus besoin de se poser quinze milles interrogations sur la nourriture (quoique le biberon c’est nouveau pour moi), sur la signification des pleurs ou sur la couleur des selles. Même plus besoin d’être deux pour faire un bain.

Faut dire aussi qu’on n’a plus le luxe de s’angoisser autant car s’occuper de deux enfants c’est vraiment plus compliqué. Je ne sais pas trop d’où vient cette idée qu’il est plus simple de faire des enfants rapprochés comme ça on reste dans les couches. Je crois que nettoyer des petites fesses à longueur de journée n’est pas plus aisé que de s’y remettre, au contraire. Deux enfants en bas âge c’est sport, ça demande une bonne capacité physique et une adaptabilité à toute épreuve. Ceux qui me parle d’organisation me font rire, on ne peut pas prévoir l’imprévisible. Le Tout Petit Bébé mange anarchiquement, il prend sagement des grands biberons qu’il espace et tout à coup, ça lui toque, il décide de manger des demis biberons toutes les deux heures et hurle dès qu’on le pose. Petit Putois, je crois parfois qu’il nous fait des crises de maniaco-dépression, il est tout amour et tout à coup, plus rien ne va, il refuse tout et se roule par terre (surtout quand il faut être à l’heure à un rendez-vous). Mais on gère, on essaye de faire une chose après l’autre et parfois tout en même temps. Les déplacement tiennent du déménagement, c’est maman la mule, je ne vous raconte pas l’état de mon dos. Mon agenda est plein. Selon la sortie je dégaine l’écharpe, le porte-bébé ou la poussette. J’ai des gourdes de compotes dans les poches de tous mes manteaux, une fois sur deux elles sont vides. J’ai des minis couches dans tous mes sacs à mains, une fois sur deux elles sont pleines.

Et puis on a nettement moins de temps. Alors qu’on a plus de boulot. Le cœur d’une maman s’élargit à chaque nouvel enfant mais il ne lui pousse pas de bras supplémentaire et les journées stagnent à vingt quatre heures (les nuits se raccourcissent par contre). Il n’est clairement pas possible de dormir quand le bébé dort. On ne peut pas se contenter non plus d’un plat surgelé vite fait, on a un ainé en pleine croissance, donc on fait à manger. On fait la lessive aussi. Beaucoup. Et puis on est parfois la mère qu’on n’a pas envie d’être, celle qui invective ‘attends‘ dix fois par heure à son ainé qui a envie de jouer, celle qui laisse pleurer le bébé de longues minutes car elle a une grande couche à changer. Mais on relativise, on se dit qu’on fait ce qu’on peut. Et il y a les dimanches matins câlins, les premiers sourires et les regards énamourés au grand frère, les petites mains sur les crânes chauves, les éclats de rires qui remplissent la maison et l’odeur du café.

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20 réflexions sur “Trois mois à quatre : avoir deux enfants

  1. J’adore, c’est tellement ça 😍
    Mais je te rassure, plus Tout Petit Bébé va grandir, plus ce sera « organisé » à défaut de facile … (c’est quand que ça devient facile??? J’ai l’impression qu’il manque 8h à mes journées … et je cherche toujours mes 9h par nuit …)
    J’ai adoré le passage sur les gourdes de pom’potes et les couches, je m’y retrouve tellement (sauf quand à force de tergiversations sur la taille du sac, je prends le plus grand … sans couches pour Feuillet qui choisi le moment idoine pour un cacatomique …)

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    • Oui je me souviens bien avec Petit Putois que tout était compliqué au départ (qui a inventé le concept de l’allaitement à la demande?) et qu’au fur et à mesure de sn autonomisation les choses se sont apaisées. Je pense que quand ses nuits et donc les nôtres s’allongeront, ça ira aussi mieux.

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  2. je vois bien de quoi tu parles…. les miens ont 22 mois d’écart ! les 6 premiers mois de la vie a 4, on a rien compris. mais petit à petit, on arrive a retrouver un rythme… et les premiers moments de complicité entre les 2 enfants sont juste magiques !

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  3. Les 6 premiers mois sont sports, c’est sûr, mais je trouve qu’on est quand même bien plus rodés qu’au premier et qu’on lâche aussi un peu de lest en se faisant confiance. Et ça fait une différence…Après, je crois qu’avec le temps tu vas trouver tes marques et ça devrait aller de mieux en mieux!

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    • Oui tu as raison, c’est tout à fait ça. Je crois même que c’est moins stressant.
      Franchement je m’épate moi même, après y a des moments où ça coince, où tout le monde a faim en même temps (et le chat vomit s’il a trop faim), ou toutes les couches sont pleines et où on a un rdv 10minutes plus tard à 30minutes de marche….

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  4. Bon courage, ça ne doit pas être facile tous les jours ! Mais je suis sûre que dans quelques mois chacun aura prit ses marques et ses repères, les nouvelles habitudes vont s’intaller !! Je dis ça aussi pour me rassurer 🙂
    J’aime beaucoup ta phrase « Savoir que j’ai gardé un enfant en vie jusqu’à plus de deux ans, m’aide à avoir confiance en ma capacité de mère ». Cela me parle beaucoup !!
    Courage !

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    • Oui ça s’équilibre de plus en plus et puis parfois c’est le gros bordel XD
      Franchement je me demande souvent si c’est vrai tout ça, pour mon premier, je m’épate vraiment qu’il existe et qu’il ait survécu. Pour le premier j’avais tellement l’impression de ne rien savoir que j’avais peur de manquer des étapes essentielles.

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  5. Je me reconnais complètement dans ce que tu dis ! Sauf que moi, c’est toujours poussette et le sac à langer ne la quitte pas. Courage ! Ces premiers mois paraissent interminables et puis un jour, on se rend compte que ça y est… On a trouvé un rythme (et un peu de sommeil !)

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    • C’est vrai? Il y a le sommeil au bout?
      Moi je redoute toujours la poussette quand je ne sais pas où on va, un rdv chez un médecin dont je ne connais pas l’accessibilité des lieux par exemple. Dans les transport en commun, c’est parfois compliqué aussi. Et puis parfois c’est juste la flemme de descendre la nacelle super lourde dans les escaliers

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  6. Je me retrouve complètement dans cet article (du coup je n’ai pas grand-chose à en dire : tout est dit). J’ai d’ailleurs pour projet d’en faire un un peu similaire, j’espère que j’arriverai à ne pas juste te plagier 😉

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  7. haha tu m’as fait rire ! Je suis entièrement d’accord avec toi, surtout sur les bras qui ne poussent pas ! c’est mal foutu, on pourrait avoir une nouvelle paire à chaque arrivée d’enfant pfff! 🙂

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    • Ca ne serait pas une mauvaise idée, et puis ça nous donnerait une excellente raison de changer de garde robe après chaque enfant! (et toujours plus sympa qu’un changement de taille dû à des kilos de grossesse récalcitrants)

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  8. Je me sens dans la même situation que toi avec un grand bébé de 25 mois et un petit de 6 semaines ! Et je lis dans les commentaires qu’après 6 mois, ça va mieux ? Cool, bon à savoir !
    Je crois que c’est LA question numéro 1 : quand est-ce que ça ira mieux ? 🙂

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    • Hum, moi les gens me disent que ça s’arrangent jamais, ‘petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes’. Je pense à ma belle-mère qui ne pouvait pas s’endormir avant que son fils ne rentre de boite ou à cette vieille dame qui s’inquiétait pour son adulte de fils qui divorçait. Mais si tu veux mon avis, ces gens là ont oublié à quel point c’est dur au début (ben oui, on oublie et on recommence).
      (haha, elle est un peu déprimante ma réponse. Mais sérieusement moi avec mon ainé, c’est allé de mieux en mieux au fur et à mesure qu’il grandissait, sinon je ne lui aurais pas fait de petit frère. Donc je pense qu’automatiquement ça va aller de mieux en mieux. Et puis même peut-être qu’ils joueront ensemble et que tout le monde sera content. )

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