Un printemps

Il aurait dû naitre juste avant le début du printemps, peut-être même un peu après. Ils se sont un peu emmêlés dans leurs calculs. On l’a cherché au beau milieu de l’hiver, ça n’était pas vraiment prévu. Alors pour simplifier entre âge réel et âge corrigé, aujourd’hui j’ai envie de te parler de celui qui a un printemps.

Il ne marche toujours pas. C’est la question qu’on pose à cet âge là. Mes beaux parents, qui l’avait vu debout en novembre, avait prédit Noël. Moi je croyais à la marche pour son premier anniversaire fin janvier. J’aurai misé trois mois de corvées de couches sales sur son anniversaire spéculatif de fin mars. Ma mère me demande des nouvelles de la bipédie tous les quinze jours. A en croire Naitre et Grandir, il est pourtant à la toute dernière étape avant de se lâcher. Il se tient debout tout seul (et s’auto-applaudit) et marche facilement quand on lui donne une main. Il fait même parfois un pas. Je sais bien qu’il faut du temps mais je crois que symboliquement, cette étape était importante pour moi et j’attendais peut-être beaucoup de ce bébé que tout le monde qualifie de tonique. J’imagine qu’avoir un bambin qui marche a un an était un moyen de laisser derrière nous la prématurité en rattrapant le décalage. Un moyen aussi d’effacer les angoisses que j’ai par rapport à son grand frère qui a toujours pris son temps.

Pourtant c’est au grand frère que j’aurais dû faire confiance. Au début des vacances de février, très solennellement je leur ai énoncé « Bon maintenant, on est ensemble à la maison quelques jours, alors toi tu vas apprendre à parler (au grand), et toi tu vas apprendre à marche (au petit)! ». Petit Putois s’est marré en me rétorquant « Non! Malo parler, Putois marcher! » (signe qu’il cause quand même un peu surtout quand il s’agit de me contredire). Au départ on n’a pas trop fait gaffe, on a admiré le petit signe de la main que Malo faisait quand on s’en allait et trouvé ça rigolo la coïncidence du son qu’il produisait « Auwa« . Mais devant la récurrence du phénomène, nous avons bien dû nous rendre à l’évidence, les prémices du langage verbal s’esquissaient. Ainsi les « papapapapa » enthousiastes adressés à son père et les « mamamama » larmoyants qui m’étaient destinés n’étaient plus des syllabes prononcées au hasard. Fait définitivement confirmé par l’injonction systématique « Tins » (tiens) dès qu’il me tend un objet. A cela vient s’ajouter le « encore » qu’il signe de son petit doigt sur sa paume et qu’il utilise à tout va sans que je comprenne réellement ce qu’il veut réitérer.

Doucement, tout doucement, Malo devient donc un petit garçon. D’ailleurs il ne sent presque plus le bébé. Il comprend de plus en plus de choses et m’épate de son développement cognitif en acquérant de nouvelles compétences régulièrement: mettre des cylindres dans des trous ronds, des playmobils dans les hélicoptères, chanter tout en jouant du piano (véridique) … Sa personnalité s’affirme et ses goûts avec. Par exemple il adore lire et surtout Roule que nous avons eu avec notre abonnement à L’École des Loisirs et qu’il trimballe avec joie dans toute la maison. Autre signe révélateur de la perte de son statut de bébé, il devient désormais un partenaire de jeu pour son grand frère. Quelle joie de voir leur jolie complicité se tisser!

Néanmoins cette autonomisation est à pondérer par son comportement des dernières semaines. Il pleurniche beaucoup, est très demandeur et hurle dès que je le pose. A la crèche aussi les auxiliaires de puériculture me parlent quotidiennement de son besoin de réassurance. C’est très épuisant nerveusement pour moi (et physiquement, dix kilos qui gigotent ça pèse quand on essaie de remuer les nouilles qui cuisent). Je crois que ça agace aussi le grand frère, laissé de côté. Lui du coup régresse aussi et s’oppose beaucoup, ce qui vient ajouter des tensions. Impossible de faire quelque chose loin de Malo (par exemple pipi) ou de le poser (par exemple pour aider son frère à enfiler ses chaussures). Sitôt que je suis dans son champ de vision, il pleure. J’ai l’impression d’avoir un BABI de trois mois. Je ne sais pas comment comprendre cette phase, j’ai plusieurs hypothèses. Parfois je me dis qu’ainsi il exprime sa tristesse d’être à nouveau séparé de son papa (qui était à la maison en février et est reparti dans le sud début mars). D’autres fois je me dis que la grande étape de la marche peut être en lien, souvent la route l’autonomie s’accompagne d’une période de régression. Quelques fois j’ai peur que le premier mois en néonatalogie ne lui ait pas permis de développer un attachement sécure avec moi et qu’il n’ait pas la capacité à se détacher. Une lecture plus psychanalytique traduirait aussi que c’est moi, la maman, qui ai encore besoin d’un bébé et qui ne l’autorise pas inconsciemment à grandir. Sinon, je me dis qu’il ne faut pas tout psychologiser et que c’est dans le somatique qu’il faut fouiller. Nous sommes notamment en train de faire une transition de lait et d’abandonner la préparation anti régurgitation, il se peut qu’il soit incommodé par un retour de reflux. Bref, je ne sais pas comment expliquer cette période et surtout pas comment y faire face car nous sommes tous épuisés. Si tu as des idées, je suis preneuse.

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20 réflexions sur “Un printemps

  1. j’ai pas forcément des idées, mais ce que je lis me rappelle beaucoup mon 2eme, qui est arrivé 21 mois après la première. je tiens a dire que les 2 ont marché a 15 mois, ce qui a l’époque ne m’a pas semblé tardif… en tout cas il était tout le temps collé à mes basques, je nettoyais l’évier de la cuisine avec lui entre mes jambes… un vrai pot de colle. et pourtant, il n’a pas été prématuré du tout, il a été collé a moi d’autant que je l’ai allaité 3 mois. bref, je ne suis pas sur que la prématurité y soit pour quelque chose dans son comportement… les choses se sont allégées avec le temps, mais je sais qu’on est encore un peu trop fusionnel avec mon fils, et qu’il en joue ( inconsciemment) il ne se comporte pas comme ça avec son père…. comment faire pour y faire face… si tu peux en parler avec des puéricultrice de la pmi peut être ?

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    • Mon premier a marché à 15mois aussi (enfin il me semble) et ça m’a paru le bout du monde. Mais je crois que j’ai dans la tête 1ans la marche et 3ans la propreté (du coup lui apprendre à 2.5ans avant l’école ça m’a semblé tellement trop tôt).
      Pour le petit , il est collant par vague, et je suis en plein dedans. Je sais aussi que quand ça sera passé, je ne m’en rappellerai probablement pas plus que ça. Bon mais si il chouine encore quand je le pose par terre à 12ans, je l’emmène chez le psy!

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      • moi il avait fait une colère parce que je sortais avec des copines un soir… c’était l’année dernière. et ça tombait bien , c’était justement au moment ou il voyait une psy !!! ça c’est décanté en 2/2 du coup…

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  2. Je crois qu’il ne faut pas t’inquiéter, si justement il développe le language, il y a peu de chances que la marche vienne en même temps, souvent c’est soit l’un soit l’autre, chacun à la fois! Et pour les bras, malheureusement je nai pas d’idées à te donner…à part de patienter!

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    • Mais tu te rends compte que j’ai fait bruler ma soupe deux fois ce soir pour aller le réconforter? Ca n’a pas eu l’air de déranger le palais du grand mais je l’ai quand même trouvé un peu amer.Et je me suis brulée moi en faisant vite car ça brulait parce que j’avais couru dans la chambre car il s’était cogné à l’arche de Noé, et quelque part entre tout ça, il a filé un coup de théière en bois à son grand frère. Je ne sais pas si on arrivera au en vie au bout de la semaine!

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  3. Je ne pense pas qu’il faut que tu t’inquiètes ! Chaque apprentissage prend du temps. Ma fille pour chaque nouvelle acquisition c’était le sommeil qui trinquait (vive les cauchemars plusieurs fois par nuit pendant plusieurs semaines) et grosse fatigue pour tout le monde. Et la avec l’arrivée du bébé qui devient imminente, elle est très caline, toujours à me demander et me coller (ce qu’elle n’a jamais fait jusqu’ici).
    Malo a peut-être besoin de se rassurer encore un peu avant de vraiment se lancer. Mais il a l’air de déjà faire plein d’autres choses.

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    • La marche ne m’inquiète pas tant que ça, surtout que maintenant il commence à se lâcher plus. C’est juste un peu de frustration de ma part. Et puis s’il passait plus de temps à s’entrainer plutôt qu’à me coller… comment ça on est pas à l’armée?
      Ah oui, cette période va être mouvementée pour toi, entre les émotions de la grande et le manque de sommeil. Mais c’est vrai que parfois c’est sympa quand ils sont un peu collants, c’est usant sur le coup mais après ça nous manque XD

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  4. Cette histoire de marche qui traîne, ça me rappelle tellement mon premier ! A 11 mois il était debout, bien stable et il a marché à… 16 mois 🙂 . Bloqué comme toi à la dernière étape. Mais bref, si tu as besoin qu’on te le dise je te le dis : ce n’est rien, ça viendra ! Je pense (et d’ailleurs les dates concordent) que les bébés qui se tiennent debout au début de l’hiver sont moins « motivés » à se lâcher parce qu’en intérieur le 4 pattes est presque tout aussi pratique et rapide. Enfin en tout cas c’est ce que je me suis dit 😉 . Au final Pierre a dit ses premiers mots avant de marcher, et maintenant tout va 🙂 .
    Concernant ces pleurs, cette attitude, Pierre avait aussi eu, à cette période, une phase de totale régression où j’avais même dû dormir avec lui. Donc ça me parait très plausible que ce soit ça, une angoisse de séparation liée à l’apprentissage de la marche… Après, pour être honnête, dès que Charles a un comportement « inattendu » moi aussi je mets ça sur le compte de la néonat’, je me dis qu’on a loupé un truc, etc. Je me demande si ça passera, si un jour j’arrêterai de tout interpréter de cette façon là. J’espère !

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    • Pour la marche, je ne suis pas inquiète, plutôt frustrée. Mais ce soir il a déjà fait quelques pas en se lâchant, c’est un grand progrès.
      Pour les pleurs, j’ai toujours peur de passer à côté de quelque chose (dis la mère qui va toujours à reculons chez le pédiatre de peur de se faire engueuler parce qu’elle vient « pour rien » -c’est dans me tête parce que ma pédiatre ne m’engueule pas- et qui fini toujours par s’excuser de ne pas avoir cru son fils qui avait une double otite…). Mais ça rend la situation pénible, ses pleurs me crispent beaucoup, son frère en souffre du coup il est plus dur, moi je suis tendue et donc moins disponible, donc le petit pleure plus, le grand est en colère….et ça s’envenime. Tu vois c’est un peu comme quand ils sont malades et chiant, c’est plus facile d’être patient dans ces cas là (enfin, moi ça m’aide).
      Pour la néonat, parfois c’est tordu. L’ainé avait du mal à s’endormir tout petit et il passait des heures au sein et hurlait dès que tu le posais dans son lit. Le cadet s’endormait seul où tu le posais. Et au lieu de me dire ‘chouette’ je me disais ‘oh mon dieu, il a appris à s’endormir seul car il était seul le premier mois la nuit, maintenant il aura le sentiment qu’il ne peut compter sur personne…. »Tordue.

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  5. Mince, c’est vrai que ça fait beaucoup de choses. Après, c’est peut-être aussi un mélange de tout ça. Après, je ne pense qu’il n’y ait qu’une seule bonne réponse. J’ai envie de te dire arrête de réfléchir et fait ce que tes tripes te dise de faire.
    Chez nous, généralement, les répercussions sont sur le sommeil. Alors instinctivement, je dirais cododo avec les deux, mais bon, il n’y a que toi qui peut savoir.
    Bon courage en tout cas.

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    • Mais si j’écoute mes tripes , je les balance par la fenêtre! Oui , je suis une mère pleine de douceur!
      C’est drôle ton conseil, c’est vrai qu’en fait il a du sens pour toi avec ta fille mais moi je ne vois même pas comment le mettre en œuvre . Ils dorment tous les deux ensemble et je crois qu’ils sont tous les deux contents d’avoir ce temps là. Et moi de dormir seule. Je me dis, si je vais dans leur chambre, ils ne vont pas dormir. Et pareil si je les emmène dans la notre. Mais du coup je suis super contente de ton message tout gentil. En plus je me dis, non ça ça marcherait pas pour moi, il faudrait plutôt que …et là j’entrevois des pistes. Alors merci ^^

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      • Alors les balancer par les fenêtres, c’est à cause de tes besoins non satisfait, c’est normal, mais c’est quand même mieux d’éviter cette piste 😂🤪
        Bon et déjà s’ils dorment ensemble c’est déjà ça ! Je suis vraiment ravie si j’ai pu te mettre malgré moi sur des pistes. Et je croise les doigts pour que ça fonctionne 😘

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  6. Moi, je vote pour une petite recrudescence d’angoisse de la séparation pré-marche … imagine le cap, marcher, c’est « définitivement » se détacher de toi, c’est plus d’autonomie, … de quoi avoir quelques sueurs froides, surtout dans le contexte actuel …
    Bon courage à toi 😙

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    • Ah mais cet enfant est une boule d’ambivalence parce que sitôt sur mes genoux, il se débat pour descendre, et sitôt en bas, il se débat pour remonter… Finalement je me dis que s’il marche il ne voudra plus aller dans le porte bébé (déjà qu’il essaye d’en sortir par tous les moyens) et au lieu de mettre trois minutes à aller à la crèche on mettra trois heures. Et puis en plus faudra lui acheter des chaussures alors que le seul magasin de ma ville qui vend des chu chaussures pour enfant à prix raisonnable a fermé.

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      • Typique … LutinCoquin fait pareil et ça fait 6 mois qu’il marche … la poussette, c’est pas mal aussi … je commence seulement à le laisser marcher jusqu’à l’école 😅
        Je compatis pour les chaussures, c’est un vrai casse-tête

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  7. Cette semaine, Gustave a la varicelle. Il est redevenu un bébé pot de glue et je trouve ça très pénible ! Quand il n’est pas malade, c’est par phase (de la soirée). Et, régulièrement, j’en ai marre de le porter, de ne pouvoir rien faire d’autre alors que j’ai les deux grands en plus, la lessive à lancer et le repas à préparer (ok, l’eau à faire chauffer 😉 ) Surtout que niveau gabarit, j’ai l’impression que nos deux loustics jouent dans la même cour !
    Et puis je me dis que ce grand bébé se transformera bientôt, très bientôt, en tout petit garçon. Que cette page sera définitivement tournée. Alors j’essaye de positiver. De profiter de me poser 15 minutes sur le canapé pour ne rien faire d’autre que de l’avoir dans mes bras. Et puis le laisser pleurer les 15 minutes suivantes, parce que les deux grands ont aussi besoin de moi. C’est usant tout ce bruit, ce remue-ménage du soir. Mais je pense bien que je serai nostalgique d’ici pas longtemps !

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    • Pff, m’en parle pas, l’autre jour mon trois ans était malade, il est venu me rejoindre dans ma chambre pour dormir avec moi. Chose qu’il n’a jamais faite une fois la maternité quittée. Et ben j’étais toute contente , enfin cinq minutes, jusqu’à ce qu’il se tourne dans tous les sens et prenne toute la place xd
      Quand au petit pot de colle, il m’énerve parfois tellement de rien me laisser faire et quand on est sur skype avec le papa il me fait remarquer quand quand le petit me lâche pour jouer, c’est moi qui vais lui faire un petit bisou dans le cou.

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  8. Pingback: Sunshine Blogger Award, en direct de l’hôpital ! – Elodie Tahiti

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