Nuit d’orages

J’ai eu faim. Une envie si forte qu’elle m’a fait décoller mes fesses du canapé pour aller me réchauffer un reste de nouilles à vingt deux heures trente. Je me délectais déjà à l’idée de le savourer devant les malheurs télévisuels d’un restaurateur en perdition face à un chef au crâne brillant. Avançant vers la cuisine, une effet stroboscopique happa mon attention. Dans un grondement sourd, lointain, le tonnerre faisait rage. Je comptais les secondes entre la lumière et le bruit, il était loin. Je comptais les secondes entre les flashs, moins de cinq à chaque fois, sans doute plusieurs foyers. Je renonçais à utiliser le microonde, la peur d’être désintégrée surement, et filais débrancher ce qui était débranchable.

Je me hâtais de revenir profiter du son et lumière naturel. L’orage a toujours eu un effet apaisant sur moi. Le calme pendant la tempête. Je tentais vainement de faire un petit film au smartphone pour partager le spectacle avec mon amoureux. C’était la dernière nuit que je passais seule, il revenait le lendemain. Une famille à nouveau.

Je regardais l’énorme cerisier dans le jardin voisin. Je pensais à cette photo où on le voyait fleuri depuis la fenêtre de la chambre des enfants. J’espérais que nous pourrions avoir une jolie vue là-bas, une vue sur un petit bout de nature. Je réalisa que je ne le verrais plus jamais fleurir. Plus jamais. Combien de printemps avait-on passé ici? Dans cet immeuble où habitait Papa Breizh quand je l’ai connu. Dans cet immeuble qui nous a vu revenir un mois de novembre, moi enceinte jusqu’aux dents. Dans ce chez nous où nous sommes devenus une famille.

Tandis que l’orage grondait, je redoutais un coup de foudre qui fendrait l’arbre en deux. Il y a parfois dans ma tête un drôle de programme qui imagine la pire version possible du futur. Je calculais, le compas dans l’œil, la distance entre les arbres alentours et notre garage.  Et si la foudre s’abat sur l’arbre qui tombe sur le garage qui écrase la voiture, comment irons nous chercher des couches en Allemagne samedi? Chercher des couches en Allemagne, encore une chose que nous ne pourrons bientôt plus faire.

Je fis la liste de tout ce que j’avais encore envie de faire : emmener notre grand à Europa-Park, boire une bière et manger une tarte flambée dans la petite brasserie qui jouxtait mon ancien chez moi, passer voir ma famille dans le sud de l’Alsace, visiter le Vaisseau, laisser les enfants profiter des jeux d’eau du parc près de chez nous, organiser une dernière rencontre avec la copine de nounou de Putois, et puis, et puis…

Bientôt nous ne serons plus ici mais nous serons une famille à nouveau.

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12 réflexions sur “Nuit d’orages

  1. C’est toujours un pincement au coeur quand on doit changer. Il y a un avant connu et puis après l’inconnu mais où vous serez réuni 😊 Un peu de nostalgie dans l’air 😊

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  2. Vous allez déménager ? Ce n’est pas facile de changer de lieu, d’habitudes, de vie… Mais vous serez tous les quatre réunis et ça, se sera chouette !

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  3. Ah oui tu débranches tout à chaque orage (et même quand il est encore loin), toi ? Tu es bien prévoyante et organisée !
    Mais sinon, pour en revenir au sujet principal, bon courage pour le déménagement… Vous déménagez loin ? Changement de travail pour toi alors, et changement d’école pour Putois ? Vous aurez de l’aide pour garder les enfants ou faire les cartons ?
    Encore une période qui promet d’être un « tunnel » à sa manière, mais une jolie lumière au bout puisque vous serez enfin réunis, bon courage !… 🙂

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