C’est la guerre

J’ai été naïve. Peut-être même un peu présomptueuse. J’ai cru que j’y avais échappé. La rivalité fraternelle, c’était chez les autres. Chez nous c’était protection, admiration, complicité. Je faisais bien gaffe, à ne pas comparer, à valoriser, à être aussi équitable qu’on peut l’être. Bien sûr y avait de la jalousie, des chamailleries mais juste de quoi confirmer la règle.

Et puis je ne sais pas ce qui s’est passé. Le retour du père, le déménagement, la promiscuité, les tensions parentales, le petit dernier qui grandit plus vite que son aîné, l’air marin. C’est arrivé insidieusement. Maintenant que j’y réfléchis, ça couve depuis quelques temps. Déjà cet été ma mère trouvait qu’ils se cherchaient beaucoup (dans le mauvais sens du terme). Difficile de se raccrocher à l’espoir que ce n’est qu’une phase, surtout quand la violence monte crescendo. Les caractères sont affirmés, une diva et un bulldozer. Et le choc est rude et laisse des bleus et des griffures. Le grand est fourbe, pousse le petit à faire des bêtises, le tape quand on a le dos tourné. Le petit est mesquin, vient systématiquement interrompre les câlins et use de ses ongles et de ses dents sans remord. L’un comme l’autre n’aspire qu’à une seule chose toute la journée, prendre ce que son frère a dans les mains.

Oh j’ai essayé des choses. Je ne suis pas intervenue systématiquement. Mais quand ça en vient aux poings, difficile de rester sereine car un accident est vite arrivé (surtout avec du carrelage au sol). A force d’interdire au grand de taper le petit, il se faisait  maltraiter en silence. Et le pire, c’est qu’il n’osait pas répliquer à l’école non plus, se laissant griffer par un petit camarade sans rien dire.

Je veille à ne pas blâmer l’un plus que l’autre pour ne pas attiser l’animosité. Mais à presque quatre ans et à 20 mois, on n’a pas la même capacité cognitive. Notons ici la perfidie de l’ainé qui fait semblant de se taper en rigolant pour qu’en l’imitant, le benjamin se mette une tarte pour de vrai. Et bien sûr tout ceci à table quand le dit benjamin à les mains pleines de sauce tomate…

J’ai tenté de valoriser le statut de grand frère, de modèle, de protecteur, pour éviter la jalousie face au bébé qui focalise toute l’attention. Mais fatalement, le petit grandit. Petit Grand Putois sent bien qu’il s’est fait avoir sur la marchandise. Je ne peux m’empêcher de penser que lui qui est un peu plus lent sur certaines choses, se sent blessé par ce grand petit frère qui le rattrape et le dépasse même parfois. Je cherche à instaurer une dynamique d’équipe histoire de ressouder le lien fraternel. Cela reste difficile car l’écart d’âge impose une différence de traitement. Par exemple,au supermarché, l’un est trop grand pour aller dans le caddie, l’autre est trop petit pour déambuler librement dans le supermarché, mais visiblement aucun des deux n’est satisfait de son sort.

Nous nous évertuons autant que possible d’instaurer des temps privilégiés avec chacun. Étant actuellement à la maison, quatre jours par semaine, alors que son frère est à l’école, Malo et moi sommes en tête à tête. Bien entendu, parfois nous nous contentons de cohabiter et chacun fait sa petite vie (moi je fais à manger, lui rassemble toutes les figurines lions). Mais nous partageons aussi autour d’un livre, d’une sortie, d’un jeu. Petit Putois ayant abandonné la sieste en entrant en moyenne section, nous avons le temps de repos de Malo pour nous retrouver. Papa Breizh et moi mettons également en place des sorties avec l’un ou l’autre. Et c’est vrai que dans ces moments là tout est plus facile. Les enfants sont plus calmes, plus attentifs. Néanmoins nous sommes quatre et pas deux et deux. Et j’appréhende les vacances à venir où nos serons trois.

Je sais que ma propre tension envenime les choses. Qu’à force de se faire engueuler toutes les deux secondes, ils ont juste encore plus besoin de se défouler et donc de s’entretuer. Mais difficile de rester calme face aux prises de becs constantes. Ma tisane relaxation et anti stress ne tient pas ses promesses.

Et chez vous, comment vous gérez la rivalité? (Une petite formule magique serait la bienvenue)

Champ de bataille

 

 

 

26 réflexions sur “C’est la guerre

  1. Désolée, pas de formule magique, il n’y a toujours pas de fratrie ici. D’ailleurs cette formule magique existe-t-elle ou s’appelle-t-elle simplement le temps? Je ne sais pas, je n’ai pas les réponses mais bon courage à toi 🙂

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  2. Qu’est ce qu’on a pu se chamailler avec mon frère (j’aurais adoré avoir l’idée de ton grand pendant le repas). Je ne pense pas qu’une formule magique puisse exister. C’est peut être une étape à franchir qui risque de durer.
    Avec mon frère, les chamailleries ont laissé place à un lien fusionnel lorsque les parents ont du nous laisser nous débrouiller seul, j’ai alors joué le rôle de grande soeur à fond entre la sortie de l’école et les corvées. On a été obligé de compter l’un sur l’autre et de s’entraider pour pas se faire engueuler par les parents et je crois que c’est ce qui nous a définitivement lié.

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    • C’est rassurant comme témoignage. C’est vrai que je m’agace du quotidien aux décibels élevés mais j’ai peu d’inquiétude pour leur futur. Je vois bien que quand je suis très énervée ou très occupée il se ressoudent d’un coup. Mais bon, je ne vais peut-être pas jouer à la méchante maman pour qu’ils fassent bloc contre moi, quoique… XD

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  3. Arf! tout à fait le genre de situation que j’évoquais dans l’un de mes derniers articles… pas facile de savoir comment réagir quand la surveillance basique ne suffit plus! je n’ai malheureusement pas les clés pour t’aider mais je te souhaite bon courage, en espérant que ce soit comme souvent chez les enfants une simple période à passer…

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  4. Je n’ai pas la formule magique malheureusement… je ne suis pas (encore ?) concernée… Mais si je me replonge quelques années plus tôt, et en voyant évoluer les relations que j’ai eu avec mes soeurs, j’ose penser que c’est peut-être une histoire de temps… en tout cas c’est ce que j’espère… Courage à toi !

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  5. Arf, je ne sais pas quoi te dire, pour l’instant nous échappons à la franche rivalité … les garçons se chamaillent mais reste très complices quand il s’agit de mettre le bazar 😒.
    Peut-être essayé de faire un temps « quel a été ton moment préféré aujourd’hui » au moment du coucher. J’en profite souvent pour mettre en lumière un comportement de FeuFolet qui m’a plu et ça peut-être en rapport avec son frère 😉
    Bon courage, j’espère que ça passera avec le temps.

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    • Rassures toi, pour mettre le bazar, ils savent aussi s’entendre XD
      Je n’ai jamais essayé ce genre de discussion avec mon ainé (mais bizarrement tout à l’heure , je me suis dit qu’il faudrait que je le fasse avec mon compagnon XD) mais pourquoi pas, et si ça n’apaise pas les rivalités, je pense que ça pourrait avoir plein d’autres bienfaits.

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  6. Dur dur… ça m’évoque des choses mais pour je ne m’y reconnais pas pour autant. Ernestine a fait plein de choses plus vite qu’Alphonse et ils n’ont pas une relation calme, mais c’est normal entre frère et sœur (ou frère et frère) ! Et ils sont parfaitement capables d’avoir de longs jeux tous les deux. Donc non, pas de trucs. Mais quand même, garde en mémoire qu’à cet âge les enfants évoluent très vite, et leur relation aussi ! Et puis, je suis convaincue que quand ptit matelot saura verbaliser ce qu’il ressent, tout ira mieux. Donc plus que quelques mois 🙂

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    • Je pense aussi que c’est une phase qui n’est pas vouée à durer trop longtemps. Mais c’est une longue phase et je ne voudrait pas, en réagissant mal, risquer de pérenniser la situation.
      Maintenant j’avoue qu’au quotidien c’est très très très exaspérant. Le petit vient en braillant toutes les 5minutes parce que le grand l’a tapé, le grand pleurniche le reste du temps. Pff !

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  7. Le grand a 3 ans et le petit 15 mois, ils sont autant complices qu’ils se chamaillent. Le petit veut jouer avec les mêmes jouets que le grand mais celui-ci n’est pas vraiment d’accord et a tendance a pousser son frère lorsqu’il s’approche, et le petit réplique en mordant son frère. Du coup, on répète les règles, j’essaie de parler aux deux avec chacun sa part à respecter. Je parle aussi beaucoup au nom du petit frère, « tu sais ton petit frère t’aime beaucoup et t’admire c’est pour ça qu’il veut faire comme toi et jouer avec les mêmes jeux »… ou bien si tu ne veux pas lui donner tel jeu qu’est que tu veux bien lui prêter et ça marche plutôt bien. Le petit est content que son frère lui donne un jouet et le grand aussi car c’est lui qui le choisit. Autrement, quand je vois que ça va être très compliqué, que le grand a envie de jouer tranquillement et seul. Je laisse l’aîné jouer dans sa chambre et le cadet jouer au salon. ça fonctionne un moment. Les enfants jouent aussi de plus en plus ensemble notamment avec les voitures. Peut-être que c’est une étape et que ça va passer.

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    • Je me rends compte en te lisant que ce sont ds choses que j’avais tendance à faire mais que je fais moins. Du coup je vais peut-être intervenir calmement à nouveau pour redéfinir la place de chacun.
      Je m’aperçois aussi que la moitié du temps, ce n’est pas possible de mettre ça en place car c’est le grand qui pique les jouets du petits (!). Du coup je vais essayer de voir ce qui provoque son comportement en ce moment.

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  8. Ah mais c’est mes enfants dont tu parles ? Non ? J’ai cru… Tout ce que tu décris me semble très familier. Pas de recette magique ici, mais quelques astuces que je partage volontiers : comme écrit ci-dessus, s’il en exprime le besoin, laisser mon grand jouer seul dans une pièce (quitte à ce que le petit pleure devant la porte fermée…) et favoriser les jeux où ils peuvent jouer ensemble sans que le petit ne détruise tout… Ici il y a eu une phase très très compliquée cet été et ça va mieux depuis la rentrée. Je te souhaite donc aussi que ça passe !

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    • En fait le grand ne veut pas rester dans sa chambre jouer, ce qu’il veut c’est rester avec moi dans le salon mais sans son frère XD Je me demande si c’est pas l’oedipe qui vient s’en mêler en fait et que l’objet de la rivalité, ce n’est pas moi…

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  9. Bonne question… méfies toi, celui qui te vendra une solution est probablement un arnaqueur !
    Pour moi la réponse est dans l’énoncé de base :
    20 mois -> terrible two
    4 ans -> f*cking four
    Les deux âges sont dans l’opposition, ils ont envie de s’affirmer, les personnalités se modèlent. Si en plus tu est toi même un peu tendue, je pense qu’on appelle cela un combo… ou un cercle vicieux.
    Plein de courage, je sens que tu en as besoin

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  10. Je ne suis pas encore dans ta situation je suis enceinte de 7 mois du 2nd mais j’avoue que c’est justement une situation que je redoute aussi. Chaque petit loup a besoin de s’affirmer mais pas facile pour tout le monde! E te souhaite bon courage mais je pense qu’il est important que tu prennes un petit temps pour toi, pour rentrer dans les meilleures conditions possibles chez toi et gérer les tensions de manière plus sereine. Facile à dire je sais bien!!😋

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