Bio, Fait Maison, Zéro Déchet…. et ma charge mentale dans tout ça?

L’autre jour, je faisais pipi dans la douche tout en me félicitant de sauver le monde … Quoi? Tu trouves ça dégoûtant? Non, aujourd’hui uriner en se lavant n’est plus crado mais écolo. Par contre, caca dans le bain est encore trop avant-gardiste. Même les mouchoirs en tissus reviennent à la mode. Moi j’en avais plein gamine, les Minnie et les fleuris étaient mes préférés, les gros à carreaux, ceux de mon grand père étaient bien trop rugueux. Et puis à un moment, c’est devenu honteux. Absolument anti hygiénique. Tiens, tu vas voir quand la grippe va revenir, la télé te dira qu’il faut utiliser des kleenex à usage unique et les jeter après un mouchage. Mais la mode du zéro déchet ne l’entend pas de cette oreille et on réinstaure nos bonnes veilles habitudes de grand mères. Tiens, même les couches redeviennent lavables. D’ailleurs dans la maternité où j’ai accouché de Putois, on était au lavable, preuve que les mœurs évoluent (ou régressent?). De toutes façons les Pampers sont pleines de désherbant (ce qui explique probablement que les enfants n’aient pas de poil pubien).

Si tu fais partie de ce qu’on appelle la génération Y (ou les suivantes), si tu élèves un enfant aujourd’hui, tu ne peux pas t’affranchir de la perspective écologique. On t’a parlé de réchauffement climatique, on t’a dit que ça allait mal, que ça n’allait pas s’arranger. Il est donc important de trier ses poubelles, d’éteindre l’eau quand tu te savonnes , d’uriner sous la douche (mais pas quand tu as éteins l’eau pour te savonner), d’arrêter de te laver les cheveux, de manger tes épluchures de carottes et d’oublier la viande, de bannir le Nutella qui tue des Orang-outang (au fond, tu n’as jamais su l’écrire), avoir un compost… Mais au-delà de la planète que tu tues à petit feu, il faut être hyper vigilent sur l’alimentation de tes enfants : les vaches sont folles, les poulets grippés, le sucre est l’Ennemi et même le lait pour bébé n’est plus sûr. Entre prise de conscience et culpabilisation, mieux vaut tout faire soi même avec des aliments dont tu contrôles la provenances. Le mouvement est général. Désormais, c’est admis d’avoir plusieurs couleurs de poubelles et d’amener ses sachets au supermarché. De plus en plus de municipalités sponsorisent les poules de ton jardin, de bons œufs frais et une gestion en circuit court de tes déchets ménagers. Que demande le peuple? D’un autre côté, on tend aussi à changer de smartphone tous les trois mois et à dévaliser Zara toutes les semaines, mais si c’est le tiers monde qu’on pollue, c’est moins grave, non?

Moi je joue le jeu, très concernée, je suis une femme de mon époque. Et puis je ne voudrais pas bousiller la santé de mes enfants. Entre mes grossesses et les (quarante sept) premiers mois, j’en ai bien trop bavé pour ne pas espérer qu’il viendront me rendre visite de temps à autre dans ma maison de vieux. Je leur file des légumes, locaux. Je cuisine maison. Y a des jours où on zappe la douche (ok, là c’est plus par flemme mais le côté écologique est plus louable). Je ramène mes petits sacs en papiers pour le marché. J’ai cousu de petites lingettes lavables. On a réduit notre consommation de viande. Je fais caca dans le bain…ah non, trop tôt?

Soyons honnête, tout ça coûte énormément. Financièrement bien sûr. Oui, c’est plus cher de manger bio. Oui, un bon poulet n’a pas le même prix que les barquettes d’escalopes aux hormones des supermarchés. Mais ça coûte encore plus en temps et en énergie. Parce que quand je décide d’aller au marché en trimballant ma marmaille ou de cuisiner des gâteaux plutôt que de les sortir de la boite, c’est du temps que je ne passe pas à jouer aux Lego ou à faire de la pâte à modeler (ou à regarder les téléfilms de Noël sur un M6, mais ça c’est peut-être un mal pour un bien). Je le fais pour mes enfants (et pour nous) mais en ont-ils conscience? Si on devait mourir demain, il est évident que je ferai des pâtes et qu’on jouerait tous ensemble. Ça coûte physiquement aussi. Là je te laisse deviner si je te parle de mon sac de légumes à porter dans les escaliers ou de ma coupe menstruelle.

Au fond dans tout ça, il y a quelque chose qui me dérange. Je me rappelle, ça me titillait déjà quand mes anciennes collègues se moquaient gentiment de moi quand je ramenais un plat tout près Picard. A l’époque, j’étais célibataire. J’avais donc tout le loisir de cuisiner. Mais aussi de ne pas le faire. Au fond, les surgelés, les machines à laver et les tampons n’ont-ils pas été inventés pour nous faciliter la vie? Pour nous dégager du temps? Et tout à coup, voilà qu’on s’empoisonne et qu’on pollue? En tant que bonne mère, on introjecte ces vérités, on se les approprie et on ajuste nos comportements. On fait nous-mêmes nos purées avec les légumes bio qu’on cherche au marché. On lave la merde de nos gosses à la main avec du savon de Marseille car c’est moins allergène que l’Ariel. On est le calme face aux tempêtes émotionnelles de nos bambins et on accueille les émotions sans jugement. On continue de travailler quand même, parce qu’on s’est battu pour ce droit, parce qu’on n’est pas que des mères. Parfois on doit en faire un peu plus que d’autres pour justifier qu’on parte à 16h30 et qu’on ait notre mercredi. On comprend bien que l’avancement nous passe sous le nez. On suit bien les injonctions des magazines féminins ‘il ne faut pas s’oublier madame‘ alors on va se faire masser, on reprend le sport et on s’achète des talons. Et puis le soir, une fois les enfants couchés, on met notre guêpière pour la petite gâterie au mari.

Et puis on finit par péter un plomb, par faire un burn out. Parce qu’on n’y arrive pas. Parce que toutes les autres femmes gèrent alors pourquoi pas nous? Parce qu’en fait personne n’y arrive. L’autre jour j’écoutais un podcast à soi sur les femmes immigrées qui effectuaient nos tâches domestiques. L’émission était intéressante à bien des niveaux mais ce qui m’a interpellé est qu’une des femmes se plaignait de la difficulté de son labeur quotidien (et de sa non reconnaissance) qui consistait à s’occuper des enfants, à cuisiner et à faire le ménage dix heures par jour. En somme, d’être mère au foyer (en version professionnelle avec interdiction de s’assoir). Éduquer les enfants et maintenir la maison en ordre est un travail pénible et ingrat. Bien entendu, s’il s’agit de nos enfants, c’est la tâche la plus merveilleuse du monde. Les voir grandir est tellement important et il faut que nous en profitions. Gardons nous bien de nous plaindre ou alors conjurons immédiatement le sort avec le magique ‘mais‘ : « Parfois je suis tellement à bout que j’ai envie de balancer mes gosses par la fenêtre ou de m’y jeter moi …. mais je les aime tellement que ma vie n’aurait aucun sens sans eux!« (Notons ici que le suicide collectif réglerait le dilemme, mais ne tombons pas dans le cynisme). Je ne fais qu’ouvrir des portes ouvertes en disant qu’en plus d’avoir eu le droit de travailler, on a eu le droit de continuer de se taper tout le reste. Mais je me demande si on ne devient pas un peu nos propres ennemies  avec ce retour aux méthodes de grand mère. En tout cas, il y a clairement un truc qui cloche, un rapport temps/choses à faire qui déconne (même si pisser dans la douche est un gain de temps).

Et toi, t’as pas l’impression d’être un peu prise pour un jambon (sans OGM) dans ces tendances là?

 

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115 réflexions sur “Bio, Fait Maison, Zéro Déchet…. et ma charge mentale dans tout ça?

  1. Pingback: A lire sur les autres blogs – novembre 2018 – La Famille Ours

  2. Wow superbe article! Tellement bien dit. Il décrit une situation dans laquelle je me reconnais… et en plus je suis en congé de maternité je ne m’imagine pas comment ce sera à mon retour avec 2 enfants.. ouf je suis essouflée juste à y penser! J’adore la touchd d’humour en passant 😉

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    • Merci 🙂
      Personnellement, j’ai toujours trouvé que le congé maternité était une période déjà assez compliqué pour se rajouter des trucs à faire. Dans l’idéal, tu te concentres sur ton ventre qui grossis ou sur ton bébé tout neuf (dans les faits, c’est plus compliqué, surtout avec d’autres enfants). Donc parfois le retour au travail, et le fait de pouvoir manger sans enfants qui pleure ou sur les genoux, nous apporte un peu d’air.

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