Et tout à coup deux ans

Ce n’est pas vraiment qu’on n’avait pas anticipé. A Noël, quand son tonton a essayé de lui refiler un petit chien en peluche glané sur un souk marocain, on s’était dit qu’on lui offrirait un cabot jappant pour son anniversaire le mois suivant. Mais aux normes CE. Quand il y a eu les soldes, j’ai pensé à passer au Monop’ qui brade toujours les jouets pour dénicher le petit teckel qui remue du popotin. Mais voilà, c’est ensuite que j’ai merdé. Entre ma reprise professionnelle, la recherche de nounou dans des huitres et l’appel aux élus pour dénicher une place au périscolaire, j’avais un peu zappé l’anniversaire de Malo. Ce n’était pourtant pas faute que mon inconscient m’envoie des réminiscences de mon accouchement et que je me retrouve à y penser en boucle. Voilà donc que je refermais mon agenda et me rendais compte que sa première grosse journée d’adaptation chez la nounou correspondait au jour très spécial de ses deux ans. Culpabilité! Que j’ai un peu fait taire en me promettant de passer ce béni temps libre à faire des gâteaux et à organiser une soirée sympa. Résultat, on a mangé des chips et de la pizza surgelée, quelques muffin que j’avais fait rapidement, et tout le monde a été au lit tôt. Je commençais un nouveau job le lendemain. Bref, ni instagrammable, ni mémorable. Mais à cet âge on s’en fiche un peu.

Pourtant les deux ans s’avançait bruyamment avec tout ce qu’ils ont de terrible : l’opposition, le ‘non’, les hurlements et surtout surtout ces roulage au sol à la moindre ébauche de contrariété. Age ingrat où votre charmant poupon se transforme en tyran domestique, un peu comme si vous aviez donné à manger à un mogwaï après minuit. Toutefois aujourd’hui je vois se dessiner le côté pile de cette nouvelle étape d’autonomisation. Je lui demande d’aller chercher un truc? Il file et me le rapporte. Preuve qu’il n’est pas dans l’opposition tout le temps mais surtout qu’il comprend ce que je lui dis. Car elle est là la belle facette de cette âge là. La parole. Même si chez Malo, elle émerge précieusement, timidement, on y est. Bien sûr je fond à chaque enchainement syllabique qui se rapproche vaguement du mot initial.

Il capte davantage de choses. Ce qu’on lui demande mais également l’enchainement des évènements. Même s’il persiste parfois un contrariant décalage. Par exemple quand je commence à couper des carottes, il file se chercher assiette et couverts puis pleurniche à côté de moi car ce n’est pas prêt. La donnée temps de cuisson des légumes n’est pas acquise. Ah ça la bouffe, on ne plaisante pas avec!

Et je le vois qu’il grandit : dans sa  façon de jouer tout seul en chantonnant, quand il se lève pour aller chercher un yaourt au frigo et une fourchette (ça vient de leur père), quand il grimpe sur l’escabeau pour attraper sa brosse à dents… J’ai beau le serrer dans mes bras en l’appelant ‘mon tout petit‘, je pleurniche devant la réalité : je n’ai plus de bébé. Il trottine, commence à causer et sait mettre la table. Je n’ai plus de bébé. Je sens bien que le premier pipi sur le pot n’est pas loin et que la question de la rentrée scolaire avant trois ans se pose légitimement. Je n’ai plus de bébé. Il boude son biberon. Il passe son temps à ôter ses chaussettes. Pieds nus en hiver sur du carrelage, bien sûr. Il mâchouille sa tétine comme on chiquerait du tabac. Je n’ai plus de bébé. Il reste le plus câlin de la maison. Son grand frère se contrefiche désormais de mes papouilles. Malo, lui, me couvre de bisous, sur les joues, les yeux, les trous de nez. Avec bave et morve en option. Il a toujours tant besoin de mes bras, même si c’est pour quelques secondes avant de reprendre sa grande exploration du monde. Ses petites mains commence à caresser et ses doigts à faire des guilis, même aux petits chats sur les imagiers. Il apprend la douceur mais lentement, le coup de boule reste la preuve affective la plus commune. De mon côté je ne suis pas tendre non plus. A la bagarre et aux chatouilles, je ne lui laisse aucune chance. Lui se marre d’un rire si particulier, gras et rauque totalement à l’opposé de l’apparence de sa petite personne si mignonne. Totalement en adéquation avec son tempérament de bulldozer. Celui qui fonce dans la vie sans se poser de question, sans regarder derrière. Je n’ai plus de bébé. Mais je découvre chaque jour un petit garçon, mon petit garçon.

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13 réflexions sur “Et tout à coup deux ans

  1. Joyeux anniversaire Malo.
    Je vois ce que tu décris, j’ai vécu la même chose avec ma grande. Pour la petite il y a encore un peu de temps, même si dans 2 mois on va déjà lui fêter ses 1an.

    J'aime

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