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Ne jamais être au bon endroit : la culpabilité de la mère qui travaille

Lundi l’école appelle (enfin l’Astem laisse un message sur le répondeur du papa en l’appelant madame) : Putois  semble malade, il n’a rien mangé et a 38°. Et moi je suis où? Au self. Je rappelle, il est à la sieste, c’était juste pour information, parce qu’il ne faudrait pas que je le laisse à la garderie trop tard « mais je sais bien que vous ne pouvez pas venir le chercher tout de suite ». Commence la longue interrogation intérieure, quitter le boulot? Le laisser à la garderie? Utiliser le joker ‘appel à un ami‘? J’appelle ma cousine qui peut me dépanner ce jour là. Je fais donc un gros détour le soir, me dépêche un peu plus pour récupérer le deuxième enfant, pour découvrir un Putois très en forme et ravi de se retrouver avec sa petite cousine de cinq mois.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Petit Putois se réveille pour un accident de pipi. Sauf qu’il ne se rendort pas et est tout chaud. Il se plaint de son pied (ne lui demandez pas si c’est le droit ou le gauche, ça change tout le temps). Il retrouve le sommeil dans mon lit (ce qui n’arrive jamais) , après un doliprane, vers 5h30. Je décide de voir le verre à moitié plein. Ce jeudi, j’avais justement décalé mon jour de travail au vendredi en raison des grèves. Autant le laisser dormir le matin, il n’ira pas à l’école. Néanmoins la journée reste un marathon : courses, orthophoniste. Putois semble heureux d’avoir sa mère pour lui seul mais quand la fin de journée arrive, il redevient grincheux. Le soir, les consignes sont claires : demain école pour Putois. crèche pour Malo et travail pour maman.

1h56, vendredi, Petit Putois a mal au ventre. Il décide cependant de retourner dormir dans son lit. 6h12, il se lève, va dans la salle de bain se remplir son verre à dents et boire. Il tremble beaucoup. Je le mets devant un dessin animé le temps de me préparer (normalement je me lève à 6h et les réveille à 7h). 6h35 je lui propose de boire un peu, il n’est toujours pas bien réveillé. 6h45, un petit coup de doliprane et une compote. Je me dis, qu’il tiendra bien jusqu’à 13h comme ça. 6h55, je lui propose un gâteau tout en faisant le biberon de son frère. 7h00, le biberon est prêt et l’ainé vomit son petit déjeuner. La longue interrogation recommence. Peut-on envoyer un enfant qui vomit à l’école? Est-ce que je peux annuler ma journée de travail alors que je l’avais déjà décalée? Il est utile ici de préciser que pour mon activité, il est compliqué de s’absenter à la dernière minute (surtout quand on joue au tétris tout le mois d’avril en fonction de la sncf….). Pour te donner une idée, imagine que je suis coiffeuse, et que je doive décommander tout un tas de rendez-vous et laisser des gens avec des pointes fourchues et des racines visibles. Ai-je quelqu’un à qui confier un enfant vomissant? Si ça se trouve, il ne vomira qu’une fois, et il va déjà mieux? Ou alors il va vomir devant tout le monde à la cantine et être traumatisé à vie.

Finalement je ne suis pas aller travailler pour veiller le petit malade (actuellement devant Vaiana) qui allait mieux à 8h45 et réclamait des nouilles au jambon à 9h15. On a filé chez la pédiatre, surtout pour le certificat, qui a évoqué un virus. Envoyer les enfants à l’école coûte que coûte « marche ou crève » ne me correspond pas. Malgré tout je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser par rapport au boulot. J’ai l’impression de ne pas pouvoir fournir le niveau d’investissement correct. C’est une tâche importante que je fais, les gens comptent sur moi et moi je ne suis pas fiable. Pourtant, je ne voudrais pas que mes enfants pensent que mon travail, ou ces autres gens, sont plus importants qu’eux. Et je culpabilise de ne pas être aussi disponible que je le voudrais et de leur faire vivre un rythme à cent à l’heure.  Je ne suis toujours pas sure de mon choix à 11h30, j’aurai besoin que quelqu’un me dise que quand son enfant vomit à 7h, on ne l’emmène pas à l’école à 8h.

Est-ce que c’est ça avoir des enfants, avoir le sentiment de ne jamais en faire assez? Est-ce que c’est ça d’être une mère qui travaille, avoir toujours les fesses entre deux chaises?

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Malades : notre lutte acharnée contre les microbes

Lundi, j’ai eu envie de mourir. Mardi j’ai bien cru que j’allais y passer. Mercredi j’ai pensé que les enfants allaient m’achever et jeudi, j’ai eu envie de tuer tout le monde. Bref j’ai eu la grippe. Vendredi y a comme eu un vent d’espoir, quand j’arrivais enfin à me passer de paracétamol pour mettre un pied devant l’autre, quand j’arrivais enfin à respirer sans me noyer dans mon mucus. Et puis la crèche a appelé, Malo avait de la fièvre…. Lire la suite

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Être maman d’un prématuré

Le Tout Petit Bébé est né à 34 semaines d’aménorrhée et 2 jours. Du moins pour l’hôpital. Pour la CPAM, d’après les premiers calculs faits par ma gynécologue et basés sur la date de mes dernières règles, il est né à 34+4 SA. Deux petits jours de décalage instaurés à la deuxième échographie, histoire que les mesures rentrent un peu plus dans les clous. Ça n’aura pas suffit. Peut-être même, le Tout Petit Bébé avait quelques jours de moins. 33SA ? C’était l’avis de la pédiatre de la réanimation néonatale vu son immaturité pulmonaire et la gueule de son cerveau.  Au fond qu’est-ce que ça change? « 34 SA c’est bien« , avait dit l’obstétricien avant de m‘ouvrir le bide. Je me suis demandé s’il aurait attendu s’il avait su. Mais non, même à 28SA il serait intervenu. Lire la suite

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Il ne parle toujours pas mais ….

Six mois plus tard, à deux ans et demi, Petit Putois ne parle toujours pas. Bon il baragouine toute la journée, nous casse les oreilles de bruits divers et a quand même enrichi son vocabulaire de quelques mots (d’autant plus nombreux, si on inclut ceux que je suis la seule à comprendre). J’ai le droit aux insinuations douteuses sur mes capacités maternelles de la part des spécialistes :  on se demande d’abord si l’environnement est suffisamment stimulant, insinuant que je suis surement une mauvaise mère qui ne parle pas à son enfant, puis on se dit que peut-être je réponds trop à ses sollicitations sans qu’il n’ait besoin de les formuler, une trop bonne mère en somme. Alors, je vous rassure, mon fils  nage dans un bain de langage, on lui adresse la parole, on ne lui cause pas uniquement en langage bébé même si on adapte le vocabulaire, on lit beaucoup et quand il pointe quelque chose je reformule sa demande oralement (mais je ne le laisse pas non plus mourir de soif tant qu’il ne me dit pas « je voudrais de l’eau , s’il vous plait mère« ). Lire la suite

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Le Tout Petit Bébé et le gros testicule

La première chose que j’ai pensé en voyant mon deuxième enfant, est qu’il était sacrément couillu. Je m’étonnais à la fois de la présence des bourses (je ne connaissais pas le sexe du bébé à venir) et de leur taille. J’ai même fait part de ma réflexion à une infirmière qui les trouvait d’une grosseur raisonnable. Faut dire que je n’ai pas tant l’habitude d’en voir des couilles de bébé (ni d’adultes d’ailleurs). Sans doute la proportion était-elle trompeuse, le Tout Petit Bébé étant né avec un petit poids. Il n’avait même pas de fesse au début, c’est dire. (Je sens qu’avec le champ lexical de cet article, je vais friser le million de vues). Lire la suite

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L’absence

C’est au réveil que j’ai compris. Enfin je ne peux pas vraiment parler de réveil puisque pour se réveiller il faut avoir dormi. Moi, je n’avais pas dormi. A chaque fois que je m’assoupissais légèrement, quelqu’une entrait pour me prendre la tension ou du sang, ou regarder entre mes cuisses. De toutes façons, comment j’aurais pu dormir? La veille, après m’avoir répété pendant sept mois que tout allait bien, on m’avait fait une césarienne en urgence. L’obstétricien m’avait tout bien expliqué sur ma pathologie. Il avait dit que 34 semaines d’aménorrhée c’était très bien, que les bébés n’avaient plus de risque, qu’ils étaient équipés comme il fallait et tout et tout. Lire la suite

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Celui qui ne parlait pas

Cela débute par la visite médicale des deux ans. Notre pédiatre est une fusée. Dans son cabinet, il y a plus de salles de consultation que de docteurs. On rentre, on déshabille le poupon, elle arrive en trombe, regarde une oreille et un doigt de pieds, pose quinze questions à la seconde, griffonne une ordonnance et s’en va voir le morveux d’à côté. Cette fois elle entre, aperçoit le Putois qui joue dans un coin et interroge « Il est toujours assis comme ça? » (Comprends, les jambes en W) Moi je panique, un relent de ces cauchemars où on arrive nue au baccalauréat sans avoir rien réviser, je bégaye « Oui, non, je sais pas, je fais pas attention… » (Mauvais mère va! souffle ma conscience) « Et bien il ne faut pas! *Ensemble de termes médicaux complexes qui signifient déformation des hanches*. Quand vous le voyez comme ça, ramenez lui toujours au moins une jambe en avant. »

La visite se poursuit. « Est-ce qu’il dit au moins dix mots?

-Les cris d’animaux ça compte? Lire la suite