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L’absence

C’est au réveil que j’ai compris. Enfin je ne peux pas vraiment parler de réveil puisque pour se réveiller il faut avoir dormi. Moi, je n’avais pas dormi. A chaque fois que je m’assoupissais légèrement, quelqu’une entrait pour me prendre la tension ou du sang, ou regarder entre mes cuisses. De toutes façons, comment j’aurais pu dormir? La veille, après m’avoir répété pendant sept mois que tout allait bien, on m’avait fait une césarienne en urgence. L’obstétricien m’avait tout bien expliqué sur ma pathologie. Il avait dit que 34 semaines d’aménorrhée c’était très bien, que les bébés n’avaient plus de risque, qu’ils étaient équipés comme il fallait et tout et tout. Lire la suite

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De la douleur d’être mère

Quand Ventre Mou était encore chaton, je me souviens avoir regardé mes avants bras lacérés et m’être dit  » Au moins un bébé ne me mordra pas, ni ne me griffera. » ….

On nous prévient de certains aspects négatifs de la maternité : la culpabilité, le jugement des autres, la fatigue, le burn out … Mais on évoque si peu la douleur physique. On va jusqu’à pousser le vice en parlant d’accouchement ‘sans douleur‘. Mais la vérité est qu’être mère fait mal.

Pour moi, cela a débuté dès les premiers jours. Quand Putois n’était même pas de la taille d’un petit pois. L’impression d’un syndrome prémenstruel bien hormoné. Tensions désagréables dans le bas ventre et sensations de seins au bord de l’explosion. A mesure que le ventre s’arrondit, on nous serine que la grossesse n’est pas une maladie. Personnellement je n’ai jamais vu aussi souvent le médecin! Rien de grave, juste des ‘petits‘ maux de grossesse. Des tensions dans le bidon et la poitrine, tout deux atteignant des proportions extraordinaires en quelques mois. Des remontées acides qui brûlent l’œsophage. Le dos en compote, au point qu’une demi heure de tricot au huitième mois me contraignait à passer deux heures allongée ensuite. Et cette douleur aux côtes permanente les dernières semaines, comme un hématome sur lequel on exerce une pression continue. La tête de Putois bien logée entre le bas de ma cage thoracique et mon estomac, me contraignant à manger comme un moineau et à ne surtout pas trop respirer. Je pense que c’est la conjugaison de ces minuscules désagréments de la femme enceinte qui pousse à aller en courant (au sens littéral) à l’accouchement pourtant anxiogène au possible.

Un petit tour au passage pour évoquer les gestes médicaux adjacents : échographie endovaginale, tripotage de col et prise de sang multiple. En plus pour moi, un peu d’acupuncture pour faire faire la pirouette à la crevette. L’acupuncture ne fait pas mal me direz vous. Et bien sachez que ça dépend de l’endroit où on vous enfonce l’aiguille, la face externe du petit doigt de pied étant une zone particulièrement sensible.  » C’est dommage de découvrir l’acupuncture avec ce point là » a même admis la sage femme piqueuse. En bonus de l’acupuncture (qui n’a fait que renforcer ma trouille des aiguilles), j’ai une le droit à la version par manœuvre externe : comment deux médecins appuient sur le bidon à fond les ballons pour que le bébé à l’intérieur de ton corps se retourne. Le bonus du bonus était la petite étudiante, qui le lendemain m’a fait subir une échographie très appliquée appuyant encore et encore sur mon ventre meurtri, malgré mes protestations.

La suite? Est-ce que ça vaut la peine que je vous parle des douleurs de l’accouchement? De mon côté, c’était césarienne programmée. Les contractions que j’ai connues ont tout au plus été gênantes mais jamais douloureuses au point de hurler. Le moment le plus traumatique de mon accouchement reste la pose de la perfusion. Du coup, vous pensez surement que j’ai eu un enfantement idyllique alors que j’ai juste eu une pose de perf merdique. J’ai eu l’impression que l’infirmier s’acharnait sur ma main, charcutant dans tous les sens avant de changer de main pour recommencer. Je me souviens quand l’infirmière qui a retiré le tuyau, a dû forcer pour tourner la petite molette à tel point que j’ai peur qu’elle ne m’arrache la peau. Je me souviens des quelques gouttes de sang qui ont giclé sur mon visage. Mais aussi du soulagement quand on a mis un gros bandage sur ma main, ôtant de ma vue cette grosse aiguille plantée dans ma chair. Pendant les deux jours où le cathéter est resté, j’ai délaissé cette main. Je vous ai dit que j’étais une chochotte des piqûres? La pose de la rachianesthésie s’est révélée elle aussi folklorique. Il a fallu vingt minutes d’essai infructueux à me troutrouter le bas du dos avant que l’interne ne passe la seringue à son sénior. Le reste est surement encore pire mais se passait bien heureusement de l’autre côté du champ. L’aspect vicieux de la césarienne est qu’on morfle après. Une fois qu’on a le moufflet et qu’on ne peut même plus sublimer la douleur. On a mal quand on respire, quand on bouge, quand tousse ou quand on rit. Et puis s’en suivent trois semaines d’injections quotidienne contre la phlébite. Ça ne fait pas mal qu’ils disent, c’est qu’ils n’ont jamais été piqué dans une cuisse tétanisée de stress.

Et puis y a l’allaitement. La grand mère du patron de Papa Breizh (je soigne mes références) disait que l’allaitement était pire que l’accouchement. Sur le coup je ne peux qu’approuver. Pourtant je n’ai même pas saigné. On a parlé de rougeurs, de muguet peut-être, j’ai eu quelques canaux bouchés. Mais ce que je sais c’est que j’ai beaucoup pleuré de douleur. C’est que j’ai voulu arrêter cent fois. Et qu’un jour, le poupon tout rose m’a fait tellement mal que j’ai eu une furieuse envie de lui mettre une énorme beigne  par réflexe. Je sais que mes mains ont souvent été crispées sur sa couche et mes dents serrées. Il en a fallu du temps, de la patience et des biberons tout en plastique pour que ces blessures là guérissent.

Et puis y a ces douleurs musculo squelettiques que je traine depuis ma grossesse. Cette hanche qui grince et me fait boiter parfois. Surtout quand on court partout pour être à l’heure.  Ce dos tout noué, maltraité de devoir porter encore et toujours plus. De caler Putois sous un bras, le sac de lange autour du cou, mon sac à main toujours et de chercher les clés de ma troisième main. Et de trimballer cette putain de poussette qui pèse trois tonnes! (Pardon, je suis fatiguée alors je jure). Et la fatigue des journées marathon qui n’aide en rien et cette terrible absence de temps qui fait que j’ai enfin une bonne excuse pour ne pas faire de sport alors que j’en ressens plus que jamais l’utilité.

Y a aussi mon bébé qui souffre et avec lequel je souffre. Celui qui me fait venir les larmes aux yeux dans ses pleurs de détresse pour un vaccin ou une bosse (de plus en plus fréquentes avec la motricité qui se développe). C’est biologique, je n’y peux rien, ce sont mes neurones miroirs.

Et puis y a le bébé qui me cogne. Tout petit mon cou était lacéré de griffures, c’est pas pour rien qu’on leur met des minis moufles. Ça devait bien faire marrer Ventre Mou. Aujourd’hui Putois m’attrape, me pétrit et m’érafle toujours de ses petits ongles. Pourtant je lui les coupe, tant bien que mal, mais rien n’y fait. Il met ses doigts dans mon nez et dans mes yeux. C’est de la curiosité. En ce moment il balance tout, surtout ses jouets, et parfois sur nous. Parfois il en prend un pour taper sur un autre, pour voir le son que ça fait. Parfois c’est nous l’autre jouet … Et puis y a les coups de pieds sur la table à langer. Tout bébé il s’agitait de mécontentement. Qu’est ce qu’on pouvait bien faire? Il n’y pouvait rien, on encaissait et on allait au plus vite. Ça a surement développé des abdos d’enfer chez Papa Breizh et consolidé mes cicatrices postpartum. Aujourd’hui c’est quand il est content que les jambes gigotent. Qu’est ce qu’on peut faire? On ne va quand même lui interdire d’être heureux! Les câlins? Des coups de boules. Y a eu des cartons rouges pour moins que ça. Ses bisous? Des morsures. Hier j’ai du lui appuyer très fermement sur la bouche pour qu’il lâche mon doigt. Il fait plein de bisous, le souci est juste qu’il sert ses mâchoires (tiens le correcteur me propose ‘hachoirs‘) de toutes ses forces.Je compte ses dents en regardant les traces sur ma peau. Mais il fait la même chose à son doudou alors je me dis que c’est de l’amour. Je le laisse faire parce que j’ai trop peur qu’il ne me fasse plus de câlin après. Oui je sais bien, rien qu’en relisant ma phrase, que c’est tordu. C’est comme ne pas dire non à son enfant de peur qu’il ne vous aime pas….ah oui, c’est exactement ça. Mais je me dis qu’il en comprend pas. Alors je lui dis ‘doucement‘, j’essaie de faire des gestes tout tendres, d’éviter les coups de râteau en plastique et j’encaisse. Je me dis qu’après tout mon corps est aussi le sien et qu’être mère fait mal.

Calin&RisetteDouleur

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De l’inavouable vérité sur mon accouchement

Quand on me demande comment s’est passé mon accouchement , je réponds « bien« . Heureusement on me demande rarement. Par contre quand je sens qu’on en attend plus que le simple « ça va » de politesse, je suis bien obligée d’avouer….

Pour vous planter le décor, il faut que je vous dise que j’avais très peur de l’accouchement. Comme beaucoup je pense. A raison, je pense. Au point de penser parfois que je n’aurai jamais d’enfant. Si vous avez déjà vu un vagin et si vous avez déjà vu une tête de bébé, vous ne pourrez que comprendre mon désarroi. Moi qui ne suis déjà pas très à l’aise avec un tampon …. Et puis souvent comme exemple de la pire douleur possible, on évoque l’accouchement. Y a aussi cette histoire d’épisiotomie qui n’est pas pour me rassurer. Ce qui ne me rassure surtout pas dans cette histoire, c’est qu’on me dise que ça ne fait pas mal car on coupe pendant une contraction. Ça veut dire que la douleur est tellement forte que même si on te coupe la chair à vif tu ne ressens rien?! .. Bref je n’étais pas emballée.

Et puis un jour le désir d’enfant a dépassé la peur et je me retrouvais enceinte. Mais vous comprendrez que lorsque la gynécologue m’a demandé comment j’envisageais mon accouchement , j’ai répondu  » peu importe mais si je pouvais ne pas être là« . J’avais quelques idées sur le déroulement des faits. J’avais vu Le Premier Cri avec une copine. Je ne voulais pas accoucher dans mon salon avec des potes et qu’une copine doive aller chercher mon placenta. D’ailleurs à ce moment là du film, mon amie et moi nous sommes retournées l’une vers l’autre en se demandant si notre amitié était assez forte pour ce genre d’épreuve … je crois qu’on a surtout décider que si on avait des enfants, ça serait à l’hôpital. J’ai vu une vidéo sur la méthode Leboyer : accouchement dans l’eau, lumière tamisée, recevoir le bébé en minimisant les agressions de l’environnement. J’ai vu un accouchement qui prônait tout le contraire, à la dure! dans la mer russe, les bébés tout nus dans la neige pour les rendre le plus forts possible. Mais au fond ce que j’attendais moi c’est que les hommes accouchent à notre place, Junior plutôt que Baby Boom. L’option secondaire envisagée, qui est pratiquée dans certaines pays, était la césarienne de ‘convenance’. Ça y est, vous hurlez? Non parce que s’il y a bien un truc qui déprime les femmes, c’est de se ‘faire voler » son accouchement par une césarienne d’urgence. On arrive finalement à passer outre en se disant qu’il y avait danger pour le bébé ou la maman. Mais alors j’ai bien retenu (de mon ardente lecture de Doctissimo et autres forums) que les césariennes de confort étaient des abominations. De toutes façons, actuellement même le fait de vouloir une péridurale est parfois mal jugé. Je ne vois pas en quoi une femme accouchant sans péri serait plus méritante. D’ailleurs pourquoi faudrait-il mériter notre petit en agonisant pendant des heures? En quoi la douleur rend-t-elle les choses plus belles? Peu-être un rapport avec notre héritage chrétien qui nous dit « tu enfanteras dans la douleur« .(Il ne faut pas prendre de plaisir à la conception non plus.) Tout ça pour nous punir d’un ancêtre lointain qui aurait goûter à un fruit défendu. Alors c’est ça l’histoire? On paye les pots cassés de nos aïeux et nos arrières petits enfants paieront les nôtres?

Mais bon, peu importe la façon dont on envisage son accouchement, ça se passe rarement comme on l’espérait. Je peux d’ores et déjà vous confier que ce n’est pas Papa Breizh qui a enfanté. J’ai suivi mes cours de préparation à la naissance qui m’ont révélé des choses encore pires que celles que je redoutais. Je massais mon périnée, je me préparais à respirer, à faire le dos rond pour la plus grosse piqûre de ma vie, à pousser et à poireauter des heures aux rythme des contractions. Pendant tout ce temps, Bébé Putois grandissait, bien confortablement posé sur ses fesses. Tellement confortablement qu’il y restait sur ses fesses. Du coup, on a commencé à me parler de césarienne. On m’a planté des aiguilles dans les doigts de pieds pour qu’il se retourne. Ça m’a immunisé contre l’acupuncture. Deux presque diplômées ont appuyé à fond sur mon bidon. Un quart de tour qu’il a fait le Putois avant de se réinstaller comme il était. On m’a fortement encouragé à la voie basse tout en me disant que j’avais le choix. « C’est un peu plus compliqué pour un siège m’a-t-on précisé, la péridurale est obligatoire » (et internet de préciser que l’épisiotomie était presque systématique). Il fallait réunir trois conditions : une maman motivée, un bébé de taille standard et un bassin adapté. J’avais des doutes sur la première condition. Bien qu’ils me laissent le choix je n’avais pas l’impression de l’avoir. J’ai fait une échographie de morphologie fœtale le lendemain de la version par manœuvre externe. Une étudiante m’a martyrisé le ventre dans tous les sens malgré mes plaintes jusqu’à ce que la la sage femme viennent prendre les mesures rapidement vu ce que j’avais subi la veille. (Si j’avais déjà du mal à me défendre contre une étudiante, j’étais mal barrée pour la suite). Bébé était dans les courbes. Quelques jours plus tard, scanner du bassin : quelques minutes d’examen suivies d’une heure d’attente pour qu’on vous remette des feuilles avec des chiffres. Je vois qu’une de mes mesures est classée dans la case ‘pathologique’ et je comprends que même si j’ai de grosses fesses, mon bassin est étroit. Et je comprends que le choix ne m’appartient plus, que ça sera une césarienne programmé. Et je suis soulagée.

Alors quand les gens me demandent, plus que par politesse, comment s’est passé mon accouchement, je leur dis que c’était une césarienne. Ils ont l’air désolé pour moi mais paraissent satisfaits de l’explication du siège. Sauf que parfois j’ajoute « j’ai pas vraiment accoucher, j’ai eu une césarienne« . Dans ma tête’ accoucher par césarienne’ c’est comme ‘allaiter au biberon’, un abus de langage pour rassurer certaines mères. Même si je ne juge absolument pas les mères à qui ça arrive, je me condamne moi-même. J’ai beau avoir été contente d’avoir ma césarienne puisque c’est ce que je souhaitais, j’ai le syndrome de l’imposteur. Je culpabilise parfois en me disant que si Putois était en siège c’est parce que je voulais une césarienne. Je ne me sens pas entièrement mère parce que je n’ai pas connu les contractions (pourtant les douleurs post opératoires douillent aussi). J’ai beau m’offusquer du besoin de souffrir pendant l’accouchement, j’ai toujours l’impression de m’excuser de ma césarienne. Et puis en lisant l’autre jour le témoignage de son accouchement voie haute sur A dada et au dodo, j’ai eu envie d’en parler aussi. D’en parler aussi par rapport aux regards qu’on porte sur ce mode d’enfantement. On entend des témoignages difficiles et d’autres rassurants, mais quand est-il quand la césarienne est un choix? Pourquoi faut-il en baver pour mettre au monde? Et si mon bassin avait eu des mesures normales et que j’avais eu le choix? Aurais-je été une mauvaise mère dès le départ si j’avais choisi la césarienne?

Calin&RisetteAccouchement