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Mon tire-allaitement

J’allaite comme j’accouche, en trichant. J’ai l’impression de choisir la facilité, l’artificiel. Ce n’est pas naturel, je me sens un peu moins mère car j’ai l’impression d’être assistée. Et pourtant c’est loin d’être facile, ni la césarienne, ni le tire-allaitement. Sous d’autres latitudes ou à un autre siècle, nous n’aurions peut-être pas survécu à mon premier accouchement et il est presque certain que nous serions morts lors de la deuxième grossesse. Voilà, je dis ça juste pour balayer un peu ma culpabilité, ménage de printemps.

Pour mon deuxième bébé, né trop jeune et trop petit, c’est avec des bouts de plastique que j’ai initié ma lactation. Il était loin de moi et surtout incapable de manger seul, on n’avait pas tellement le choix. Drôle de début pour un allaitement, le tête à tête avec une machine (enfin plutôt le téton à téterelle). Lire la suite

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De l’autre femme

Quand je le retrouve le soir et que je l’embrasse, je sens sur sa peau l’odeur de l’autre femme. Mon cœur se serre un peu en attendant que le bain la fasse disparaître. Je sais bien que tout est de ma faute. C’est moi qui l’ai poussé dans ses bras. Parce que je n’étais pas présente. Parce que j’ai fait des choix pour moi. Pour lui aussi, mais pour plus tard. Parfois je pense qu’elle le câline, qu’elle le console et qu’elle le fait rire pendant que je passe mon si précieux temps à sourire à des gens tellement moins important que lui.

Malgré tout, j’ai pris la bonne décision … je crois. Il est tellement plus raisonnable d’aller travailler, tellement plus adulte. J’ai choisi avec soin cette autre femme qui le nourrit, le fait dormir et le fait grandir. Elle a tout ce qu’il faut tout en ayant moins que moi. Elle sait rester la deuxième tout en étant la première dans son emploi du temps. Bien sûr que je souhaite que mon Petit Putois soit le plus heureux possible. Je veux qu’il l’aime et qu’elle l’aime. J’en crèverai qu’elle n’aime pas cet être si précieux mais j’en crève de jalousie qu’ils s’aiment.

Parfois je demande à Papa Breizh s’il ne la trouve pas bizarre. S’il n’a pas l’impression qu’il y a comme une gène entre nous. Il me répond que c’est sûrement parce que je suis la mère. Avec lui point de malaise. Des histoires de bonnes femmes en somme.

Parfois je lui en veux à cette autre. Parce qu’elle lui a fait goûter des courgettes pendant la diversification. Toutes les premières fois de mon bébé m’appartiennent! D’ailleurs nous avons bien expliqué au Putois qu’il devait réserver ses premiers pas pour le foyer familial. J’ai autorisé la Nounou à le pousser par terre si elle sentait qu’il était sur le point de le faire. Parfois nous différons sur certains points d’éducation, mais toujours des détails. Ce que j’ai plus de mal à digérer est la réflexion qu’elle a pu avoir quand la question du travail à  temps plein se posait pour moi. Elle m’a dit qu’elle pouvait garder Putois tous les jours, que j’étais libre de mes choix et que je pouvais y aller si c’était important pour ma carrière. Mais elle m’a aussi confié qu’elle n’aurait jamais pu travailler quand ses enfants étaient petits et qu’elle avait décidé de rester à la maison. Ça n’était pas un jugement de sa part. C’est un jugement de moi sur moi. C’est la culpabilité de la mère qui travaille pendant qu’une autre élève son enfant.

Mais je m’en fiche parce que demain c’est le weekend et j’aurai mon bébé pour moi toute seule (et un peu pour son papa aussi).

Calin&RisetteAutreFemme