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Le petit bébé et la grossesse compliquée

« Finalement tu as toujours été inquiète pour cette deuxième grossesse. » me lance ma mère. Oui….non…., je le prends un peu comme un reproche qui me renvoie à cette sale impression que j’ai ressenti quelques fois, celle qu’on me renvoyait mes angoisses en pleine poire alors que j’avais l’impression qu’elles émanaient des discours médicaux contradictoires. J’aspirais à une seconde grossesse sereine, pour réparer quelque chose du vécu traumatique de la première. Aujourd’hui je culpabilise de ne pas y être parvenu, voilà un premier deuil à faire. Lire la suite

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Ce que je partage de ma grossesse et ce que je garde pour nous

Je suis plutôt secrète sur cette deuxième grossesse. Malgré tout, au bout d’un moment (peut-être celui où le nombril dépasse les tétons et où le chaland ne se demande plus si j’ai abusé de la tartiflette ou si j’ai une brioche au four) la maternité devient une affaire publique et on se retrouve confrontée à certaines questions.

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Voilà en gros ce que j’en dis: Lire la suite

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Cacher sa grossesse

Je pourrais compter les personnes au courant de ma grossesse sur les doigts d’une main. Il me faudrait peut-être rajouter une deuxième main pour caser tout le monde. Et occulter le fait que l’annonce public sur mon blog augmente exponentiellement ce nombre, mais le virtuel ne compte pas non? Ah oui, et il faudrait ôter le personnel médical tant qu’on y est. Bon finalement y en a du monde, mais il manque certaines personnes importantes. Lire la suite

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Du désir d’être mère : vouloir un enfant plus que tout

Aujourd’hui j’étais au forum européen de bioéthique (autrement plus classe que de vous dire que j’étais à la supérette du coin me fournir en blédina). Un des thèmes de l’après-midi portait sur l’acharnement procréatif. Au delà du jugement sur certains ‘faits divers‘ hors normes, vouloir un enfant à tout prix traduit le parcours de nombreuses femmes qui subissent des interventions répétitives, des piqûres d’hormones bouleversant le corps et l’humeur et toutes une séries de protocoles comme si leur propre vie en dépendait. Alors qu’au fond, la seule chose qui les pousse est le désir d’enfant.

Petite, je ne me souviens pas d’avoir été une très gentille maman pour mes poupées. Je me rappelle cette pauvre Rosalie qui a été attachée plusieurs jours à sa chaise pour la punir d’avoir un trou au dessus de son épaule. Heureusement que j’ai davantage joué aux Barbies. Adolescente et jeune adulte, je souhaitais (dans un lointain futur) n’avoir qu’un seul enfant. Et puis je ne sais pas exactement comment c’est arrivé mais un jour le désir était là à me tordre l’utérus. C’est surement en partie une histoire de compagnon mais je crois que c’est surtout une question d’âge. Un jour je n’ai eu plus peur de prendre 25kg comme ma mère et de finir lacerée de vergetures. Je n’ai plus eu peur de l’épisiotomie, ce geste où on vous coupe à vif mais que vous ne ressentez même pas tellement les contractions sont douloureuses. Je n’ai plus eu peur de cette énorme aiguille de péridurale, des ces cent cinquante mille prises de sang et je ne sais quelle autre torture. En réalité, j’avais toujours aussi peur mais le désir était plus fort.

Pourtant je comprends parfaitement le choix de ne avoir d’enfant. Je trouve que d’ailleurs rationnellement c’est bien plus sage. Mais la raison ne rentre pas dans le débat. Ce n’est pas le cœur non plus. C’est une histoire de tripes, ou plutôt d’organes génitaux. Pendant les quelques mois de discussions pré bébé, j’ai navigué dans les flots de l’ambivalence entre l’envie et la peur. Je me souviens quand on est allé chercher notre chat. On parlais déjà bébé mais on attendait avant de se lancer. J’avais un chaton sur les genoux et le caressais longuement occultant complètement la discussion des gens autour. Avec mon autre main je tenais mon ventre. Ce qui a fait dire à l’oncle de Papa Breizh : « C’est pas un chat qu’il lui faut, c’est un bébé! » Il avait tellement raison. D’ailleurs je me souviens quand le bébé chat fraichement adopté s’est mis à miauler de peur au milieu de la nuit. Nous nous sommes levés et avons jouer avec lui pour l’apaiser. Je me suis alors dit que j’étais prête. Quelques mois plus tard, j’étais enceinte.

Durant ce forum les médecins n’ont eu de cesse de nous alerter sur l’âge des femmes qui se décidaient de plus en plus tard (et qui était un facteur expliquant l’augmentation des techniques de procréation médicalement assistée). J’ai ressenti une certaine pression tout au long de l’exposé. On ne peux clairement pas tout faire (du moins pas en même temps) : la carrière, le couple et la maternité (et être une super blogueuse). Mes camarades de forum, deux trentenaires sans enfant et avec une situation stable (mon dieu que c’est raccourci) ont eu cette même sensation. Je me rappelle également d’un passage du Conflit, le femme et la mère, dans lequel E. Badinter expliquait que faire un enfant était parfois une alternative à une situation professionnelle médiocre, ce qui en temps de crise est particulièrement parlant. M. Bydlowski parlait aussi de l’enfant comme valeur refuge. Je sais que dans mon cas, ma situation professionnelle précaire a surement été un facteur. Mais ne tombons pas non plus dans la caricature de la femme qui fait des enfants pour se la couler douce à la maison et profiter des allocations familiales. Je crois qu’on sait toutes (malheureusement pas tous) le peu de fondement de cette caricature.

Et puis en ce moment le désir du deuxième me titille comme jamais. J’en avais déjà parlé mais c’est pire que jamais. Je ne suis pas la seule je sais bien puisque j’ai vu fleurir plusieurs articles de cet ordre là chez les copines. Certaines ont même déjà franchi le pas du deuxième. Pour ma part, le timing n’est pas parfait même si l’horloge tourne. N’empêche que je me retrouve de plus en plus souvent à errer dans les rayons 0-3 mois. Et l’autre jour j’ai vraiment senti mon utérus faire un tour sur lui même devant un tout petit pyjama taille naissance. Je me demande si ça leur arrive aux hommes d’avoir les testicules qui chatouillent.

Calin&RisetteDésirEnfantCrédit photo : http://www.liliweb.fr/

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De la douleur d’être mère

Quand Ventre Mou était encore chaton, je me souviens avoir regardé mes avants bras lacérés et m’être dit  » Au moins un bébé ne me mordra pas, ni ne me griffera. » ….

On nous prévient de certains aspects négatifs de la maternité : la culpabilité, le jugement des autres, la fatigue, le burn out … Mais on évoque si peu la douleur physique. On va jusqu’à pousser le vice en parlant d’accouchement ‘sans douleur‘. Mais la vérité est qu’être mère fait mal.

Pour moi, cela a débuté dès les premiers jours. Quand Putois n’était même pas de la taille d’un petit pois. L’impression d’un syndrome prémenstruel bien hormoné. Tensions désagréables dans le bas ventre et sensations de seins au bord de l’explosion. A mesure que le ventre s’arrondit, on nous serine que la grossesse n’est pas une maladie. Personnellement je n’ai jamais vu aussi souvent le médecin! Rien de grave, juste des ‘petits‘ maux de grossesse. Des tensions dans le bidon et la poitrine, tout deux atteignant des proportions extraordinaires en quelques mois. Des remontées acides qui brûlent l’œsophage. Le dos en compote, au point qu’une demi heure de tricot au huitième mois me contraignait à passer deux heures allongée ensuite. Et cette douleur aux côtes permanente les dernières semaines, comme un hématome sur lequel on exerce une pression continue. La tête de Putois bien logée entre le bas de ma cage thoracique et mon estomac, me contraignant à manger comme un moineau et à ne surtout pas trop respirer. Je pense que c’est la conjugaison de ces minuscules désagréments de la femme enceinte qui pousse à aller en courant (au sens littéral) à l’accouchement pourtant anxiogène au possible.

Un petit tour au passage pour évoquer les gestes médicaux adjacents : échographie endovaginale, tripotage de col et prise de sang multiple. En plus pour moi, un peu d’acupuncture pour faire faire la pirouette à la crevette. L’acupuncture ne fait pas mal me direz vous. Et bien sachez que ça dépend de l’endroit où on vous enfonce l’aiguille, la face externe du petit doigt de pied étant une zone particulièrement sensible.  » C’est dommage de découvrir l’acupuncture avec ce point là » a même admis la sage femme piqueuse. En bonus de l’acupuncture (qui n’a fait que renforcer ma trouille des aiguilles), j’ai une le droit à la version par manœuvre externe : comment deux médecins appuient sur le bidon à fond les ballons pour que le bébé à l’intérieur de ton corps se retourne. Le bonus du bonus était la petite étudiante, qui le lendemain m’a fait subir une échographie très appliquée appuyant encore et encore sur mon ventre meurtri, malgré mes protestations.

La suite? Est-ce que ça vaut la peine que je vous parle des douleurs de l’accouchement? De mon côté, c’était césarienne programmée. Les contractions que j’ai connues ont tout au plus été gênantes mais jamais douloureuses au point de hurler. Le moment le plus traumatique de mon accouchement reste la pose de la perfusion. Du coup, vous pensez surement que j’ai eu un enfantement idyllique alors que j’ai juste eu une pose de perf merdique. J’ai eu l’impression que l’infirmier s’acharnait sur ma main, charcutant dans tous les sens avant de changer de main pour recommencer. Je me souviens quand l’infirmière qui a retiré le tuyau, a dû forcer pour tourner la petite molette à tel point que j’ai peur qu’elle ne m’arrache la peau. Je me souviens des quelques gouttes de sang qui ont giclé sur mon visage. Mais aussi du soulagement quand on a mis un gros bandage sur ma main, ôtant de ma vue cette grosse aiguille plantée dans ma chair. Pendant les deux jours où le cathéter est resté, j’ai délaissé cette main. Je vous ai dit que j’étais une chochotte des piqûres? La pose de la rachianesthésie s’est révélée elle aussi folklorique. Il a fallu vingt minutes d’essai infructueux à me troutrouter le bas du dos avant que l’interne ne passe la seringue à son sénior. Le reste est surement encore pire mais se passait bien heureusement de l’autre côté du champ. L’aspect vicieux de la césarienne est qu’on morfle après. Une fois qu’on a le moufflet et qu’on ne peut même plus sublimer la douleur. On a mal quand on respire, quand on bouge, quand tousse ou quand on rit. Et puis s’en suivent trois semaines d’injections quotidienne contre la phlébite. Ça ne fait pas mal qu’ils disent, c’est qu’ils n’ont jamais été piqué dans une cuisse tétanisée de stress.

Et puis y a l’allaitement. La grand mère du patron de Papa Breizh (je soigne mes références) disait que l’allaitement était pire que l’accouchement. Sur le coup je ne peux qu’approuver. Pourtant je n’ai même pas saigné. On a parlé de rougeurs, de muguet peut-être, j’ai eu quelques canaux bouchés. Mais ce que je sais c’est que j’ai beaucoup pleuré de douleur. C’est que j’ai voulu arrêter cent fois. Et qu’un jour, le poupon tout rose m’a fait tellement mal que j’ai eu une furieuse envie de lui mettre une énorme beigne  par réflexe. Je sais que mes mains ont souvent été crispées sur sa couche et mes dents serrées. Il en a fallu du temps, de la patience et des biberons tout en plastique pour que ces blessures là guérissent.

Et puis y a ces douleurs musculo squelettiques que je traine depuis ma grossesse. Cette hanche qui grince et me fait boiter parfois. Surtout quand on court partout pour être à l’heure.  Ce dos tout noué, maltraité de devoir porter encore et toujours plus. De caler Putois sous un bras, le sac de lange autour du cou, mon sac à main toujours et de chercher les clés de ma troisième main. Et de trimballer cette putain de poussette qui pèse trois tonnes! (Pardon, je suis fatiguée alors je jure). Et la fatigue des journées marathon qui n’aide en rien et cette terrible absence de temps qui fait que j’ai enfin une bonne excuse pour ne pas faire de sport alors que j’en ressens plus que jamais l’utilité.

Y a aussi mon bébé qui souffre et avec lequel je souffre. Celui qui me fait venir les larmes aux yeux dans ses pleurs de détresse pour un vaccin ou une bosse (de plus en plus fréquentes avec la motricité qui se développe). C’est biologique, je n’y peux rien, ce sont mes neurones miroirs.

Et puis y a le bébé qui me cogne. Tout petit mon cou était lacéré de griffures, c’est pas pour rien qu’on leur met des minis moufles. Ça devait bien faire marrer Ventre Mou. Aujourd’hui Putois m’attrape, me pétrit et m’érafle toujours de ses petits ongles. Pourtant je lui les coupe, tant bien que mal, mais rien n’y fait. Il met ses doigts dans mon nez et dans mes yeux. C’est de la curiosité. En ce moment il balance tout, surtout ses jouets, et parfois sur nous. Parfois il en prend un pour taper sur un autre, pour voir le son que ça fait. Parfois c’est nous l’autre jouet … Et puis y a les coups de pieds sur la table à langer. Tout bébé il s’agitait de mécontentement. Qu’est ce qu’on pouvait bien faire? Il n’y pouvait rien, on encaissait et on allait au plus vite. Ça a surement développé des abdos d’enfer chez Papa Breizh et consolidé mes cicatrices postpartum. Aujourd’hui c’est quand il est content que les jambes gigotent. Qu’est ce qu’on peut faire? On ne va quand même lui interdire d’être heureux! Les câlins? Des coups de boules. Y a eu des cartons rouges pour moins que ça. Ses bisous? Des morsures. Hier j’ai du lui appuyer très fermement sur la bouche pour qu’il lâche mon doigt. Il fait plein de bisous, le souci est juste qu’il sert ses mâchoires (tiens le correcteur me propose ‘hachoirs‘) de toutes ses forces.Je compte ses dents en regardant les traces sur ma peau. Mais il fait la même chose à son doudou alors je me dis que c’est de l’amour. Je le laisse faire parce que j’ai trop peur qu’il ne me fasse plus de câlin après. Oui je sais bien, rien qu’en relisant ma phrase, que c’est tordu. C’est comme ne pas dire non à son enfant de peur qu’il ne vous aime pas….ah oui, c’est exactement ça. Mais je me dis qu’il en comprend pas. Alors je lui dis ‘doucement‘, j’essaie de faire des gestes tout tendres, d’éviter les coups de râteau en plastique et j’encaisse. Je me dis qu’après tout mon corps est aussi le sien et qu’être mère fait mal.

Calin&RisetteDouleur

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Du temps qui passe, de l’attente, des souvenirs et du moment présent

J’ai attendu avant de faire pipi sur ce foutu bout de plastique. Attendu parce que tant que rien n’était fait, j’avais peut-être un petit habitant dans le bidon. Attendu, parce tant que rien n’était fait, ma vie était toujours la même. Et puis un petit pissou et tout change, mais pas tant que ça non plus.

On a attendu le rendez-vous chez la gynécologue. On a attendu la première échographie et la date des trois mois  pour le dire à tout le monde. On a retenu notre souffle pendant cette période où le risque de fausse couche est si important. On a arrêté de respirer jusqu’aux résultats du dépistage de la trisomie qui ont pris deux semaines de plus car le logiciel de calculs était en panne. On s’est dit que ça serait plus facile à réaliser quand mon ventre serait plus rond, quand on connaitrait le sexe, quand on le sentirait bouger. Mais je crois que même quand le bébé est arrivé on n’avait toujours pas bien compris. Mon Dieu que cette grossesse était longue. A attendre chaque semaine qui passe pour voir sur internet à quoi pouvait bien ressembler petit fœtus. Et pourtant à la fin j’aurais bien aimé quelques jours de plus pour avoir le temps de déballer mes cartons de déménagement.

On avait si peur de le perdre qu’on a retenu notre souffle pendant neuf mois. Mais quand il est arrivé, on n’a plus eu le temps de respirer. J’ai attendu qu’on me recouse et attendu de le voir. J’ai attendu de pouvoir me remettre debout, attendu de retourner dans la chambre, attendu la montée de lait, attendu le bain, attendu que Papa Breizh vienne et attendu de rentrer à la maison. J’ai attendu le lundi pour aller peser le nourrisson à la permanence de la PMI et la semaine suivante pour rencontrer le docteur et savoir si tout allait bien. J’ai essayé d’attendre le cap des un mois pour que les douleurs de l’allaitement s’estompent, j’ai pleuré et à trois semaines et demi je lui ai donné le biberon. J’ai attendu le cap des trois mois pour que les pleurs du soir s’estompent. Et on a attendu des milliards d’heures qu’il s’endorme enfin.

Les gens ont dit : »Comme il est petit! Profitez en ça passe si vite!« . Les gens sont fous, ça a duré une éternité. Comme nous l’avons attendu cette barre des trois mois, des cent jours, la fin de ce quatrième trimestre de grossesse pour reprendre enfin notre souffle. Pour pouvoir dormir, se laver, manger chaud. On ne s’était pas rendu compte mais on avait déjà recommencer à respirer. On avait réussi à manger ensemble, à refaire la cuisine, à pouvoir faire des combos douche-shampoing-épilation et même à ouvrir un blog.

Et pendant que le petit dort je regarde les photos de lui. J’ai pris des centaines de photographies, j’ai fait des films aussi. Je me dis : « Comme il était petit« , je pense que le temps a filé et que je n’en ai pas assez profité. Les gens sont sages, il m’avaient pourtant prévenue. Je regrette de ne pas pouvoir retourner dans le passé. Aujourd’hui j’arriverais à mieux gérer les pleurs du soirs. Je me rappelle encore ses regards paniqués quand on le posait dans son lit, je saurais l’apaiser maintenant. Je serais moins brusque. J’aurais moins peur. Si j’avais su, je n’aurais pas couru après les minutes de sommeil, je serais restée éveillé tout le temps, chaque instant, pour le voir pousser si vite. Je regarde les photos et je me dis que je n’en ai pas pris assez. J’en ai si peu de la maternité. Je n’en ai même pas avec son petit body bleu avec des nuages. Et maintenant c’est trop tard. Trop tard. Trop tard, il ne rentre plus dedans. Ça sera pour le prochain. Pour le prochain, je ferai plus de photos de maternité. Je ferai des photos avec le body bleu à nuages. Alors j’attends le prochain.

Pourtant des photos, j’en ai faites des tonnes. Parce que j’en ai très peu des photos de moi petite et que ça me rend un peu triste. Et puis aussi pour garder tout ça en mémoire. Toutes ces premières fois. Toutes ces choses si précieuses et si importantes qu’on pense ne jamais oublier. Mais qu’on oublie quand même. Parce qu’après mon accouchement je me suis dis « Plus jamais » et que je le referai quand même, et pareil pour l’allaitement, et pareil pour les trois premiers mois. Parce qu’on oublie.

Je râle contre Papa Breizh qui ne prend pas assez de photos avec Bébé Putois et moi. Parce que je pense au moment où l’Ado Putois regardera ces photos en se moquant bien de la coupe trop ringarde de sa mère et des fringues has been de son père. Je pense aux enfants de Monsieur Putois qui regarderons les albums et qui verrons que Mamie Nouille et Papi Breizh auront été jeunes un jour. J’ai acheté les albums mais ils sont encore emballés. J’ai aussi de quoi mouler son empreinte de petite mimine mais la main a déjà tellement grandit et je ne l’ai toujours pas fait. Mais je prends des photos pour figer ces souvenirs. Et j’écris aussi. Je me dis que peut-être j’imprimerai tout ça et je lui donnerai quand il deviendra papa mon Putois.

Et pendant que je fige le temps avec mon appareil je pense : « Vivement qu’on puisse faire de la peinture, de la pâte à modeler et des gommettes ensemble« . Je nous vois assis autour de la table du salon. J’imagine que ça va être chouette de goûter pleins de légumes. J’ai un peu peur de la marche et de la réorganisation de l’appartement qui ira de pair. Je me demande quand ont lieu les inscriptions à la maternelle. J’ai hâte qu’il voit le Roi Lion. Je me dis que ça serait bien qu’il aille à la sieste pour que j’ai un peu de temps pour moi. Je pense qu’il faut qu’il se réveille et qu’il mange  sinon ça va décaler toute la journée. J’attends le weekend avec impatience. J’attends le retour de Papa Breizh pour lui refiler le bébé (au sens propre du terme). Tout à l’heure on ira se promener. Demain il faut aller chez Nounou ….

Et parfois alors que je m’émeut en regardant des photos de lui je me dis que je suis con parce que Bébé Putois est juste là, à côté de moi, à jouer tout seul. Alors j’arrête et je vais le rejoindre. Il lève les yeux et me fait un grand sourire.On fait des roulés boulés et on discute de chose très intéressantes. Je lui chante beaucoup de comptines et pense que j’ai beaucoup de chance d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui appréciait mon talent artistique à sa juste valeur.

Parfois je le prends dans mes bras et il sourit pendant que je lui chuchote des choses dans l’oreille et lui fait des bisous dans le cou.

Souvent Papa Breizh vient le prendre pour aller jouer, faire l’avion et tenter le concours de chatouille. Moi je les regarde en souriant.

Presque toujours, les changements de couches prennent trois plombes. Parce que d’abord on doit débriefer sur tout ce qu’il se passe, et Bébé Putois a toujours beaucoup d’arguments. Puis on doit chanter plusieurs chansons pour voir quelle est notre préférée du jour. On doit bien vérifier si les petits pieds sont toujours chatouilleux. On regarde si les images de la couche nous plaisent et on essaye de trouver ce qui provoquera un éclat de rire.

Et y a le moment du bain aussi où il se lance dans un long monologue tout en nous éclaboussant. Et l’histoire du soir aussi, quand il tient le livre, regarde les images et rigole quand je prends de drôles de voix. Et ces moments où ils se tourne vers nous en souriant nous rappelant qu’il est là. Et je ne vous parle même pas des regards énamourés. Tous ces petits moments, où on est bien là tous les trois à respirer le bonheur à pleins poumons.

Calin&RisetteTempsQuiPasse