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Nos 18 mois

Je crois que ça a commencé avec l’article de Mam’Weena qui présentait les 18 mois comme une période charnière. Elle y évoquait le développement du langage, l’autonomisation de l’habillage et la sacrosainte propreté. Nous, on respirait à peine que le Putois tienne enfin sur ses guibolles. Bien sûr que non, on ne fait pas la course. Quand la première bougie est soufflée et que le petit use encore ses genouillères, on se dit qu’il faut le laisser grandir à son rythme, la motricité libre, tout ça, tout ça… Et puis les semaines et les mois passent et on se demande si ce crane tout tordu de nourrisson n’a pas empêché une aire cérébrale de pousser comme il faut. Alors quand le bébé marche enfin, on respire. Enfin un peu. Parce qu’au début, il tombe. Beaucoup. On se dit que pour le prix Nobel c’est raté mais on espère que l’aire du pipi au pot survivra. Et puis on rerespire, les dérapages sont mieux contrôlés. On reprend son rythme de croisière …. oui mais non, tout le reste arrive : l’enfant doit tirer un jouet roulant en marchant, dire quelques mots, résoudre une équation du second degré, décortiquer une crevette avec des couverts … Bon on se calme, chaque enfant grandit à son rythme, tout ça, tout ça …

Et puis je tombe sur les descriptions des 18 mois de Pierre et de Feu Folet. Bien sur que je sais qu’il ne faut pas comparer, chaque enfant est différent, tout ça, tout ça. N’empêche, je compare. Oh allez, on le fait tous! On regarde les enfants qui passent dans les poussettes, on dit qu’ils sont mignons et intérieurement on pense que le notre est plus beau. C’est pas toujours pour gagner qu’on le fait, c’est aussi pour se rassurer, savoir qu’on est dans les clous. Donc dans les descriptions des ces deux petits garçons qui ont le même âge que le mien, je ne reconnais pas mon Putois.

Ce que Mam’Weena rapporte des exploits moteurs de son fils, m’a toujours bluffé. Moi j’ai longtemps cru que Petit Putois allait devoir être renommé Petit Baleineau échoué sur la plage, tant ses capacités physiques frôlaient celles du gastéropodes. Aujourd’hui la marche, bien qu’acquise tardivement, semble bien intégrée. D’ailleurs en ce moment, il ne marche plus mais il court partout en poussant des cris de joie. Et puis il aime bien avancer sur la pointe des pieds. Papa Breizh qui trouve ce comportement féminin, pense que c’est parce que je lui mets trop de leggings. Moi ça me fait craquer (mais je me dis que c’est peut être parce qu’on lui a laissé longtemps des chaussures trop petites…).

Quant au fils de Die Franzoesin, vous avez lu comme il est malin et qu’il parle bien? Putois parle toute la journée. Il raconte, interroge, chante ou t’engueule. Et il s’assure d’avoir ton attention pour tout ça en te tapant résolument sur l’épaule dès que tu regardes ailleurs. Sauf que nous ne comprenons rien. On répond quand même, on n’est pas comme ça. Le vocabulaire est restreint. On voit bien cela dit qu’il comprend de plus en plus de choses. Il ramène toujours la deuxième chaussure, quelque soit la paire que nous enfilons. Il sait quand crier Aaaaghh et quand faire semblant de tousser dans l’histoire de l’Hipopotame qui avait le hoquet. Il me rend bien gentiment les joujoux qu’il a en main avant de sortir de la maison. D’ailleurs c’est drôle, il faut toujours qu’il en ait trois (complexe d’Oedipe précoce?). Côté motricité fine, c’est un travail d’équipe : maman construit des pyramides et il les détruit. Sa passion est de mettre des trucs dans des bidules et de les renverser, et de recommencer. Bon quand même, maintenant il sait insérer les cylindres dans les trous ronds, les cubes dans les trous carrés et les étoiles dans les trous étoilées.

Alors qu’est ce qu’il lui reste à mon Putois? Il lui reste le bonheur. L’autre jour Nounou me demandait :  » Il faudra quand même que vous me donniez votre secret, car le Putois est toujours heureux. Il est toujours souriant et partant pour faire une activité. » C’est vrai qu’il est solaire mon bébé. Il a la pèche tout le temps, même malade. Il rigole beaucoup, court partout, chante et danse à longueur de journée. Il fait la causette à tout le monde. Bon quand il est pas d’accord, il sait très bien se faire comprendre aussi. Et puis quand il est fatigué, il grimpe sur le canapé, se blottit dans nos bras et nous fait un énorme câlin.

Calin&Risette18mois

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De ce petit garçon que je ne connais pas

Ce soir là je rentre tard, Petit Putois m’ouvre la porte. Enfin j’exagère. Moi j’ouvre la porte, je lui cogne dedans puisqu’il trainait par là et je lui lance : « hey, c’est toi qui m’ouvre ce soir! » pour qu’on oublie tout les deux qu’on est passé à deux doigts de la bosse. Il me tend fièrement les deux petites gourdes réutilisables qu’il est allé chipées dans le placard. Je gueule un peu sur Papa Breizh pour qu’il ne le laisse pas jouer avec. Ça ne fait pas très sérieux de trimballer par terre des objets dans lesquels on mange. Il lui retire, le petit pleure et se reprend. Il file dans la cuisine et revient avec une compote dans une main, un yaourt dans l’autre. Les mains occupées, tu comprends bien qu’il ne lui reste que les pieds pour avancer. Ben oui, il marche!

Ça s’est passé il y a quelques jours. Je rentrais du bureau. Comme quoi, c’est toujours à ce moment là que les histoires commencent. La fatalité de la mère qui travaille. Je lance à Papa Breizh : « Alors, il marche? » sur le ton de la boutade. Il me répond oui. Le con! Comme ça. Moi, au milieu du couloir. Je n’y ai pas cru. Je me suis quand même assise par terre. C’est plus commode pour ôter ses chaussures et encaisser les chocs. Il me dit : « t’as pas vu sur son cahier? » (le cahier de liaison avec Nounou). Je vais voir le cahier. Lundi : nuit 20.30 – 6.30, Bib 120ml (le lundi, le réveil est difficile), change. L’écriture de Papa Breizh. Rien de la part de Nounou (le lundi, la reprise est difficile). Je l’interroge. Il me révèle que l’assistante maternelle lui a dit quelque chose du genre : « Vous ne m’aviez pas prévenu qu’il marchait, il a gambadé toute la matinée chez Martine« . C’est qui Martine? Tu l’as connais toi? Moi non plus. Nounou nous a informé ce matin : « on ira chez Martine tout à l’heure, c’est une collègue« . (elle fait du co-nursing). Et voilà que Petit Putois se met à marcher chez cette Martine! Papa Breizh me rassure, il marchait déjà. Il me montre, s’éloigne un peu avec le petit et le lâche. Un pas, deux trois et le bébé me tombe dans les bras. De l’un à l’autre, quelques pas en équilibre. D’accord! Peut-être vers moi, ou lui, mais de là à marcher chez Martine! Je suis toujours assise dans le couloir, j’ai enlevé mes chaussures maintenant. J’ai le sens de la tragédie mais pas toujours le talent. « Ton fils grandit » qu’il me lance le grand gland.

Bon,sur le coup, je n’y crois pas trop à cette marche. Deux ou trois pas, ça n’est pas marcher. Dix peut être ? A partir de combien de grains de sable parle-t-on d’un tas de sable ? Quand il a fait du quatre pattes j’étais là, on a même une vidéo, c’est dire si on est des bons parents. La première fois qu’il s’est levé tout seul ? Dans la salle de bain de mes parents pour voir l’eau couler dans la baignoire. (Même si mon beau-père m’a soutenu un instant qu’il l’avait déjà fait un peu plus tôt. « Quoi ? Sans que je le vois, mon propre fils, la chair de ma chair ? J’aurais raté cette précieuse première fois ? ». Il a admis qu’il s’était peut-être trompé. Tragédienne je te dis.)

Enfin là, quand je le vois faire des allers retours dans le couloir avec ses deux desserts, c’est sûr, il marche. Quelques jours pour digérer. Maintenant je n’ai plus besoin de rester assise après m’être déchaussée. Papa Breizh me lance : « Tu t’en occupes, je vais faire à manger en écoutant un podcast de football ! ». (Je ne sais pas où situer mon homme dans les stéréotypes.) On décide de faire sa fête au petit brassé sucré de la main droite. Dans un élan de je-suis-une-bonne-mère-qui-encourage-le-développement-de-l’autonomie je le laisse manger seul. Enfin tenir sa cuillère seul, je suis quand même restée lui faire la conversation. Il y arrive, très bien. Bien sûr il en met à côté, mais pas tant que ça pour une première. Il finit le pot (avec les doigts). Il est si fier. Je m’assiérais bien par terre mais j’ai déjà enlevé mes chaussures. Il est quand même tout crado à la fin. Il a les doigts si pleins de yaourt que le pot ne cesse de lui glisser des mains, ça le fait hurler de rire. J’essaye de lui retirer la cuillère pour le débarbouiller, il la sert plus fort, montre les dents et grogne. Le voilà qui recommence …

Il y a cette face là qu’on découvre. Le petit impatient, le nerveux, le têtu. Avec son père, on se dit qu’on découvre son caractère (et vu les pommiers, la pomme est belle!). Il chouine, grogne, fronce les sourcils. Le matin par exemple, une fois la veste enfilée, il râle non stop jusqu’à ce qu’on soit en route. L’autre jour, quand Papa Breizh est allé le récupérer chez Nounou, il a pleuré et s’est couché par terre (il m’a fait le coup à la médiathèque). Quand on lui dit non, il nous regarde en souriant et continue. Parfois, il se fâche et ses gestes deviennent nerveux. On dirait presque qu’il nous tape. Le soir il tourne en rond, il veut qu’on le prenne, puis qu’on le lâche, puis qu’on le prenne… sans fin. Il s’agite, s’impatiente et s’énerve. *

Je m’interroge. Où est passé mon poupon tout sage ? Perçoit-il des tensions familiales ? Il est vrai qu’entre Papa Breizh et moi, c’est souvent explosif, question caractère, on est bien servi. Est-ce qu’on ne s’occupe pas assez de lui ? Il est vrai qu’on est souvent éreinté et qu’on ne lui propose pas toujours des activités intéressantes. Buller devant la télévision séduit plus l’adolescent que le bambin en quête d’aventures. Il faut bien les laisser s’ennuyer pour développer leur imaginaire non ? J’en parle à Nounou qui me rétorque qu’il n’est pas un enfant calme. On m’a pourtant tellement dit qu’il était un enfant facile. « Il n’est pas difficile, il est curieux, plein de vie », elle a l’air de le connaître mieux que moi. Je cherche sur internet si la crise des deux ans commence à quinze mois. Je me questionne sur ses râleries permanentes : opposition constructrice d’un espace psychique autonome ou symptôme bruyant d’un mal être intrafamiliale ?

Je crois que maintenant je vais prendre quelques jours de vacances pour le retrouver. Je crois que je vais l’emmener au parc au lieu de me reposer sur le canapé. Je crois que je vais le regarder grandir.

Calin&RisettePetitGarconQueJeNeConnaisPAs

* Ma mère m’a toujours dit que j’avais été un bébé facile et que les seules fois où j’avais été pénible précédaient l’émergence d’une maladie infantile. Quelques jours après la rédaction de cet article, Petit Putois déclenchait une otite perforée …. Il n’en reste pas moins têtu aujourd’hui mais sa nervosité ne file plus dans tous les sens.