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Du temps qui file

Hier encore t’avais vingt jours mon Putois. T’étais si petit qu’on avait peur de te briser en te serrant un peu trop. Tu criais de toutes tes forces de petit animal et on ne comprenait pas. Parfois on pleurait aussi . Et puis on s’apprivoisait.

Avant hier, j’ai dû me concentrer pour viser une petite bande de plastique sans me mettre du pipi sur les doigts. La petite commission la plus importante de ma vie. Je caressais mon ventre en attendant qu’il grossisse. C’était si long que parfois je n’en dormais plus de t’attendre. Et puis tu gigotais, tu étais à l’étroit et ça tirait partout dans mon corps. Tu te rappelles ma belette, notre première rencontre? J’ai beau l’avoir vécu, ce n’est pas beaucoup plus réaliste qu’un rêve, flou, étrange, suspendu. Les mois qui ont suivi ont rendu tout ça réel. Les poches sous les yeux mettent toujours de la vérité, c’est la différence avec le cinéma.

Aujourd’hui, ça fait bien longtemps que tu as oublié l’odeur de mes seins que tu ne voulais pas lâcher. Tu es souvent bien pressé de quitter mes bras pour aller galoper mon petit lapin. Il n’y a plus guère que mes trous de nez qui t’intéressent encore même si j’attends impatiemment que cette phase s’envole aussi.

Et demain mon petit chat, nous irons chez les papis et les mamies pour fêter ton premier anniversaire. Tu leur montreras toutes ces nouvelles choses que tu sais faire, petit campagnol. Ils seront fous de toi et moi je serai si fière. Et mon cœur de maman sera un peu serré de te voir si grand mais tu saura le faire fondre avec ton sourire à quatre dents (peut-être cinq ou six d’ici là). Après demain ta première rentrée. Je te promets de ne pas pleurer mais je ne te garantie pas de tenir mes promesses. Je le ferai une fois que je me serai retournée, les mamans ont leurs secrets aussi. Moi qui rêve de grasses matinées je sais bien que tout bientôt je me battrai avec toi pour que tu sortes du lit avant la mi-journée. Surement qu’à ce moment là tu seras déjà plus grand que moi. Et puis la semaine prochaine, tu m’appelleras pour me dire que tu vas devenir papa, et tu comprendras tout ça.

En attendant je respire ton odeur de bébé dans ton petit cou tout chaud et je te chatouille jusqu’à ce que tu rigoles tellement que tu attrapes le hoquet.

Calin&RisetteTempsFile

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Du temps qui passe, de l’attente, des souvenirs et du moment présent

J’ai attendu avant de faire pipi sur ce foutu bout de plastique. Attendu parce que tant que rien n’était fait, j’avais peut-être un petit habitant dans le bidon. Attendu, parce tant que rien n’était fait, ma vie était toujours la même. Et puis un petit pissou et tout change, mais pas tant que ça non plus.

On a attendu le rendez-vous chez la gynécologue. On a attendu la première échographie et la date des trois mois  pour le dire à tout le monde. On a retenu notre souffle pendant cette période où le risque de fausse couche est si important. On a arrêté de respirer jusqu’aux résultats du dépistage de la trisomie qui ont pris deux semaines de plus car le logiciel de calculs était en panne. On s’est dit que ça serait plus facile à réaliser quand mon ventre serait plus rond, quand on connaitrait le sexe, quand on le sentirait bouger. Mais je crois que même quand le bébé est arrivé on n’avait toujours pas bien compris. Mon Dieu que cette grossesse était longue. A attendre chaque semaine qui passe pour voir sur internet à quoi pouvait bien ressembler petit fœtus. Et pourtant à la fin j’aurais bien aimé quelques jours de plus pour avoir le temps de déballer mes cartons de déménagement.

On avait si peur de le perdre qu’on a retenu notre souffle pendant neuf mois. Mais quand il est arrivé, on n’a plus eu le temps de respirer. J’ai attendu qu’on me recouse et attendu de le voir. J’ai attendu de pouvoir me remettre debout, attendu de retourner dans la chambre, attendu la montée de lait, attendu le bain, attendu que Papa Breizh vienne et attendu de rentrer à la maison. J’ai attendu le lundi pour aller peser le nourrisson à la permanence de la PMI et la semaine suivante pour rencontrer le docteur et savoir si tout allait bien. J’ai essayé d’attendre le cap des un mois pour que les douleurs de l’allaitement s’estompent, j’ai pleuré et à trois semaines et demi je lui ai donné le biberon. J’ai attendu le cap des trois mois pour que les pleurs du soir s’estompent. Et on a attendu des milliards d’heures qu’il s’endorme enfin.

Les gens ont dit : »Comme il est petit! Profitez en ça passe si vite!« . Les gens sont fous, ça a duré une éternité. Comme nous l’avons attendu cette barre des trois mois, des cent jours, la fin de ce quatrième trimestre de grossesse pour reprendre enfin notre souffle. Pour pouvoir dormir, se laver, manger chaud. On ne s’était pas rendu compte mais on avait déjà recommencer à respirer. On avait réussi à manger ensemble, à refaire la cuisine, à pouvoir faire des combos douche-shampoing-épilation et même à ouvrir un blog.

Et pendant que le petit dort je regarde les photos de lui. J’ai pris des centaines de photographies, j’ai fait des films aussi. Je me dis : « Comme il était petit« , je pense que le temps a filé et que je n’en ai pas assez profité. Les gens sont sages, il m’avaient pourtant prévenue. Je regrette de ne pas pouvoir retourner dans le passé. Aujourd’hui j’arriverais à mieux gérer les pleurs du soirs. Je me rappelle encore ses regards paniqués quand on le posait dans son lit, je saurais l’apaiser maintenant. Je serais moins brusque. J’aurais moins peur. Si j’avais su, je n’aurais pas couru après les minutes de sommeil, je serais restée éveillé tout le temps, chaque instant, pour le voir pousser si vite. Je regarde les photos et je me dis que je n’en ai pas pris assez. J’en ai si peu de la maternité. Je n’en ai même pas avec son petit body bleu avec des nuages. Et maintenant c’est trop tard. Trop tard. Trop tard, il ne rentre plus dedans. Ça sera pour le prochain. Pour le prochain, je ferai plus de photos de maternité. Je ferai des photos avec le body bleu à nuages. Alors j’attends le prochain.

Pourtant des photos, j’en ai faites des tonnes. Parce que j’en ai très peu des photos de moi petite et que ça me rend un peu triste. Et puis aussi pour garder tout ça en mémoire. Toutes ces premières fois. Toutes ces choses si précieuses et si importantes qu’on pense ne jamais oublier. Mais qu’on oublie quand même. Parce qu’après mon accouchement je me suis dis « Plus jamais » et que je le referai quand même, et pareil pour l’allaitement, et pareil pour les trois premiers mois. Parce qu’on oublie.

Je râle contre Papa Breizh qui ne prend pas assez de photos avec Bébé Putois et moi. Parce que je pense au moment où l’Ado Putois regardera ces photos en se moquant bien de la coupe trop ringarde de sa mère et des fringues has been de son père. Je pense aux enfants de Monsieur Putois qui regarderons les albums et qui verrons que Mamie Nouille et Papi Breizh auront été jeunes un jour. J’ai acheté les albums mais ils sont encore emballés. J’ai aussi de quoi mouler son empreinte de petite mimine mais la main a déjà tellement grandit et je ne l’ai toujours pas fait. Mais je prends des photos pour figer ces souvenirs. Et j’écris aussi. Je me dis que peut-être j’imprimerai tout ça et je lui donnerai quand il deviendra papa mon Putois.

Et pendant que je fige le temps avec mon appareil je pense : « Vivement qu’on puisse faire de la peinture, de la pâte à modeler et des gommettes ensemble« . Je nous vois assis autour de la table du salon. J’imagine que ça va être chouette de goûter pleins de légumes. J’ai un peu peur de la marche et de la réorganisation de l’appartement qui ira de pair. Je me demande quand ont lieu les inscriptions à la maternelle. J’ai hâte qu’il voit le Roi Lion. Je me dis que ça serait bien qu’il aille à la sieste pour que j’ai un peu de temps pour moi. Je pense qu’il faut qu’il se réveille et qu’il mange  sinon ça va décaler toute la journée. J’attends le weekend avec impatience. J’attends le retour de Papa Breizh pour lui refiler le bébé (au sens propre du terme). Tout à l’heure on ira se promener. Demain il faut aller chez Nounou ….

Et parfois alors que je m’émeut en regardant des photos de lui je me dis que je suis con parce que Bébé Putois est juste là, à côté de moi, à jouer tout seul. Alors j’arrête et je vais le rejoindre. Il lève les yeux et me fait un grand sourire.On fait des roulés boulés et on discute de chose très intéressantes. Je lui chante beaucoup de comptines et pense que j’ai beaucoup de chance d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui appréciait mon talent artistique à sa juste valeur.

Parfois je le prends dans mes bras et il sourit pendant que je lui chuchote des choses dans l’oreille et lui fait des bisous dans le cou.

Souvent Papa Breizh vient le prendre pour aller jouer, faire l’avion et tenter le concours de chatouille. Moi je les regarde en souriant.

Presque toujours, les changements de couches prennent trois plombes. Parce que d’abord on doit débriefer sur tout ce qu’il se passe, et Bébé Putois a toujours beaucoup d’arguments. Puis on doit chanter plusieurs chansons pour voir quelle est notre préférée du jour. On doit bien vérifier si les petits pieds sont toujours chatouilleux. On regarde si les images de la couche nous plaisent et on essaye de trouver ce qui provoquera un éclat de rire.

Et y a le moment du bain aussi où il se lance dans un long monologue tout en nous éclaboussant. Et l’histoire du soir aussi, quand il tient le livre, regarde les images et rigole quand je prends de drôles de voix. Et ces moments où ils se tourne vers nous en souriant nous rappelant qu’il est là. Et je ne vous parle même pas des regards énamourés. Tous ces petits moments, où on est bien là tous les trois à respirer le bonheur à pleins poumons.

Calin&RisetteTempsQuiPasse