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Les tunnels

L’autre jour, dans un article où Je Ne Suis Pas Une Poule se plaignait de la fatigue des premières semaines avec bébé, Die Franzoesin évoquait le tunnel des trois premiers mois. Moi, j’avais souvent entendu parler de quatrième trimestre de grossesse. L’idée étant que les enfants naissaient avant maturation complète, sinon ils ne pourraient pas sortir vue leur grosse tête. Lire la suite

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Des grosses crises et des petits drames ordinaires : le regard des gens

Calin&RisetteGrossesCrisesEtPetitsDramesUn vendredi en fin d’après-midi, une jeune maman pleine de bonne volonté entraine son enfant dans les rayons d’une librairie. Le magasin est chouette. Le coin jeunesse a été rénové avec des endroits où s’assoir et pleins de livres colorés  à portée de petits doigts. Un peu comme une médiathèque où il faudrait passer à la caisse pour emmener son butin à la maison.  Le binôme repère une collection d’albums qu’ils affectionnent et vont feuilleter quelques pages avant de choisir l’élu. L’enfant a cet âge auquel on est assez grand pour exprimer ses choix mais encore assez petit pour devoir être à portée d’adulte en permanence. Le temps s’écoule doucement, le weekend approche mais on est loin de la cohue du samedi, le calme avant la tempête. Les vendeurs papotent comme s’ils étaient déjà au bar, les clients flânent , un bambin court après une balle Reine des Neiges.

Tout à coup, un hurlement! Lire la suite

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De ce petit garçon que je ne connais pas

Ce soir là je rentre tard, Petit Putois m’ouvre la porte. Enfin j’exagère. Moi j’ouvre la porte, je lui cogne dedans puisqu’il trainait par là et je lui lance : « hey, c’est toi qui m’ouvre ce soir! » pour qu’on oublie tout les deux qu’on est passé à deux doigts de la bosse. Il me tend fièrement les deux petites gourdes réutilisables qu’il est allé chipées dans le placard. Je gueule un peu sur Papa Breizh pour qu’il ne le laisse pas jouer avec. Ça ne fait pas très sérieux de trimballer par terre des objets dans lesquels on mange. Il lui retire, le petit pleure et se reprend. Il file dans la cuisine et revient avec une compote dans une main, un yaourt dans l’autre. Les mains occupées, tu comprends bien qu’il ne lui reste que les pieds pour avancer. Ben oui, il marche!

Ça s’est passé il y a quelques jours. Je rentrais du bureau. Comme quoi, c’est toujours à ce moment là que les histoires commencent. La fatalité de la mère qui travaille. Je lance à Papa Breizh : « Alors, il marche? » sur le ton de la boutade. Il me répond oui. Le con! Comme ça. Moi, au milieu du couloir. Je n’y ai pas cru. Je me suis quand même assise par terre. C’est plus commode pour ôter ses chaussures et encaisser les chocs. Il me dit : « t’as pas vu sur son cahier? » (le cahier de liaison avec Nounou). Je vais voir le cahier. Lundi : nuit 20.30 – 6.30, Bib 120ml (le lundi, le réveil est difficile), change. L’écriture de Papa Breizh. Rien de la part de Nounou (le lundi, la reprise est difficile). Je l’interroge. Il me révèle que l’assistante maternelle lui a dit quelque chose du genre : « Vous ne m’aviez pas prévenu qu’il marchait, il a gambadé toute la matinée chez Martine« . C’est qui Martine? Tu l’as connais toi? Moi non plus. Nounou nous a informé ce matin : « on ira chez Martine tout à l’heure, c’est une collègue« . (elle fait du co-nursing). Et voilà que Petit Putois se met à marcher chez cette Martine! Papa Breizh me rassure, il marchait déjà. Il me montre, s’éloigne un peu avec le petit et le lâche. Un pas, deux trois et le bébé me tombe dans les bras. De l’un à l’autre, quelques pas en équilibre. D’accord! Peut-être vers moi, ou lui, mais de là à marcher chez Martine! Je suis toujours assise dans le couloir, j’ai enlevé mes chaussures maintenant. J’ai le sens de la tragédie mais pas toujours le talent. « Ton fils grandit » qu’il me lance le grand gland.

Bon,sur le coup, je n’y crois pas trop à cette marche. Deux ou trois pas, ça n’est pas marcher. Dix peut être ? A partir de combien de grains de sable parle-t-on d’un tas de sable ? Quand il a fait du quatre pattes j’étais là, on a même une vidéo, c’est dire si on est des bons parents. La première fois qu’il s’est levé tout seul ? Dans la salle de bain de mes parents pour voir l’eau couler dans la baignoire. (Même si mon beau-père m’a soutenu un instant qu’il l’avait déjà fait un peu plus tôt. « Quoi ? Sans que je le vois, mon propre fils, la chair de ma chair ? J’aurais raté cette précieuse première fois ? ». Il a admis qu’il s’était peut-être trompé. Tragédienne je te dis.)

Enfin là, quand je le vois faire des allers retours dans le couloir avec ses deux desserts, c’est sûr, il marche. Quelques jours pour digérer. Maintenant je n’ai plus besoin de rester assise après m’être déchaussée. Papa Breizh me lance : « Tu t’en occupes, je vais faire à manger en écoutant un podcast de football ! ». (Je ne sais pas où situer mon homme dans les stéréotypes.) On décide de faire sa fête au petit brassé sucré de la main droite. Dans un élan de je-suis-une-bonne-mère-qui-encourage-le-développement-de-l’autonomie je le laisse manger seul. Enfin tenir sa cuillère seul, je suis quand même restée lui faire la conversation. Il y arrive, très bien. Bien sûr il en met à côté, mais pas tant que ça pour une première. Il finit le pot (avec les doigts). Il est si fier. Je m’assiérais bien par terre mais j’ai déjà enlevé mes chaussures. Il est quand même tout crado à la fin. Il a les doigts si pleins de yaourt que le pot ne cesse de lui glisser des mains, ça le fait hurler de rire. J’essaye de lui retirer la cuillère pour le débarbouiller, il la sert plus fort, montre les dents et grogne. Le voilà qui recommence …

Il y a cette face là qu’on découvre. Le petit impatient, le nerveux, le têtu. Avec son père, on se dit qu’on découvre son caractère (et vu les pommiers, la pomme est belle!). Il chouine, grogne, fronce les sourcils. Le matin par exemple, une fois la veste enfilée, il râle non stop jusqu’à ce qu’on soit en route. L’autre jour, quand Papa Breizh est allé le récupérer chez Nounou, il a pleuré et s’est couché par terre (il m’a fait le coup à la médiathèque). Quand on lui dit non, il nous regarde en souriant et continue. Parfois, il se fâche et ses gestes deviennent nerveux. On dirait presque qu’il nous tape. Le soir il tourne en rond, il veut qu’on le prenne, puis qu’on le lâche, puis qu’on le prenne… sans fin. Il s’agite, s’impatiente et s’énerve. *

Je m’interroge. Où est passé mon poupon tout sage ? Perçoit-il des tensions familiales ? Il est vrai qu’entre Papa Breizh et moi, c’est souvent explosif, question caractère, on est bien servi. Est-ce qu’on ne s’occupe pas assez de lui ? Il est vrai qu’on est souvent éreinté et qu’on ne lui propose pas toujours des activités intéressantes. Buller devant la télévision séduit plus l’adolescent que le bambin en quête d’aventures. Il faut bien les laisser s’ennuyer pour développer leur imaginaire non ? J’en parle à Nounou qui me rétorque qu’il n’est pas un enfant calme. On m’a pourtant tellement dit qu’il était un enfant facile. « Il n’est pas difficile, il est curieux, plein de vie », elle a l’air de le connaître mieux que moi. Je cherche sur internet si la crise des deux ans commence à quinze mois. Je me questionne sur ses râleries permanentes : opposition constructrice d’un espace psychique autonome ou symptôme bruyant d’un mal être intrafamiliale ?

Je crois que maintenant je vais prendre quelques jours de vacances pour le retrouver. Je crois que je vais l’emmener au parc au lieu de me reposer sur le canapé. Je crois que je vais le regarder grandir.

Calin&RisettePetitGarconQueJeNeConnaisPAs

* Ma mère m’a toujours dit que j’avais été un bébé facile et que les seules fois où j’avais été pénible précédaient l’émergence d’une maladie infantile. Quelques jours après la rédaction de cet article, Petit Putois déclenchait une otite perforée …. Il n’en reste pas moins têtu aujourd’hui mais sa nervosité ne file plus dans tous les sens.

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Du temps des bêtises

Depuis plusieurs semaines, Bébé Putois déplace enfin son petit corps de poupon mignon. Quel soulagement, pour nous parents, de voir qu’il n’était pas si à la ramasse côté motricité, malgré les insinuations de l’ostéopathe (vous ne nous reverrez pas monsieur, comme nous ne reverrons pas nos soixante euros). Ça a commencé très sérieusement et avec beaucoup de concentration. J’avais l’impression de me retrouver pendant les cours de conduite lorsqu’on me demandais de tourner à gauche : bon la gauche c’est du côté de la main qui n’écrit pas, tu regardes dans le rétroviseur du milieu puis du côté, tu mets ton clignotant, tu lèves ton pied de l’accélérateur, tu poses l’autre pied sur l’embrayage, tu mets la seconde … attends, elle est où la seconde? … bref. Au tout départ, il ne se déplaçait que pour les actes vraiment importants : choper la télécommande, la boite à musique ou le portable. Et puis au fur et à mesure, il s’est mis à se mouvoir tout le temps, partout. Il a aussi appris à se lever et à se déplacer entre les meubles. Bien sûr ça ne s’est pas fait sans son lots de bosses. On a mis des protèges coins à la table basse. Ils sont déjà décollés à force d’avoir été bousculés. Putois les mâchouillais joyeusement hier soir d’ailleurs. Mais il le faisait déjà lorsqu’ils étaient encore collés, d’ailleurs parfois il mâchouille la table basse. Allez savoir, c’est peut-être Dent de Sabre la lapine qui lui a appris.

Mais forcément un bébé qui bouge représente plus de problèmes. On est complétement fous de vouloir qu’ils marchent! Tiens l’autre jour je l’emmène chez le pédiatre. Au bout d’une longue bataille, je renonce à l’empêcher de se balader malgré toute les chaussures sales qui ont frôlé le sol de la salle d’attente. Je le ramène quand même près de moi plusieurs fois.Je le mets debout contre une chaise, espérant secrètement que cette position stimulera assez son besoin de motricité pour qu’il se concentre sur un livre. Que nenni! Il se débat, et en se rasseyant bascule et se prend le pied de la chaise dans la figure. Il pleure, la pédiatre appelle et on va en salle de consultation. « C’est une bosse là? » « Euh oui, il est tombé dans la salle d’attente. » me suis-je  justifiée, sans doute un peu trop vite.

Cette nouvelle autonomie lui permet également de s’atteler à ses tâches préferées, qui sont de déranger et de jeter les objets un peu plus loin,sur un plus vaste terrain que son aire de jeu. Ainsi le classement des DVD semble bien meilleur en version ‘tous par terre‘. Quant aux bouteilles d’eau, il faut croire qu’elles sont faites pour être couchées au milieu de la cuisine. Cela lui permet également d’approfondir la diversification alimentaire : « Tiens une feuille morte collée à la poussette, miam! Une croquette de lapin? pourquoi pas?« . Et gare à celui qui laisse trainer un rouleau d’essuie tout ou un paquet de mouchoir, le Petit Renard s’en empare pour le déchiqueter en minuscules confettis. En plus, il devient très collant, nous réclame pour jouer, nous suit partout. Bref, il faut le surveiller tout le temps et j’ai l’impression de me retrouver avec le nourrisson vampirou suceur de sein qui ne voulait pas lâcher sa maman.

Pour accompagner cet élan développemental, le caractère s’épanouit. On n’était pas dupe avec Papa Breizh, on ne pouvait pas avoir un bébé tout docile alors qu’on a tout les deux un caractère de cochon du coin de la France (mais pas du même). Le Petit Loup chouine pour tout. Et on ne sait pas toujours pourquoi. Une rhinopharyngite qui a dégénéré en otite n’a pas arrangé le caractère plaintif des dernières semaines. Ouh la vilaine mère qui se plaint de son enfant qui souffre! Et puis y a les crises de larmes dès qu’on lui dit non ou qu’on l’empêche d’attraper un objet interdit. Ça rend tout compliqué. Je le pose sur la table à langer, il chouine. Je lui refile un truc pour l’occuper, il se tortille. La couche déborde, ça va pas être coton. Tiens il en attrape un justement et en fait des miettes, j’en profite pour nettoyer le petit cul. « Non, on ne mange pas le coton. » De frustration il gigote plus, et fini debout sur la table à langer. Mais quelle bonne idée! Je l’assoie tentant tant bien que mal de refermer les pressions du pyjama. Il en profite pour virer par terre tout ce qu’il trouve à portée de main. « Non, les ciseaux à ongles ne sont pas des jouets« . Crise de pleurs.

Cerise sur le gâteau, Le Petit Chat répète « nan » à longueur de journée. Je sais bien que ce n’est pas encore la phase d’opposition, qu’il ne comprend pas ce qu’il dit, que c’est peut-être simplement une répétition à force qu’on le lui dise ou encore une citation de son livre préféré ‘le lion qui disait toujours non‘. Je sais bien tout ça, mais ça pique un peu les oreilles.

« On va au bain?
– Nan!
– Tu veux pas aller au bain?
– Nan!
– Tu veux un bibou?
– Nan!
– On va au dodo alors.
– Nan!
– Tu veux un cadeau pour noël?
– Nan!
– Tu aimes maman?
– Papa! »

Ben oui, parce que piment sur la cerise sur le gâteau, à chaque fois que j’essaie de lui faire dire ‘maman’, il répond ‘papa‘ en se marrant!

Calin&RisetteBetises