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De mon petit bidon

Mon bidon pousse. Oh non, y a personne dedans. C’est le gras qui déborde. Parfois je le caresse et j’ai la nostalgie de l’habitant. Pourtant j’ai pas aimé la colocation mais allez savoir pourquoi, je mélancolise. Ça doit être une sorte de syndrome de Stockholm. Les témoignages sur le ressenti des premiers mouvements fœtaux font état de bulles de champagne ou de bruissements d’ailes de papillons. Moi je ressentais ça comme des battements de cœur. Parfois j’avais des fasciculations dans le genou et c’était comme si je sentais mon bébé dans mon genou. Alors aujourd’hui quand ça palpite, pour un muscle qui se contracte ou un repas qui se digère, je fantasme qu’il y a un gigoteur qui s’agite.

Quand Putois a eut fini de squatter mon utérus, ce sont mes seins que je lui ai donnés. C’était plutôt une bonne idée d’ailleurs car il a totalement vidé tout ce que la grossesse avait rempli. En une semaine, j’avais retrouvé mon poids d’avant. Quelques jours de plus ont fait disparaitre mes bourrelets les plus tenaces. J’avais toujours entendu que la cellulite et la culotte de cheval étaient des réserves pour nourrir les enfants en cas de disette. N’étant pas menacée de famine, ça me faisait une belle jambe potelée.C’était sans compter sur l’allaitement (et les menus gastronomiques de la maternité?). Moi qui avait fait attention pendant la grossesse (tout ça à cause d’une prise de poids importante en un seul mois alors que sur l’ensemble j’étais dans les clous), je pouvais enfin me jeter sur le chocolat sans aucune culpabilité. J’avais imaginé devoir sacrifier mon corps à la venue d’un enfant. Me retrouver grosse, flasque, zébrée et incontinente. Finalement je ne m’en sortais pas si mal. Je me trouvais même plutôt bien dans mon corps.

Mais maintenant que l’allaitement se termine et que mon corps redevient mien, ça n’est plus si facile. Déjà mon bébé me manque et j’ai besoin de le serrer contre moi souvent. Tu vois, je te ponds un article sur mon rapport au corps postpartum et c’est du corps de mon bébé que je te parle. On défusionne sur le plan physique au fur et à mesure que se construit notre lien psychique. Je me remplume aussi et mes copains bourrelets et gros bidon reviennent me voir. Mes cheveux tombent comme la pluie en Bretagne. Je croyais y avoir échappée, ça n’était qu’une question de temps. Mes seins se vident, perdent de leur fermeté et confirment la théorie de Newton. Et puis l’autre jour, je suis rentrée en boitant parce que depuis ma grossesse ma hanche me fait drôlement mal.

Calin&RisettePetitBidon

Crédit photo : http://www.liliweb.fr/