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Et puis retourner travailler : mes premiers jours loin d’eux

Alors que je visitais un des lieux où j’allais exercer, je m’extasiais face à la salle d’attente où foisonnaient jouets en plastique et livres d’images. Je ne travaille pas avec des enfants mais à certains endroits où je me rends, on y reçoit des têtes blondes. Je remarquais : « oh, il y a même un pot dans les toilettes! ». « Il y a une envie d’enfant qui vous toque là » hasardait la secrétaire face à mes nombreuses réflexions. « Oh non, j’ai ce qu’il faut à la maison! » m’empressais-je de répondre. C’est vrai qu’elle ne peut pas savoir, elle me connait depuis vingt minutes et faut bien dire que j’ai l’air d’avoir dix huit ans et une ligne de top modèle (et parfois je mens un peu). Après mon passage aux WC, lieu où me viennent souvent de brillantes illuminations, la raison pour laquelle je m’émouvais devant des joujoux vieillots et poisseux devenait claire : c’est la culpabilité de la mère qui reprend le travail. Lire la suite

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Le temps suspendu de l’adaptation

Lorsque l’enfant entre à la crèche ou découvre une nouvelle nounou, on y va pas à pas. C’est là période d’adaptation. Selon les enfants, selon les gardants, elle varie. Souvent cela se passe en une semaine, une demi heure avec maman le premier jour, une heure seul le deuxième… Parfois on m’a proposé deux semaines, parfois deux jours pour ne pas empiéter sur l’allocation chômage. Ce temps permet à l’enfant de découvrir son nouvel environnement en douceur, d’appréhender les nouvelles personnes qui vont s’occuper de lui et d’apprendre à se détacher un peu de ses parents. Mais elle permet aussi aux parents d’apprivoiser la séparation, de se retrouver autrement que dans son rôle maternelle et de pouvoir enfin faire pipi seul. C’est un court moment avant la reprise du travail où le temps se suspend. On se retrouve seule dans sa cuisine, avec une liste de choses à faire longue comme trois vies et le cœur un peu en miette. J’en suis à ma quatrième adaptation. Lire la suite

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Mon congé maternité

Ca a débuté par un congé pathologique. Je crois que ma gynécologue a eu pitié de mon statut de femme enceinte avec option enfant en bas âge et de mes trois heures de trajet, trois fois par semaine. Moi je le rêvais mon congé maternité à tricoter de la layette devant les téléfilms de M6 et à faire des siestes infinies pour rattraper mes insomnies nocturnes et prendre de l’avance sur ce qui m’attendait. Et puis en fait, ça ne s’est pas passé comme ça. Lire la suite

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Mes insomnies

Je suis fatiguée. Bien sûr que je suis fatiguée, je suis maman. Maman d’enfants en bas âge. Le Tout Petit Bébé ne passe pas encore ses nuits et le plus grand bébé est devenu matinal en devenant grand frère. Dès dix neuf heures, j’ai la paupière lourde et autant de conversation que mon nourrisson. A vingt deux heures je peux enfin m’écrouler. Pourtant la nuit, ils y a ces pensées qui me tiennent éveillée. Le bébé a eu son casse croûte nocturne, il est près de quatre heures et je cherche à nouveau le sommeil.

Je pense à demain. Je pense que le grand se réveillera bientôt et qu’il va falloir que je me lève. Je redoute le petit déjeuner, les indécisions entre les céréales et les cracottes pendant que le petit braille de faim, encore. Je m’interroge, est-ce une journée où le premier va encore crier, trop? Est-ce que le deuxième va beaucoup pleurer, trop? Est-ce que moi je vais hurler, trop? Un jour avec une nounou que l’on déteste ou un rendez-vous à l’autre bout de la ville. Un jour où on est à la maison et il faudra bien qu’on aille au parc, puisque les enfants ça se sort comme les chiens, même si je n’aspire qu’à fusionner avec mon canapé. Un jour où il faudra encore verser beaucoup de poudre dans de l’eau minérale, où il faudra faire des légumes et essuyer des petits culs surtout. Un jour où il faudra faire semblant d’avoir envie de gazouiller ou de jouer à la voiture. Attendre désespérément le retour du papa même si c’est un leurre et que la danse continue, le biberon du soir, le diner, les couches à changer, encore les couches, les bains, la lessive à étendre, ramasser les jouets…. Je n’y arriverai pas.

Je me tourne de l’autre côté et cherche une position confortable. Mon dos me fait mal. Il faut vraiment que j’aille voir le kinésithérapeute. Je pourrais profiter de mon ordonnance pour la rééducation post partum pour qu’on s’occupe un peu de ces douleurs là. Il  y a un professionnel juste en face de chez moi, il suffirait que je téléphone. Mais mon agenda me semble déjà tellement rempli, les rendez-vous pour moi, je les néglige.

Je pense au mois prochain et à la fin de mon congé maternité. Nous n’avons pas de mode de garde pour le Tout Petit Bébé, pas avant septembre pour la crèche familiale. Nous avons cherché la liste des assistantes maternelles de notre quartier, supposée mise à jour la semaine précédente. La première contactée réserve la place, la seconde n’est pas libre, une troisième signe tout juste un contrat le jour où nous devions la rencontrer. Et puis de toutes façons, à quoi ça rime? Retourner bosser? Laisser le Tout Petit Bébé à une autre que moi? M’asseoir à mon bureau et sourire comme si rien ne s’était passé? Penser que vraiment ma place est là bas. Et à ceux qui me demanderont si tout s’est bien passé, qu’est-ce que je leur dirai? « Nickel, j’ai eu une grossesse de merde et j’ai fait une très grave complication mais coup de bol , elle a été prise à temps et on n’est même pas mort. Bon c’est sûr, moi j’en ai un peu chié physiquement mais rien à côté de l’émotionnel. Forcément un bébé en néonatalogie, tout  plein de tuyaux ça inquiète. Je ne vous parle même pas du grand frère tout perturbé. Mais bon, c’est du passé, tout le monde est vivant et si j’arrive encore à pleurer si souvent c’est qu’il doit encore me rester des larmes et que je n’ai pas tant souffert que ça ». Je n’y arriverai pas.

Je gigote dans tous les sens mais rien à faire. je m’étire un peu, sors une jambe au frais. Les pensées qui vont venir maintenant sont les pires, ce sont elles qui me tiennent éveillée plus que les autres.

Je pense à septembre et je me cogne dans des murs. Je pense à la rentrée du Putois et au fait qu’il n’ait pas de place au périscolaire le mercredi. Le mercredi, le seul jour où ma présence au travail est nécéssaire en raison de notre réunion hebdomadaire. Je pense au Tout Petit Bébé qui lui a une place en crèche collective miraculeusement. Et à la pédiatre qui nous déconseille fortement la collectivité la première année en raison de sa prématurité. Je pense aux horaires du périscolaire et à ceux encore plus réduits de la crèche et je les compare avec ceux de la SNCF. Je réfléchis à mes trois heures de transport quotidien qui transforme mon mi-temps en quatre vingt pourcent. Je me demande ce qu’ils font des enfants en cas de long retard. Le train c’est aléatoire. Je refais les calculs dans tous les sens, ça coince. Ça coince car c’est à moi d’amener les enfants le matin, de les récupérer le soir, c’est à moi de rester à la maison s’ils sont malades et de me lever la nuit. Ça coince car l’année prochaine je serai seule. A la rentrée, Papa Breizh s’en va jouer les étudiants au soleil au bord de mer, à l’autre bout de la France, pour un an. Je cherche des nounous privées ultras-disponibles qui n’existent pas. J’imagine un congé parental, mais c’est trop tard pour demander, de toutes façons je ne suis pas sure d’y arriver et j’y perdrais mon boulot. Je me demande si je dois déménager à côté de mon travail. Je regarde les annonces et imagine les cartons. Changer de maison, aller à l’école et perdre un peu son papa, après le changement de nounou et l’arrivée du petit frère, c’est une mauvaise année pour Petit Putois. En même temps j’ai mes habitudes, mon pédiatre disponible au moindre coup de fil, mon marché le samedi matin… Mais pas d’ami ou de famille dans le coin. Et un ras le bol des déménagements surtout qu’à l’issue de sa formation, nous n’avons aucune idée de l’endroit où sera envoyé Papa Breizh. Et alors les angoisses de courir dans les trams bondées, d’attendre des trains qui ne viennent pas et d’imaginer mes touts petits attendant, m’étreignent. Et après tout ça? Les repas, les bains, les couches et la fatigue, la leur, la mienne. Et l’absence, la sienne. Je n’y arriverai pas.

Je respire et essaye de détendre mes muscles. Le sommeil fini par m’emporter. J’aurai perdu une ou deux heures sans trouver de solution. Et puis une nouvelle journée recommence.

Instantané de ma vraie vie de maman : un papa échoué sur un canapé tout en fouillis, un deux ans et demi sur la tablette, un bébé qui fait ce qu’il peut, du Nutella pour survivre et des restes d’apéro, des chaussettes qui trainent et des jouets partout, partout.

 

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Maman à mi-temps

J’ai presque toujours travaillé à temps partiel. Plus à cause de la conjoncture que par choix. Mais lorsque le glas de mon congé maternité a sonné, j’étais, pour une fois dans ma vie, contente de ne pas partir au boulot tous les jours. Et puis le destin étant un drôle de petit farceur, on m’a proposé une opportunité professionnelle qu’il aurait été bête de refuser. C’était provisoire, il s’agissait de remplacer une collègue qui avait eu un accident. Et comme toutes choses provisoires, ce remplacement a eu une fin. C’était il y a dix jours. Lire la suite

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De la fin de l’allaitement et du début des haricots

Ssssss … Sevrage! Ça y est! On y est!
Ça faisait déjà plusieurs semaines que je m’inquiéte du comportement de Petit Putois au sein. Il s’énerve, tire sur le sein, le lâche et le reprend sans cesse, pleure … Manque de lait? Préférence pour le biberon de Nounou qui coule plus vite? Mamelons trop poilus? Le verdict est tombé à la dernière visite pédiatrique : le bébé n’a pris que cent malheureux petits grammes. Du coup en route pour l’introduction de solides.

En parallèle, le tirage de lait au boulot devient de plus en plus pénible. Je vois les quantités réduire et j’angoisse de ne pas avoir de quoi nourrir mon bébé. C’est un peu absurde parce qu’à la base je voulais faire ces tirages pour entretenir la lactation et je me disais que le petit pourrait très bien boire du lait artificiel. Et puis en voyant que j’arrivais à fournir assez, je me suis mis en tête de le laisser au lait maternel exclusivement. Et si j’étais fière de moi au départ, c’est devenu une source d’angoisse les derniers temps.
Si tu suis toutes mes histoires, tu sais que le début de la diversification rime aussi avec une proposition de travail à temps plein que j’ai …. acceptée (après avoir tenter de négocier un 80%). Il veulent que je commence vite. Dans deux semaines. Je n’ai pas envisagé de continuer à tirer mon lait et de commencer un nouveau job en même temps. J’ai bien pensé que la diversification pourrait rendre les choses un peu plus cool, peut-être réduire à un tirage par jour. N’empêche qu’il faut quand même se trimballer le tire lait, trouver un peu d’intimité, stocker le lait, rentrer en vitesse et faire bouillir le lait (et oui, mon lait se prédigère et prend un goût de savon si je ne le fais pas chauffer avant de le stocker) puis donner le sein au petit.
La semaine dernière a été particulièrement acrobatique. J’angoissais déjà depuis la semaine précédente à la vue de mon planning chargé. Bien sûr il s’est rajouté des choses et des pleins de gens en retard. Du coup mardi soir je rentrais déjà avec trop peu de lait. Je m’étais dit que j’allais encore essayer de tirer avant de me coucher. Quand je suis rentrée, Putois était affamé et s’est jeté sur le sein. Mais le dernier tirage avait sans doute eu lieu trop tard et il restait affamé alors que mes seins était vidés. J’ai donc complété avec le lait tiré dans la journée. Du coup, je n’ai pas tiré le soir et je me suis sentie soulagé. Le lendemain j’ai dit à Nounou de lui donner du lait artificiel à quatre heure.

Je suis partie sur cette idée de supprimer la tétée goûter et de garder celles du matin, du midi et du soir. Du coup mercredi et jeudi je n’ai tiré mon lait au travail qu’une seule fois.Et c’était un soulagement. J’envisageais mes vacances (cette semaine) avec le bonheur de profiter encore un peu de mon tout petit avant de travailler beaucoup. Je me sentais légère de ne pas devoir me lancer dans un marathon de nichonage pour booster ma lactation fatiguée. Alors sans culpabilité, vendredi à l’heure du goûter je lui ai donné le biberon.

Calin&RisetteFinAllaitement

Voilà ce que j’avais envie de vous raconter vendredi soir. J’avais envie de vous dire que même si j’avais un petit pincement au cœur, ce sevrage se faisait sans culpabilité.
Et puis il y a eu samedi. Je me suis dit que le sevrage tombait bien et en partant au supermarché j’ai mis dans la poussette un biberon d’eau et du lait en poudre. Quand Putois a commencé à montrer de sérieux signes de faim on s’est précipité vers la voiture (non sans heurts à cause d’histoires de sachet qui s’envole et de liquide vaisselle oublié). A la vue du biberon le petit s’est réjouit. Une fois en bouche, il a grimacé sévère. Pas moyen de lui faire avaler alors qu’il avait grave la dalle. Le retour s’est fait dans une ambiance électrique. Putois était partagé entre pleurs et éclats de rire. Je tentais en effet de le divertir de sa faim, lui tentait d’attraper son pouce ce qui est impossible dans son siège bébé (petits bras + grosse ceinture = pas de pouce). En arrivant j’ai mis le bib’ au micro onde (oh oui, ne grogne pas, on fait ce qu’on peut, je sais bien que le micro onde c’est mal et que ça tue des bébés phoques) et là, il l’a enfin avalé. Alors c’était ça, mon bébé était devenu un petit gourmet qui n’acceptait son biberon qu’à la bonne température? C’est vrai que la veille je lui avais présenté chaud sans trop y réfléchir. Mais Bébé Putois était en mixte de ses trois semaines et demi à ses deux mois, et il en a bu des biberons à température ambiante sans se plaindre. C’est vrai aussi que depuis il a rarement eu des biberons de lait artificiels.Les seuls biberons qu’il a sont du lait maternel chez la Nounou qui doit certainement lui offrir chauds (enfin j’espère car le lait sort du frigo et est parfois même congelé).
Dimanche après-midi je lui présente donc le biberon chaud. Grimace et refus. Au bout d’un moment, Papa Breizh prend le relais et arrive péniblement à lui faire avaler quelques 90ml. Lundi pas moyen de descendre une seule goutte. Je m’interroge sur la marque de lait (que pourtant il avait déjà bue petit). J’essaye un autre lait (une boite que la Nounou m’a rendue car ouverte il y a plus d’un mois). Rien à faire (en même temps elle est ouverte depuis un mois et demi…). Par contre il se jette sur la compote que je lui propose après. Et nous c’est le lait qu’on jette. Le soir il tète mal, quelques minutes seulement. Ce midi c’est pareil, il n’a que du lait de début de tétée tout clair. Mais il ne veut pas téter plus. Pourtant il a faim car il dévore la purée ensuite. En plus je sens que ma production de lait diminue.
Je redoute déjà l’heure du goûter!