Brève matinale

Je regarde la pendule, on s’approche dangereusement de neuf heures et on est toujours dans la salle de classe du Putois. Dans une demi heure, Malo a rendez-vous à l’autre bout de la ville. Je ne sais plus trop où, je compte vaguement sur le fait qu’on y était une fois, il y a six mois, pour que mes pieds se souviennent du chemin. Je prends à peine le temps de me demander ce que je fais encore à l’école à cette heure, la limite pour déposer les enfants étant largement dépassée. Mon réveil interrompt mes questionnements. Sept heures. Faisant fi de l’éventuel caractère prémonitoire de ce rêve, je reprogramme mon réveil dix minutes plus tard.

8h28, nous sommes dans le couloir devant la porte de la classe et Petit Putois s’effeuille tranquillement. L’atsem sort de la classe. Je vois sur son visage qu’elle s’offusque du comportement d’une maman devant moi. Je ne sais pas ce que cette maman a fait précisément, mais je devine qu’elle a été un peu brusque avec sa fille. Je le devine, car tout au long de la traversée de la cour de l’école, j’étais derrière elle. Poussant son plus jeune, elle menaçait sa fille qui sautait dans les flaques « tu en veux une? » en finissant pas conclure à haute voix par « je vais la claquer« . J’ai eu de la compassion pour elle. Ça fait bien longtemps que je ne juge plus les parents des gosses qui se roulent par terre en hurlant dans les supermarchés ou ceux qui balancent leur spaghettis à travers la salle du restaurant. Ça fait bien longtemps, depuis que je suis maman en fait. Je me suis dis, tiens, y a que sur la blogosphère que frapper ses mômes est inavouable, dans la vraie vie, l’éducation bienveillante n’existe pas. J’ai eu envie de lui adresser un petit mot, par solidarité, mes gamins à moi ayant été particulièrement pénibles aussi. Dix minutes plus tôt, le Putois était adossé contre la porte en pleurs, habillé de force et crucifié d’une petite humiliation ordinaire « puisque tu te comportes comme un bébé, je te traite comme un bébé« . Tandis que j’essayais de maintenir fermement Malo dans le porte bébé pendant que je cherchais au fond de mon sac ma carte de transport. Je lui criais un poil dessus, mais tu comprends, c’était pour son bien, pour qu’il évite de finir le crâne explosé sur le carrelage. Alors à cette maman qui menaçait sa fille, j’ai eu envie de lui dire que je comprenais, pour qu’elle se sente moins seule, pour qu’elle s’apaise ou peut-être surtout pour me déculpabiliser. Et puis sa copine est arrivée, poussette double, ainé qui court partout, en répondant en miroir « je vais le flinguer ce gosse!« . Alors j’ai rien dit et je n’ai pas adresser de sourire compatissant. J’ai jugé. Elles me trouveraient peut-être Madame Conasse mais tu vois ça m’embête pas. Faut bien que tu comprennes, ça ne me dérange qu’on reprenne son enfant en public, il m’arrive de le faire. Je ne serai pas honnête non plus si je m’offusquais de leur langage. Tiens, rien qu’à la boulangerie il y a dix jours, j’ai exprimé un gros « merde!’ lorsque le Putois a fini par briser un petit plat en verre alors que je lui avais dit trois fois de ne pas toucher. Il m’arrive également d’avoir envie de jeter mes enfants par la fenêtre ou d’essayer de les refiler à n’importe qui contre bons soins. Et enfin, comme ces mamans, il m’arrive de pourrir mes enfants. Comme le matin même à la maison. Il m’arrive de trop leur mettre la pression car je suis moi même pressée, de leur gueuler dessus, d’avoir des phrases blessantes et il arrive même que ma main dérape. Oui mais tout ça, c’est entre mes murs. C’est entre mes murs parce que je ne l’assumerai pas devant les gens. C’est entre mes murs parce que j’ai honte de moi quand j’ai ce comportement. Et heureusement! Parce que je suis d’accord que ça peut arriver mais ce n’est pas une raison pour l’excuser ou le banaliser.

Alors quant l’atsem a levé les yeux au ciel, je me suis dit qu’en fait c’était pas forcément normal un monde où tu gueules sur tes mômes et les menace de violences. Je l’ai presque aimé un peu plus. Parce que l’atsem, je l’aime pas beaucoup. Bon je sais, j’ai un côté maman louve, mais elle, elle est un peu..un peu …tu vois? non? Tiens, par exemple, Petit Putois ne parle pas très bien à la maison. Ben a l’école, il ne parle pas du tout. Et elle, elle l’embête un peu avec ça « Bonjour Putois. Tu me dis bonjour? Tu me parles? Comment tu t’appelles?… » Avec l’insistance d’une  vieille tante qui pique qui réclame absolument un bisou. Elle manque un peu de finesse. L’autre jour par exemple, elle enfile sa veste au Putois tout en lui disant qu’il devait la mettre seul vu qu’il sait le faire….du double lien ça s’appelle. Donc ce matin là, elle me salue puis dit bonjour à Malo. Et là, elle lui retire la tétine de la bouche (!), pour qu’il puisse répondre peut-être(?). Malo, onze moi, en porte bébé contre moi. Puis elle lui caresse la joue. Avant d’enlever ses affaires à Putois. Putois, l’enfant de trois ans à côté de moi qui était en train d’attendre que je lui dénoue son sac (oui je fais un nœud avec les lanières qui pendouillent, sinon son sac glisse) pour pouvoir retirer le reste tout seul. Tu auras compris, c’est pas la première fois qu’elle nous fait le coup. De faire à sa place en lui reprochant son manque d’autonomie. Ou à ma place s’imaginant peut-être me rendre service. J’oppose un petit « ben dis donc vous êtes pressée » auquel elle argue qu’elle est toujours comme ça avant de partir à l’autre bout de l’école. J’avais déjà tenté un « on prend notre temps » qui n’avait eu guère plus de succès. Mais moi tu vois, je n’aime pas qu’on touche à mon bébé. Je trouve ça intolérable qu’on enlève la tétine de la bouche d’un tout petit. Je comprends qu’il faut que ça aille vite quand on a en charge une trentaine d’enfants mais quand l’enfant est à la charge des parents, il faut laisser les parents gérer.Je n’apprécie pas qu’on me prive de ce petit moment d’échange avec mon fils quand on a largement le temps de se l’accorder, ni même d’être remise en cause dans mon rôle de maman. De là à ce qu’elle devienne ma Madame Connasse, il n ‘y avait qu’un pas. Mais tu comprends, c’est l’atsem de mon fils alors j’ai souri et j’ai dis « au revoir« .

 

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21 réflexions sur “Brève matinale

  1. Pas facile de dire réellement le fond de sa pensée sans offusquer ou risquer de se prendre des réflexions… et pourtant dans le sens inverse ces personnes ne se gêneraient sans doute pas. L’éducation bienveillante, c’est bien joli sur les bouqins et la blogosphère comme tu dis mais la réalité est qu’on n’a pas forcément des enfants « faciles » et pas tous les mêmes heures de sommeil! Moi tunme déculpabilise un peu parce qu’entre mes murs aussi ça commence bien et puis fini souvent mal, il m’est même déjà arrivé de sourire que mon grand finisse par tomber et se faire mal tellement il avait été infecte avant!
    Ton atsem, fais lui une caresse sur la joue la prochaine fois tu verras comment elle réagit 😂

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    • Et ben tu sais quoi; ton commentaire aussi m’a déculpabilisé. Mon grand, c’était toujours un drame pour moi de lui laver le nez (et pour lui aussi). Mais parfois, quand il était chiant, je le faisais sans aucun état d’âme XD
      Pour l’atsem, jamais de la vie je lui caresserais la joue…mais la prochaine fois que je la vois manger un truc, je lui arrache de la bouche!

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  2. Arf, comme tu dis, l’éducation bienveillante, c’est bien, hein, c’est beau la théorie…après, y’a la pratique, ces gestes un peu plus brusques qu’on ne l’aurais voulu et ces petites phrases que l’on regrette …😓
    Et pour l’atsem, je te comprend, je tique déjà sur les maman-nounou qui salut mes garçons et se permettent de caresser LutinCoquin sous prétexte qu’elles le connaissent du RAM 😲 … l’école de FeuFolet, ça va, tant que le parent impie ne met pas le pied dans la sacro-sainte salle de classe, on peut prendre autant de temps de rituel qu’on veut (dans la limite des horaires de l’école quoi)

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    • Et ben tu vois, ce matin en voyant tous les parents laisser leur enfant à la porte de la classe, je me demande si j’avais vraiment le droit de rentrer dedans… bon hein, fallait que je dise un truc à la maitresse qui était à l’autre bout….
      J’ai un nouveau truc pour qu’on touche plus mon bébé, je le nettoie pas avant de sortir, tout morveux et plein de crottes d’yeux, les gens ont moins envie de le tripoter 😉

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  3. C’est clair qu’elle a l’air vraiment agaçante! Hyper dur de réagir puisque c’est l’atsem, J’espère au moins que la maîtresse est mieux!
    « Entre les murs »: je suis comme toi, un gros surmoi laisse mon moi le pire à la maison…
    Tiens au fait ma madame Connasse azur oublié son parapluie vendredi, ça m’a fait marrer!

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  4. Pas simple de ne pas juger les autres… Mais toujours se rappeler que l’on est forcément la connasse de quelqu’un d’autre 😉 !! Cela fait du bien aussi !
    Je comprends ta réaction face à l’Atsem, j’ai souvent des petits picotements avec certaines paroles de la maitresse ou de l’atsem.
    Bises
    Virginie

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    • Ah ça me réconforte un peu, moi aussi il me reste des petites phrases où situations qui me gênent. Mais après tout, elles ne me disent pas comment faire mon boulot, je ne permettrais pas de leur dire comment faire le leur. C’est ça aussi l’école, apprendre qu’ailleurs, ça peut être différent.

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  5. Personnellement, je vois l’éducation bienveillante comme quelque chose à tendre vers. Car personne n’est parfait et on a tous nos moments ou on est épuisé et on a juste envie d’être tranquille (et bizarrement, c’est toujours dans ces moments que les enfants sont les plus pénibles).
    Par contre, ton aster, elle me taperait aussi sur le système. J’avoue que je ne sais pas vraiment comment je réagirais, mais enlever la tétine de ton fils et le caresser, je trouve juste que c’est hyper intrusif. Quant à reprocher aux enfants leur manque d’autonomie, mais à faire à leur place, je pense que j’essaierais de lui préparer une petite remarque pour lui signaler.
    Enfin, ce que je retiens du rôle de parents, c’est qu’on fait bien comme on peut !

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    • Je comprends ton point de vue sur l’éducation bienveillante. Pour les quelques ouvrages que j’ai lu, j’en ai trouvé certains pertinents, inspirant et motivant mais d’autres un peu moralisateurs. Je trouve qu’on nie beaucoup la dimension subjective du parent pour ne s’intéresser qu’à l’enfant et à ses besoins, comme s’il était un éducateur au service de l’autonomisation de l’enfant mais que la dynamique relationnelle n’est pas prise en compte (à part qu’il faut offrir un environnement sécurisant à l’enfant). Je ne sais pas si c’est très clair, c’est plus un ressenti mais j’ai conscience que je n’ai qu’une connaissance superficielle du sujet.
      Quand à l’astem, pff c’est toujours tellement délicat de trouver les bons mots. Et quand c’est une personne qui s’occupe de tes enfants, tu as tellement peur de dire un mot de trop et qu’après ça retombe sur tes enfants (oui oui, je crois que j’ai été traumatisée par la dernière nounou de mon aîné)

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      • Je comprends bien pour l’atsem, c’est pas évident.
        Ce que je peux reprocher aux bouquins sur l’éducation bienveillante que j’ai lu c’est le fait qu’il manquait un chapitre sur les besoins des parents et comment les concilier avec les besoins des enfants. Mais je pense que c’est aussi à chacun de trouver ses solutions. Pour ma part, je le prends plus comme des pistes à creuser que comme des vérités absolu. Et c’est vrai que certains bouquins m’ont plus parlé que d’autres aussi 😊

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  6. On fait comme on peut. Une même situation peut se vivre différemment selon si le parents est fatigué ou non, suivant la journée et les émotions du moment, si l’enfant est plus ou moins énervés, malade, grincheux ou voulant tester. Il n’y a pas de solution miracle.
    L’éducation bienveillante a du bon, mais de la théorie à la pratique, C’est pas toujours facile à mettre en place. On a tous nos défauts, personne n’est parfait.
    Et le comportement de l’atsem… que dire… Je crois que j’aurai du mal à me retenir de faire une remarque. C’est trop intrusif pour moi, on ne touche pas un bébé et qui plus est dans un porte-bébé.

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    • On fait comme on veut mais la plupart du temps tu as bien raison, on fait surtout comme on peut XD
      Pour l’atsem, je crois que j’ai été tellement scotché que j’ai pas su quoi dire. Et puis j’aurai eu peur aussi que ça retombe sur mon fils plus tard si je la vexais.

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  7. J’ai retrouvé beaucoup de mes matins dans tes matins… Le petit trimballé dans le porte-bébé, les mains intrusives (je les déteste !)… Les départs compliqués aussi et les négociations qui tournent au chantage que je regrette à peine après avoir quitté le grand aussi. Bref le matin c’est le moment que j’ai appris à ne plus aimer depuis que je suis devenue maman !

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  8. Oh, grâce à toi, je découvre le terme qui se cache derrière le concept du double lien et j’ai très envie de creuser ! Entre la parentalité ou mon métier de photographe (le fameux « soyez naturels »), c’est quelque chose auquel j’essaye de faire très attention mais dont je ne suis pas toujours consciente j’en ai peur. Je vais essayer de creuser le sujet, ça m’intéresse !

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    • Je suis d’accord c’est super intéressant. Et après tu découvres que beaucoup de gens avec qui tu te sentais mal à l’aise sans vraiment savoir pourquoi utilise ce type de communication. Et puis quand il y a contradiction entre le langage verbal et non verbal (genre quelqu’un qui te dit que ta robe est belle en faisant une grimace de dégoût), si tu t’offusques, tu es la fautive puisque il a dit quelque chose de gentil…
      Après on le fait tous un peu, plus ou moins consciemment, mais c’est aussi une tactique de manipulation.

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  9. Bouh je suis pareille, ne touche pas à mes enfants si je suis là. J’ai tendance à être sèche dans ces cas là, en mode: « je m’en occupe MERCI! »
    J’avoue avoir du mal à ne pas juger lorsque j’entends ces mots à l’extérieur, je les trouve durs, humiliants pour l’enfant… Je sais que ce jugement n’aide pas et que ce doit être une maman fatiguée qui ne sait pas faire autrement, mais je pense avant tout à ce petit bonhomme qui ne peut même pas compter sur sa mère à ce moment là… Je tente de me dire qu’on ne peut pas juger une vie sur 30 secondes observées mais c’est dur.

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    • Ca me rassure de ne pas être la seule à juger. Après je garde mes opinions, enfin ok, je vous raconte mais je ne vais pas faire la morale.
      Mais tu vois, en fait ta phrase pour l’astem, elle est clair, correcte et efficace, je vais me la noter sur la main pour la prochaine fois 😉

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