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Mon bébé, ce tube digestif hurlant

Il faut que je l’écrive noir sur blanc, comme les cernes sur le visage pâle des jeunes parents. Je me connais, si je ne le fais pas, je vais encore oublier. Ça m’a fait le coup pour la grossesse. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir dit et redit que je n’aimais pas être en cloque, et pourtant, dès le marmot pondu je choppe la nostalgie du bidon rond. Là il faut que je révèle toute la vérité pour frapper fort sinon dans quelques mois, je vais me retrouver à errer dans les rayons layette en songeant au troisième. Je dois profiter de mon état d’épuisement avancé. La fatigue rend clairvoyant, plus de filtre, de barrière sociale, juste l’animalité et le réalité. Sitôt la nuit complète arrive que l’oubli efface tout. La fatigue est à nos trente ans ce que l’alcool est à nos vingt ans. Lire la suite

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L’absence

C’est au réveil que j’ai compris. Enfin je ne peux pas vraiment parler de réveil puisque pour se réveiller il faut avoir dormi. Moi, je n’avais pas dormi. A chaque fois que je m’assoupissais légèrement, quelqu’une entrait pour me prendre la tension ou du sang, ou regarder entre mes cuisses. De toutes façons, comment j’aurais pu dormir? La veille, après m’avoir répété pendant sept mois que tout allait bien, on m’avait fait une césarienne en urgence. L’obstétricien m’avait tout bien expliqué sur ma pathologie. Il avait dit que 34 semaines d’aménorrhée c’était très bien, que les bébés n’avaient plus de risque, qu’ils étaient équipés comme il fallait et tout et tout. Lire la suite

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Le petit bébé et la grossesse compliquée

« Finalement tu as toujours été inquiète pour cette deuxième grossesse. » me lance ma mère. Oui….non…., je le prends un peu comme un reproche qui me renvoie à cette sale impression que j’ai ressenti quelques fois, celle qu’on me renvoyait mes angoisses en pleine poire alors que j’avais l’impression qu’elles émanaient des discours médicaux contradictoires. J’aspirais à une seconde grossesse sereine, pour réparer quelque chose du vécu traumatique de la première. Aujourd’hui je culpabilise de ne pas y être parvenu, voilà un premier deuil à faire. Lire la suite

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Celui qui ne parlait pas

Cela débute par la visite médicale des deux ans. Notre pédiatre est une fusée. Dans son cabinet, il y a plus de salles de consultation que de docteurs. On rentre, on déshabille le poupon, elle arrive en trombe, regarde une oreille et un doigt de pieds, pose quinze questions à la seconde, griffonne une ordonnance et s’en va voir le morveux d’à côté. Cette fois elle entre, aperçoit le Putois qui joue dans un coin et interroge « Il est toujours assis comme ça? » (Comprends, les jambes en W) Moi je panique, un relent de ces cauchemars où on arrive nue au baccalauréat sans avoir rien réviser, je bégaye « Oui, non, je sais pas, je fais pas attention… » (Mauvais mère va! souffle ma conscience) « Et bien il ne faut pas! *Ensemble de termes médicaux complexes qui signifient déformation des hanches*. Quand vous le voyez comme ça, ramenez lui toujours au moins une jambe en avant. »

La visite se poursuit. « Est-ce qu’il dit au moins dix mots?

-Les cris d’animaux ça compte? Lire la suite

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Ce que je partage de ma grossesse et ce que je garde pour nous

Je suis plutôt secrète sur cette deuxième grossesse. Malgré tout, au bout d’un moment (peut-être celui où le nombril dépasse les tétons et où le chaland ne se demande plus si j’ai abusé de la tartiflette ou si j’ai une brioche au four) la maternité devient une affaire publique et on se retrouve confrontée à certaines questions.

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Voilà en gros ce que j’en dis: Lire la suite

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Des dernières fois

J’ai regardé au fond du bac à linge sale pour voir si je pouvais lancer une machine. Papa Breizh avait lavé le noir hier, ça m’avait agacé. J’avais prévu de le faire aujourd’hui. Oui je sais, c’est dégueulasse. On leur reproche de ne rien faire à la maison et dès qu’il font quelque chose, on les critique. Mais vous verriez la façon dont il remplit le lave vaisselle! Pourtant, ça n’est pas compliqué. Tout ce que je lui demande, c’est de faire exactement comme moi. J’ai déniché de quoi remplir la machine et j’ai lancé la machine. C’était important, c’était la dernière machine. Lire la suite

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Cacher sa grossesse

Je pourrais compter les personnes au courant de ma grossesse sur les doigts d’une main. Il me faudrait peut-être rajouter une deuxième main pour caser tout le monde. Et occulter le fait que l’annonce public sur mon blog augmente exponentiellement ce nombre, mais le virtuel ne compte pas non? Ah oui, et il faudrait ôter le personnel médical tant qu’on y est. Bon finalement y en a du monde, mais il manque certaines personnes importantes. Lire la suite