Frères

On était lundi. Ça débutait mal. Je ne sais pas qui a inventé le lundi. Sûrement un petit aigri aux cheveux gras et pull à losanges. Le même qui a inventé le matin et les changements d’heure. C’était le milieu des vacances. Le moment où les enfants ont récupéré toute leur dette de sommeil et qu’ils regorgent d’énergie à canaliser. De mon côté, j’étais fortement à la bourre quant à mes remboursements et cumulais les pénalités de retard. Papa Breizh m’avait réveillée vers cinq heures en partant prendre le train qui l’emmènerait passer ses semaines à l’autre bout de la France pour trois mois. Prochain retour prévu dans quinze jours. Malo m’avait réveillée à sept heures pour une histoire de tétine perdue. Ce n’était pourtant pas faute de garnir son lit de multiples sucettes. Phosphorescentes de surcroît. Petit Putois m’avait réveillée à huit heures trente déterminant qu’il était temps de commencer la journée et de petit déjeuner.

Bref,je n’avais pas envie. Pas envie du tout. Ni de me lever. Ni de m’occuper des gosses. Ni de garnir des bols de céréales et de nettoyer des fesses avant même d’avoir trempé mes lèvres dans un café. J’étais de mauvais poil. Comprends bien, mes gosses sont adorables. Faut juste savoir les prendre. Petit Putois joue beaucoup seul mais partage volontiers une activité. Il suffit de lui laisser décider des règles et de ne surtout rien lui imposer (s’habiller, venir à table, sortir de la maison, rentrer à la maison, se brosser les dents…). Malo est une boule d’amour et il est très facile de ne pas provoquer ses pleurs. Il ne faut pas lui interdire quelque chose (arracher les cheveux de son frère, me mettre les doigts dans les yeux, toucher la poubelle ou la porte brûlante du four) et se poser par terre à ses côtés en le laissant utiliser ton corps comme un agrès,de psychomotricité ou un mouchoir (et tant pis si tu dois aller faire pipi, cuisiner ou t’occuper de ton autre enfant). A deux, c’est gérable. Seule, c’est impossible.

Ce jour-là j’ai assuré l’intendance mais je n’ai sûrement pas été une maman rigolote. Même leur longue sieste n’a pas réussi à me remotiver (faut dire que j’avais nettoyé la salle de bain à ce moment-là, pas de quoi retrouver la flamme). Je me retrouvais donc en fin d’après-midi à grignoter des cacahuètes en douce dans la cuisine. Ne me juge pas. Quand tu as des enfants, tu es bien obligée de boulotter des cochonneries en loucedé sinon le « on ne mange pas entre les repas! » ne tient plus… Et surtout ils te piquent toutes les cacahuètes!

Les enfants jouaient dans leur chambre. Le matin, Petit Putois avait étendu sa couette par terre et décrété que c’était une piscine. Depuis lors il y sautait de son lit plongeoir. Malo suivait, entrant dans l’eau, le sol, la tête la première. Ça les faisait marrer. Moi je gobais mon snack devant les Reines du Shopping, croisant les doigts pour ne pas être prise sur le fait. A un moment, j’ai réalisé que cela faisait bien une demie heure que je jouais mon petit numéro et que personne encore n’était venu me pleurnicher dans les oreilles. Une demie heure mais peut-être plus qu’ils s’amusaient. Ensemble.

Je n’avais plus deux enfants: Un bébé qui avait besoin de soin tout le temps et un petit garçon en pleine régression car il avait perdu un peu de la grande place qu’il occupait a la maison. Il y avait deux frères. Un grand frère, fier, inventeur de jeux, généreux, protecteur et bienveillant. Un petit frère vigoureux, aventureux, fasciné par son ainé super héros. Me sont venus un tas de souvenirs qui racontés ne prennent pas toute leur dimension. En même temps, je ne vais pas te montrer ma vidéo de Petit Putois sur le trône qui appelle son frère à tue tête en rigolant et de ce dernier qui parcourt tout le couloir en quatre pattes express en poussant des cris de joie. Ni celle du bambin qui apprend à maîtriser son chariot de marche sous les encouragement enthousiaste du grand « Super Malo, super!« . Plus j’y pense, plus j’en trouve des moments où leur complicité fraternelle se construit. Bien sûr, il y a aussi des chamailleries et de la jalousie . Des instants où chacun préfère jouer seul, des envies urgentes de câlins lorsque l’autre est déjà dans mes bras. Mais face à tout le reste, quelle importance? A leur regard qui se cherchent dès que les paupières s’ouvrent et à leurs histoires du soir qui continuent bien après que j’ai refermé la porte. Et je les aime tellement de s’aimer comme ça.

Et chez toi,ça se passe comment?

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23 réflexions sur “Frères

  1. En ce moment, c’est tendu 😅
    Après bon, c’est par phase : il y a des périodes où FeuFolet court partout en appelant LutinCoquin qui le suit comme un petit chien, … et d’autres où il claque la porte de sa chambre en lui criant de partir …
    Mais c’est vrai que les regarder se chercher dès le réveil ou réclamer leur bisous du soir 😍

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      • Je rame 😅
        Je ne sais jamais comment faire, en premier lieu, j’essaye de ne pas intervenir, mais des fois je gronde FeuFolet ou LutinCoquin (pas bien, je vais créer du ressentiment), d’autres je console LutinCoquin en essayant de faire culpabiliser/prendre conscience à FeuFolet de la portée de ses gestes (pas bien, il s’en tamponne le coquillard) en mode CoolsParentsMakesHappyKids (ça marche pas des masses, plus tard?), ou en dernier recours, après avoir rappeler les règles/gueuler comme un putois, j’en met un au coin quelques minutes (pas bien, l’exclusion, ça génère de la cortisol, l’hormone du stress, je vais lui bousiller le cerveau) … bref, si tu as expérimenter d’autres choses qui marchent, je prends 😅
        (PS : Ici aussi on peut enchaîné les phases dand la même journée)

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      • Ah ben je fais surement un peu de tout ça, voir tout en même temps, mais sans me poser autant de question XD
        non c’est pas vrai, forcément je me pose des questions. C’est pareil, j’essaie de ne pas trop intervenir pour ne pas créer de ressentiments malgré tout le petit est encore petit et le grand ne se rend pas toujours compte de sa force (typiquement il va pousser un truc auquel il était accroché , et Malo va tomber…peut-être qu’il en a conscience en fait). Parfois je gronde le petit aussi pour contrebalancer. J’ai peur aussi qu’en disant tout le temps au grand de laisser le petit tranquille , il ne s’autorise pas à se défendre après si quelqu’un l’embête.
        Bref, chez nous il n’y pas pas tant de conflits, en général c’est des histoires de jouets. Je dis au grand de jouer sur la grande table ou on lui a appris à refiler plein de jouets à son frères pour qu’il arrête de tripoter les siens. J’essaye aussi de le valoriser dans sa position de grand directement ou en disant à son frère devant lui qu’il a de la chance d’avoir un grand frère comme ça.

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  2. Pfiou, que c’est bien dit  Ici, nous n’en sommes qu’au début, la petite sœur n’ayant que 4 mois. Mais déjà elle cherche sa sœur du regard, ris et souris plus avec elle… et la grande sœur est fière et enthousiaste de lui apprendre des choses « tu ouvres la main et tu refermes. Oui, bravo, tu as attrapé le hochet ! Regarde maman, M. grandit, elle arrive à attraper toute seule ! » Ton texte me fait penser d’enregistrer tout ça dans mon cœur pour compenser les moments plus durs.

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    • Toujours savourer ces moments-là!
      Oui ça démarre dès le début. Nous aussi les éclats de rire c’était automatique dès que le grand frère faisait le pitre, alors que nous, les parents, on devait ramer pour en provoquer. Et les petits gestes protecteurs de l’ainé sont tellement touchant!

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  3. C’est vraiment chouette quand les relations fraternelles se construisent dans la paix et la sérénité. On sait bien que ça ne sera pas toujours comme ça, mais c’est vraiment chouette et le deuxième bonus, c’est que tu disposes de quelques minutes pour souffler un peu 🙂

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    • Ah ce deuxième bonus a une saveur toute particulière XD
      Après avoir culpabilisé de faire un petit frère au grand (mais je n’aurai plus autant de temps, ça va le bouleverser…), j’en arrive enfin au moment où je lui ai donné un copain de jeu! Mais je sens que je vais regretter quand ils découvriront qu’ils peuvent s’allier contre moi 😉

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  4. C’est très beau ce que tu décris, cette complicité naissante. Tu dois en être fière. J’espère que mes enfants partageront leurs jeux et leurs découvertes. C’est avec bonheur que je les observerais.

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    • Je te le souhaite!
      C’est vrai qu’au début c’est un peu chaud et inquiétant, même si on voit aussi des mignonneries comme l’ainé qui découvre le bébé.. mais au fur et à mesure qu’ils grandissent, c’est juste magique.

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    • C’est l’argument « ils s’occupent entre eux et tu as la paix » qui te séduit? Non parce qu’effectivement, pour l’instant c’est des demi heures par ci, par là. Maintenant c’est aussi plus rentable au niveau des alloc’….haha l’argument en carton XD

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  5. C’est super cette complicité naissante ! Mes enfants (3 et 5 ans) sont super complices, ils s’adorent malgrès quelques chamailleries, ils ne savent pas faire l’un sans l’autre et ont beaucoup de fous rires ensemble (parfois énervant pour les parents quand depuis une demie-heure ca rigole autour de « pipi-caca » 😅) ! C’est une des choses qui me réjouit le plus en tant que maman, cette relation qu’ils ont, c’est une chance, un trésor qu’ils garderont j’espère.
    Et sinon, combien ça me parle les cacahuètes mangées en cachette 😂 !

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    • Ah c’est super ce que tu décris, j’espère bien qu’on va vers là aussi. n tout cas, je me fais déjà gentiment, mais fermement, exclure par mon grand, ils jouent ensemble, tous les deux, et moi je n’ai qu’à jouer à autre chose XD
      Il m’arrive aussi de savourer une glace à même le pot devant la télé dès qu’ils sont couchés. Mouhaha, je suis maléfique!

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  6. Oh que c’est émouvant, ces moments de grâce entre frères (ou soeurs ! 😉 ).
    Nous aussi, on en saisit de plus en plus souvent, et à chaque fois, on regarde nos filles avec ce petit fond de fierté et de bonheur qui fait oublier les nuits hachées (on en a bien besoin….!) et les réveils trop matinaux. Tout s’efface avec un fou rire en duo ! 😉

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    • Ca fait fondre le coeur n’est-ce pas. Qu’ils s’aiment l’un l’autre, autant que tu les aimes.
      Le rire c’est formidable. Chez nous de toute façon, dès que Malo a su rire, petit Putois a eu son fan numéro un. On était presque un peu jaloux parfois 😉

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  7. Oh la la c’est tellement beau ça me rendrait presque jalouse ! Ah non on me souffle dans l’oreillette que j’ai deux fils aussi ouf je suis sauvée 🙂 . Je savoure aussi de plus en plus ces petites parenthèses de tranquillité parce qu’ils s’occupent entre eux. Même si chez moi cela s’accompagne d’un petit pincement au coeur de ne plus les avoir souvent en « exclusivité ».

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    • Oui moi ça y est, je me fais officiellement exclure des jeux par mon trois ans « Non maman , tous les deux! ». Mais je t’avoue qu’en ce moment, le petit est très très très collant et il chouine dès qu’il me voit, alors je suis bien soulagée quand il est un peu avec son frère et que je les entends rigoler.

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