Mes insomnies

Je suis fatiguée. Bien sûr que je suis fatiguée, je suis maman. Maman d’enfants en bas âge. Le Tout Petit Bébé ne passe pas encore ses nuits et le plus grand bébé est devenu matinal en devenant grand frère. Dès dix neuf heures, j’ai la paupière lourde et autant de conversation que mon nourrisson. A vingt deux heures je peux enfin m’écrouler. Pourtant la nuit, ils y a ces pensées qui me tiennent éveillée. Le bébé a eu son casse croûte nocturne, il est près de quatre heures et je cherche à nouveau le sommeil.

Je pense à demain. Je pense que le grand se réveillera bientôt et qu’il va falloir que je me lève. Je redoute le petit déjeuner, les indécisions entre les céréales et les cracottes pendant que le petit braille de faim, encore. Je m’interroge, est-ce une journée où le premier va encore crier, trop? Est-ce que le deuxième va beaucoup pleurer, trop? Est-ce que moi je vais hurler, trop? Un jour avec une nounou que l’on déteste ou un rendez-vous à l’autre bout de la ville. Un jour où on est à la maison et il faudra bien qu’on aille au parc, puisque les enfants ça se sort comme les chiens, même si je n’aspire qu’à fusionner avec mon canapé. Un jour où il faudra encore verser beaucoup de poudre dans de l’eau minérale, où il faudra faire des légumes et essuyer des petits culs surtout. Un jour où il faudra faire semblant d’avoir envie de gazouiller ou de jouer à la voiture. Attendre désespérément le retour du papa même si c’est un leurre et que la danse continue, le biberon du soir, le diner, les couches à changer, encore les couches, les bains, la lessive à étendre, ramasser les jouets…. Je n’y arriverai pas.

Je me tourne de l’autre côté et cherche une position confortable. Mon dos me fait mal. Il faut vraiment que j’aille voir le kinésithérapeute. Je pourrais profiter de mon ordonnance pour la rééducation post partum pour qu’on s’occupe un peu de ces douleurs là. Il  y a un professionnel juste en face de chez moi, il suffirait que je téléphone. Mais mon agenda me semble déjà tellement rempli, les rendez-vous pour moi, je les néglige.

Je pense au mois prochain et à la fin de mon congé maternité. Nous n’avons pas de mode de garde pour le Tout Petit Bébé, pas avant septembre pour la crèche familiale. Nous avons cherché la liste des assistantes maternelles de notre quartier, supposée mise à jour la semaine précédente. La première contactée réserve la place, la seconde n’est pas libre, une troisième signe tout juste un contrat le jour où nous devions la rencontrer. Et puis de toutes façons, à quoi ça rime? Retourner bosser? Laisser le Tout Petit Bébé à une autre que moi? M’asseoir à mon bureau et sourire comme si rien ne s’était passé? Penser que vraiment ma place est là bas. Et à ceux qui me demanderont si tout s’est bien passé, qu’est-ce que je leur dirai? « Nickel, j’ai eu une grossesse de merde et j’ai fait une très grave complication mais coup de bol , elle a été prise à temps et on n’est même pas mort. Bon c’est sûr, moi j’en ai un peu chié physiquement mais rien à côté de l’émotionnel. Forcément un bébé en néonatalogie, tout  plein de tuyaux ça inquiète. Je ne vous parle même pas du grand frère tout perturbé. Mais bon, c’est du passé, tout le monde est vivant et si j’arrive encore à pleurer si souvent c’est qu’il doit encore me rester des larmes et que je n’ai pas tant souffert que ça ». Je n’y arriverai pas.

Je gigote dans tous les sens mais rien à faire. je m’étire un peu, sors une jambe au frais. Les pensées qui vont venir maintenant sont les pires, ce sont elles qui me tiennent éveillée plus que les autres.

Je pense à septembre et je me cogne dans des murs. Je pense à la rentrée du Putois et au fait qu’il n’ait pas de place au périscolaire le mercredi. Le mercredi, le seul jour où ma présence au travail est nécéssaire en raison de notre réunion hebdomadaire. Je pense au Tout Petit Bébé qui lui a une place en crèche collective miraculeusement. Et à la pédiatre qui nous déconseille fortement la collectivité la première année en raison de sa prématurité. Je pense aux horaires du périscolaire et à ceux encore plus réduits de la crèche et je les compare avec ceux de la SNCF. Je réfléchis à mes trois heures de transport quotidien qui transforme mon mi-temps en quatre vingt pourcent. Je me demande ce qu’ils font des enfants en cas de long retard. Le train c’est aléatoire. Je refais les calculs dans tous les sens, ça coince. Ça coince car c’est à moi d’amener les enfants le matin, de les récupérer le soir, c’est à moi de rester à la maison s’ils sont malades et de me lever la nuit. Ça coince car l’année prochaine je serai seule. A la rentrée, Papa Breizh s’en va jouer les étudiants au soleil au bord de mer, à l’autre bout de la France, pour un an. Je cherche des nounous privées ultras-disponibles qui n’existent pas. J’imagine un congé parental, mais c’est trop tard pour demander, de toutes façons je ne suis pas sure d’y arriver et j’y perdrais mon boulot. Je me demande si je dois déménager à côté de mon travail. Je regarde les annonces et imagine les cartons. Changer de maison, aller à l’école et perdre un peu son papa, après le changement de nounou et l’arrivée du petit frère, c’est une mauvaise année pour Petit Putois. En même temps j’ai mes habitudes, mon pédiatre disponible au moindre coup de fil, mon marché le samedi matin… Mais pas d’ami ou de famille dans le coin. Et un ras le bol des déménagements surtout qu’à l’issue de sa formation, nous n’avons aucune idée de l’endroit où sera envoyé Papa Breizh. Et alors les angoisses de courir dans les trams bondées, d’attendre des trains qui ne viennent pas et d’imaginer mes touts petits attendant, m’étreignent. Et après tout ça? Les repas, les bains, les couches et la fatigue, la leur, la mienne. Et l’absence, la sienne. Je n’y arriverai pas.

Je respire et essaye de détendre mes muscles. Le sommeil fini par m’emporter. J’aurai perdu une ou deux heures sans trouver de solution. Et puis une nouvelle journée recommence.

Instantané de ma vraie vie de maman : un papa échoué sur un canapé tout en fouillis, un deux ans et demi sur la tablette, un bébé qui fait ce qu’il peut, du Nutella pour survivre et des restes d’apéro, des chaussettes qui trainent et des jouets partout, partout.

 

Publicités

24 réflexions sur “Mes insomnies

  1. Je suis bien triste pour toi. J’espère sincèrement que tu arriveras à trouver des solutions à chacun de tes problèmes.
    Dans la façon dont tu d’écris ta fatigue et les évènements qui s’enchainent, j’ai l’impression que tu te retrouves dans un tourbillon. Je te souhaite que ce tourbillon ralentisse et te laisse un peu souffler. Tu me fais revivre la première année de vie de ma Miss E. Et encore je n’ai q’un enfant, mais un mari peu présent (semaine et week-end).
    Bon courage.

    J'aime

    • Oui c’est un tourbillon tu as raison, malheureusement les choses s’enchainent et j’ai beaucoup de mal à prendre le recul nécéssaire pour trouver des solutions ni même à avoir le temps de digérer ce qui se passe. J’ai l’impression de parer au plus urgent. Tiens d’ailleurs hier c’est le robinet de la baignoire qui nous a lâché TT

      J'aime

  2. Ouh là là, trop de questions en tête… Je te comprends tellement, une petite question en suspens et je suis capable de me taper des insomnies de 3 ou 4 heures alors que je suis éclatée… Allez, tout va se mettre en place tout doucement, et vous allez trouver des solutions…

    Plein de courage et bonne soirée

    Virginie

    J'aime

  3. Rooo là la… Tu parles d’une charge mentale! Elle pèse des tonnes celle-là! J’espère que tu réussira à trouver de l’aide… Courage!

    J'aime

  4. À la lecture de ton article, je me suis sentie toute désolée et triste pour toi. J’espère que vous trouverez vite les solutions qui peuvent vous convenir à toi et ta petite famille. Plein de courage.

    J'aime

  5. Oh la la la, c’est pas gai vers chez en ce moment … j’avoue que tout mis bout à bout, ça fait beaucoup de tracasserie …
    C’est relou a réunion du mercredi … c’est un drôle de choix de date quand on sait que beaucoup de 80% sont le mercredi …
    plein de bisous et de courage

    J'aime

    • Dans mon équipe, tout le monde a plus de 50ans et compte les années jusqu’à la retraite sur les doigts d’une main. Alors la réunion le mercredi à 17h ça n’offusque personne, enfin sauf mon chef qui a maintenant des cours de botanique vers 18h et qui part toujours quand on parle TT

      J'aime

  6. Bon courage!! Ton article m’a beaucoup touché! Sache qu’un jour tu te réveilleras, et que tu te rendras compte que le plus dur est derrière toi… de petite solution en petite solution, tu trouveras le courage de gérer… Ca n’est qu’une mauvaise passe! Le manque de sommeil et la fatigue n’aide pas à la lucidité.

    J'aime

    • Bon ben j’espère que ce jour n’est pas si lointain parce que là on n’en sors pas –‘ (bon j’ai peu dormi et on a un problème de plomberie, je serai peut etre plus optimiste demain)
      Merci pour tes encouragements.

      J'aime

  7. quoi dire ? clairement ça fait beaucoup. prends les problèmes un par un, fait le point avec le papa pour trouver une solution.. pour le congé parental, tu peux en demander un même si il ne démarre pas avant la fin de ton congé maternité. Pour le périscolaire, t’es tu renseigné a la mairie ? les parents qui travaillent n’ont ils pas la priorité pour faire garder leurs enfants ? les inscriptions sont déjà complètes ? chez nous elles se font au mois de juin.. respire un grand coup, et aborde ses questions une par une. ne reste pas seule avec ses idées noires… ( j’aime pas ce billet, j’ai envie d’enfiler ma cape et d’arriver chez toi) bisous !

    J'aime

    • Je veux bien que tu viennes avec ta cape, tu fais garde d’enfants?
      A vrai dire, je travaille dans la fonction publique, du coup les lois concernant le congé parental semble moins cool (et je te raconte pas le reste)
      Quant au périscolaire, il faut que les deux parents travaillent, ce qui est le cas. Malgré ça, je suis en 22eme position sur liste d’attente pour le mercredi … sachant qu’en plus les enfants de moins de trois ans qui ne sont pas propres ne sont admis qu’en dernier lieu, je ne me suis pas dépêchée pour les inscriptions.
      Bah, on finira bien par bidouiller un truc.

      J'aime

  8. Rebelle attitude, je commente tout de même :p Pour dire que je m’y retrouve beaucoup. Bon, je ne fais pas d’insomnie, mais pas mal de choses me tournent quand même dans la tête toute la journée. Je me retrouve dans le fait de ne pas réussir à prendre de rendez-vous pour moi : pour ma part ce sont le dentiste et l’ophtalmo qui attendent des jours meilleurs, alors que ma vue a baissé, mes lunettes sont cassées, j’ai des caries et deux dents de sagesse à faire enlever depuis quatre ans (oui, la grossesse de Choupie…).

    Je reprends le travail en août, je me demande aussi comment ça va se passer. J’ai aussi un mi-temps un peu à rallonge (pas à cause du temps de trajet entre mon lit et mon salon par contre :p) et je me demande comment je vais gérer les deux pendant les trois semaines de vacances de la nounou, puis en septembre Choupie qui n’ira plus chez la nounou mais pas à l’école l’après-midi non plus (visiblement ils n’y font que la sieste… et elle n’en fait pas). Sans compter Kitty à emmener et aller chercher chez la nounou…

    Bon évidemment c’est un cas un peu moins compliqué que le vôtre, qui me fait penser à ce qu’a vécu Urbanie : http://lamarmotteuse.fr/maman-solo-le-bilan-de-cette-annee/ (si ça peut t’aider : bon l’article n’est pas très gai, mais tu peux peut-être aussi la contacter pour discuter avec elle). Je vous admire beaucoup d’accepter ça en tout cas, moi je crois que la carrière de mon mari, avec un ou deux enfants en bas âge, je l’enverrais balader (c’est d’ailleurs un peu le cas puisque pour le moment Papa-chat est bloqué dans un CDI intéressant niveau primes, mutuelle et sécurité de l’emploi, mais peu valorisant et mal payé… mais bon, il les a voulus, ses enfants). Quant à ce qu’ils font des enfants en cas de longs retards, pour avoir travaillé en périscolaire… ils attendent avec lui (en râlant fort je ne te le cache pas), ne t’en fais pas 😉

    Enfin je me reconnais tout à fait dans le fait d’attendre le conjoint comme le messie, et quand il est là… ben en fait ça ne change pas grand-chose. Je peux pas juste aller dormir, il y a toujours les tétées (qu’il ne peut pas donner), les couches (que je ne lui laisse pas toutes changer, surtout qu’elles sont deux à en porter) et les chagrins à consoler… :/ Mais bon, tout le monde va grandir (les enfants du moins), et ça ira de mieux en mieux 🙂

    J'aime

    • Moi la dernière fois que je suis allée chez le dentiste (le jour de la conception supposée de Malo, mais non, non, il ne s’est rien passé), je suis ressortir avec un devis de 950€ Bon ben euh, on verra…Depuis je me dis qu’il faut que j’aille consulter un autre dentiste….
      Pour le boulot de mon compagnon, je peux te dire que je n’accepte pas du tout. Cela fait deux ans qu’il prépare ce concours (il l’a raté la première année) et ça a été très difficile. Parce que la première année j’étais à temps plein et qu’il a dit qu’il assurerait avec les enfants, et puis ben…et puis la deuxième année j’étais enceinte de Malo et je l’ai encore très en travers de la gorge qu’il se soit barré passer des oraux en plein congé paternité quand le petit venait tout juste de rentrer de l’hôpital. Du coup c’était révision tout le temps, et négociation pour tout, y compris passer Noël dans ma famille plusieurs jours de suite (« et je révise quand moi? »). Cette année je lui ai dit, si tu ne l’a spas le concours, tu attends avant de le repasser et ben figure toi qu’il a fait la gueule (normal) et qu’il s’est quand même remis à réviser. Quand il a annoncé sa réussite aux gens je lui ai demandé comment ça s’était passé, il m’a dit « tout le monde était content, en fin de compte c’est toi la moins contente ». Ca aussi je l’ai en travers de la gorge. Mais je ne me sens pas légitime dans ma plainte, parce que c’est pour un boulot qu’il aime avec la sécurité de l’emploi, parce que c’est pour nous acheter une maison et partir plus près de nos famille peut -être. Du coup ça me fait du bien que tu me dises que tu n’aurais pas accepter, je me sens moins une connasse égoïste (et quand on s’est rencontré, c’est lui qui voulait plusieurs enfants rapprochés…)

      J'aime

      • Non ben tu vois on est au moins deux connasses égoïstes (moi sûrement plus puisque toi au final tu l’as autorisé) (bon après moi il ne m’a rien demandé pour le moment, mais je ne suis même pas sûre qu’il oserait…) 🙂 Je trouve ça un peu triste en tout cas la façon dont ça s’est fait pour vous et le fait que tu n’aies pas eu le choix… après effectivement, c’est pour le mieux, et quand on y pense un an ce n’est rien par rapport à toute une vie active d’ennui/plaisir au travail. Je te souhaite beaucoup de courage ! D’une façon ou d’une autre cette année passera et vous serez ensuite tous réunis (pour toujooooours).

        J'aime

  9. Je pense que les mauvaises habitudes causent l’insomnie. Moi, avant, je dormais à 11h et demie. Mais à cause de Facebook, je dorme toujours à 2 heures du matin. Maintenant, je ne change plus cette habitude. Quel dommage!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s