Et puis retourner travailler : mes premiers jours loin d’eux

Alors que je visitais un des lieux où j’allais exercer, je m’extasiais face à la salle d’attente où foisonnaient jouets en plastique et livres d’images. Je ne travaille pas avec des enfants mais à certains endroits où je me rends, on y reçoit des têtes blondes. Je remarquais : « oh, il y a même un pot dans les toilettes! ». « Il y a une envie d’enfant qui vous toque là » hasardait la secrétaire face à mes nombreuses réflexions. « Oh non, j’ai ce qu’il faut à la maison! » m’empressais-je de répondre. C’est vrai qu’elle ne peut pas savoir, elle me connait depuis vingt minutes et faut bien dire que j’ai l’air d’avoir dix huit ans et une ligne de top modèle (et parfois je mens un peu). Après mon passage aux WC, lieu où me viennent souvent de brillantes illuminations, la raison pour laquelle je m’émouvais devant des joujoux vieillots et poisseux devenait claire : c’est la culpabilité de la mère qui reprend le travail.

Ah la culpabilité! Ce sentiment qui va de pair avec la maternité, un peu comme les vergetures et les seins flagadas (quoique certaines femmes y échappent, aux stigmates physiques j’entends). Cette sensation de ne jamais faire assez bien et d’être toujours fautive nous colle à la peau. En matière de culpabilité, les motifs sont infinis, surtout quand on a l’esprit tordu. La vie professionnelle en est un joli versant :  entre la mère au foyer qui n’a aucune ambition et est un poids pour la société et celle sans cœur qui travaille et n’assume pas son rôle en abandonnant l’éducation de ses gosses à d’autres, on est sure de mal faire.

Voilà donc quelques jours que je re-travaille. Un temps partiel, quatre jours par semaines qui me laisse le mardi ‘libre‘. Malo est gardé par une assistante maternelle que nous avons dû trouver rapidement. Il a fait une semaine d’adaptation, trois jours de garde puis elle est partie au ski. Il est donc avec son papa qui tente de travailler à la maison tout en s’occupant de son fils de deux ans (haha, je ris, mais je ris). Quant à la deuxième semaine de vacances, il la passera avec son frère chez leur mamie. Loin de nous. Les temps de séparations sont durs à vivre pour lui, les réveils nocturnes plus fréquents. Quand je rentre, il m’agrippe, me lâche deux minutes avant de me regrimper dessus. Encore et encore. Après m’avoir eue à la maison presque six mois, la transition pique un peu.

Pour Petit Putois, l’effort est gigantesque. Il faut dire qu’entre l’école, la cantine et le périscolaire, ses journées font presque dix heures! On peut toujours se dire qu’il ne fait que dessiner et jouer avec des copains, mais si vous connaissiez mon Putois, vous sauriez à quel point ça lui coûte de tenir un stylo. Le soir il est tellement épuisé que manger avec une fourchette devient trop difficile. Le mardi, mon jour de ‘repos‘, lui a école. Enfin à moitié, car il faut encore caser sa rééducation orthophonique et les autres rendez-vous. Du coup, après deux semaines à ce rythme, il a commencé les vacances malade. Ça lui a au moins permis de louper le premier jour de centre aéré. Au moins la semaine prochaine, il pourra vivre à son rythme chez sa mamie. Par contre, pour les congés d’avril, j’appréhende les deux semaines de garderie.

Papa Breizh lui, est au bout de sa vie. Lui et moi avons à peu près les même horaires de travail mais pas le même temps de trajet. Il se retrouve donc à devoir amener les enfants à l’école et chez la nounou le matin et à devoir les rechercher le soir. En plus, avec les vacances de notre assistante maternelle, il a pris des jours de télétravail pour garder Malo. Maintenant, quand je suis dans le train pour rentrer, je reçois des messages désespérés qui me commentent les crises des enfants et leur pleurnicheries. Il n’y a pas si longtemps, c’est moi qui envoyais ces messages là.

Et moi dans tout ça? Déjà professionnellement, c’est un challenge. C’est un domaine que je ne connais pas, il y a un gros travail de réseau à remettre en place et en prime je dois faire des choses que je déteste (je vous en reparlerai peut-être). Du coup, c’est également un travail long et l’activité n’est pas folle le temps que les partenariats se renouent.  J’ai de journées vides alors qu’à la maison le trop plein s’entasse. Je check mes mails toutes les cinq minutes, en vain, pendant qu’ailleurs Papa Breizh combat des microbes. Ah ça y est, tu la sens la sournoise? La culpabilité qui se glisse?

Oui je culpabilise. Je m’en veux d’abandonner mon Tout Petit Malo, lui que j’avais déjà laissé tomber à la maternité. Ma culpabilité nourrit mon sens du drame. Mère martyr. Je me désole du rythme imposé à Petit Putois. Lui pour qui tout semble un peu plus compliqués que pour les autres. J’essaye d’avoir la patience pour accompagner leurs réveils difficiles et leurs soirées pénibles, mais souvent elle me manque. Quant à Papa Breizh, je sais que cette reprise lui impose un gros remaniement professionnel. Je sais quelle charge représente la gestion des enfants et que l’œil est toujours rivé sur la montre. Je compatis car je sais que c’est lourd, ça l’était pour moi. Une part de moi aurait envie de le soulager même si en pratique mes horaires ne sont pas négociables pour l’instant. Une part de moi savoure de n’avoir comme pression horaire que celle de la SNCF. Le seul souci si mon train a trois quarts d’heure de retard est que j’attendrai dans le froid trois quarts d’heure. Mes enfants eux, seront bien au chaud à la maison. Même si je marche vite en sortant de la gare le soir pour grappiller quelques précieuses secondes. Et puis il y a une autre part de moi qui garde en mémoire cette année solo de ma vie avec deux enfants en bas âge, un travail à 100km et un homme à 1000. Celle qui parle de charge mentale sans être entendue. Celle-ci jubile un peu que le père se rende enfin compte de ce que la mère gère.

Mais bon, la culpabilité, j’en fais mon affaire. Je cohabite. Un peu comme avec une belle mère trop intrusive, parfois je fais la sourde oreille. Non, le pire c’est le manque. On en parle moins. D’ailleurs je tentais de l’expliquer à mon compagnon mercredi soir quand j’ai séché mon cours de yoga pour cuisiner des pâtes à mes gamins pleurnichards. Ou encore jeudi en m’apitoyant de ne les voir que dix minutes le matin et si peu le soir, pendant ce tunnel où tout le monde est exténué et qu’il faut faire mille choses. Mais il n’a pas compris. Je me suis beaucoup plaint de cette année solo où il m’a planté avec tout tout à gérer et pourtant je me gardais bien de lui dire que pour rien au monde j’aurai préféré sa place loin de nous, loin d’eux. En vérité que je rentre et que Malo me saute au coup, je le serre presque aussi fort qu’il m’agrippe. Quand Petit Putois est trop fatigué pour marcher jusqu’à la table, je me fais un plaisir de renter dans son jeu et de le porter comme un petit bébé. Je souris à tous les gosses que je croise car ils me font penser aux miens. Physiquement, y a comme un vide. Oups, elle souffrirait pas un peu d’angoisse de séparation la mère? Un peu.

Et toi, tu te rappelles ta reprise? La liberté? Le manque? La culpabilité?

 

 

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25 réflexions sur “Et puis retourner travailler : mes premiers jours loin d’eux

  1. Pas facile… Comme je ne travaille qu’à temps très partiel et qu’on a plein de congés parentaux ici, mon mari est aussi souvent « en repos » que moi. Il sait tout à fait que c’est plus fatiguant de s’occuper des gosses que de bosser. Je ne culpabilise pas quand je bosse, et lui non plus. On a besoin de cet équilibre, parce qu’on sait que rester à la maison tous les jours on deviendrait fous et que bosser à 100% nous rendrait malades en manque de nos enfants. Bon en contrepartie je peux te dire qu’on roule pas sur l’or et que notre avenir professionnel est TRÈS incertain. Bon courage à toi en tout cas 😘

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    • Oui nous on abandonne nos gosses mais on est peté de thunes XD ah non pas tant que ça non plus, surtout que la nounou coûte quand même cher.
      Je reste toujours très ambivalente par rapport au fait de travailler avec des enfants petits. Enfin pour moi, les autres font ce qu’elle veulent. J’avais par exemple une connaissance médecin avec trois enfants et des horaires pas possible qui avait eu, disait elle, la chance d’avoir eu une bonne nounou. Ses enfants sont grands maintenant et elle assumait son choix, moi à l’époque, je n’assumait même pas mon 50%. Le cul entre deux chaises.

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  2. Arf, l’ambivalence maternelle, celle qui nois fait culpabiliser de les laisset, savourer les moment de calme, tout en ayant ce sentiment de vide quand on est pas avec eux …😥
    J’espère que petit à petit, vous trouverez votre équilibre, celui qui convient à tous le monde, y compris tes petits 😚

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  3. Ah cette culpabilité !
    J’espère que vous trouverez très vite vos marques et de nouvelles habitudes avec ce nouveau rythme pour facilité la charge de chacun et diminuer le manque.

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    • Je compatis. J’ai toujours eu l’impression d’avoir eu un peu de rab (1 mois patho) après les congé mat’ (et puis en plus Malo est né pendant mon congé patho prénatal donc j’ai cru avoir eu le temps de profiter de lui) mais pourtant ça m’a paru trop tôt à chaque fois.

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  4. Mais de toute manière, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. J’ai choisi de prendre le partie de me satisfaire de ce qui me convient et de m’accommoder de ce qui me convient moins.
    Je suis un accompagnement autour de la parentalité et aujourd’hui, j’en étais un chapitre sur le système réticulé activateur. En résumé, c’est le fait de porter notre attention sur certaines choses et pas sur d’autres, cela va influencer nos pensées et on va donc voir les choses de manière différente.
    Bref, ce bla-bla juste pour te dire que c’est cool que papa Breizh puisse vivre ce que tu as vécu. J’espère qu’il se rendra compte de la difficulté et qu’il t’aidera d’avantage à l’avenir. Mais tu n’as pas à culpabiliser. Si tu (vous) avez pris cette décision, c’est dans l’intérêt de la famille. Alors il y a forcément un prix à payer.
    Je vous souhaite que le rythme actuel soit temporaire. Vous finirez par trouver un équilibre au mieux pour que chacun trouve son compte.
    Bon courage à toi (et ta famille)

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    • Merci Claire!
      Il faut un temps d’adaptation, c’est normal, les choses trouveront leur place tout doucement.
      En gros si j »ai bien compris, tu me conseille de voir le verre à moitié plein? XD Bah, c’est souvent quand on est fatiguée et inquiète que la culpabilité et le doute s’invite au galop, mais il est trop tôt pour savoir si ce choix nous convient, et comme tu dis, pour chaque chose il y a un prix à payer (je me plaignais de m’ennuyer à la maison il n’y a pas si longtemps).

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  5. Je crois que la conclusion dit tout : l’angoisse de la séparation de la maman existe aussi ! Et comme tu le soulignes, entre culpabilité et manque, elle se fait une place. Mais je suis certaine que vous allez trouver votre équilibre, celui qui vous convient, et pour ca, le temps sera votre allié !

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    • Oui c’est une conjoncture de plein d’éléments. Il y a aussi mon incertitude face à mon nouveau poste, une nouvelle nounou avec qui tisser de la confiance, de nouvelles habitudes en périscolaire…le fait que tout soit ‘nouveau’ rajoute aussi de l’inquiétude que le temps dissipera.

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    • Oh moi j’ai l’art de toujours me poser des questions XD
      Mais oui, c’est vraiment un manque physique, surtout en sortie de congé maternité, un vide dans les bras, un froid, et aussi un peu le bonheur de prendre ton café sans crainte d’ébouillanter le bébé sur tes genoux.

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  6. oh la la c’est pas facile 😦 je sais que c’est fou mais moi qui ne suis même pas encore enceinte de bébé2 (même si je le souhaite), je pense parfois à ce moment où je devrai les laisser ensuite. comme quoi la culpabilité c’est vraiment de la merde…

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  7. Je trouve très conclusion vraiment très juste !

    Pour mes jumeaux et leur petit frère, je n’ai pas vraiment eu d’angoisse de la séparation. pourtant je ne les voyais presque plus avec mon rythme de travail de fou.
    Et puis j’ai fais un burn out et j’ai passé beaucoup de temps avec eux pendant mon arrêt. Et puis maintenant je suis enceinte de BB4.

    La séparation va être très très difficile au retour au travail. Pas possible financièrement de prendre un congé parental à temps plein donc ce sera un retour au travail à 60%. On verra ce que ça va donner …

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    • quoi? Quatre enfants et tu ne peux même pas vivre de tes allocations? Tu fais voler en éclats tous mes préjugés! XD
      Plus sérieusement, aujourd’hui c’est un luxe de se permettre un congé parental complet (et pourtant on continue à culpabiliser la femme de travailler au lieu de s’occuper des enfants, comme si financièrement on avait tous le choix…mais c’est un autre débat).
      Je compatis. J’imagine que ce burn out t’a amené à avoir une autre relation au travail et à l’équilibre entre toutes nos vies. Je te souhaite que ce temps partiel puisse t’apporter un équilibre relativement confortable de tous les côtés.

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  8. J’ai repris depuis trois mois pour ma part. Je gère le manque pas trop mal (je flanche un peu le lundi en regardant mes photos du week-end), j’apprécie la liberté. En revanche lire ton article a réveillé ma culpabilité. J’essaye de faire l’autruche et de ne PAS compter le nombre d’heures que mes filles passent à l’école et à la crèche. 10h, je sais que c’est trop… mais je n’ai pas de solution 😦

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    • Oui faire culpabiliser les autres est ma solution pour me sentir moins seule XD
      D’un autre côté, quel chouette exemple donner à tes enfants que celui d’une mère qui s’épanouit au travail..non, ça contrebalance pas?
      Quand au blues du dimanche soir, ou à la nostalgie du lundi, peut on vraiment y couper?
      Tiens nous tu vois, ce soir on a décider de faire une soirée sympa avec les petits en regardant un dvd en famille, résultat le plus petit n’a pas du tout adhéré (c’est pas pire, il n’a pas trois ans, mais un peu de calme eu été bienvenu) et le grand ne dort toujours pas à presque 22heures bien qu’il soit au lit depuis belle lurette. Bref, un gros fail. Ca va piquer demain. C’est peut être un remède à la nostalgie du lundi, un dimanche soir pourri….XD

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  9. Pingback: A lire sur les autres blogs – février 2019 – La Famille Ours

  10. J’ai repris le travail après le congé maternité classique, soit très tôt ma puce était encore toute petite, toute fragile, quelle angoisse de la laisser dans les méandres de la crèche… Heureusement nouveau travail, plus près de la maison ce qui me permet quand même de passer plus de temps avec elle… on est heureuse de se retrouver le soir 🙂

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